Le terme hogra (حڤرة en arabe algérien) désigne un sentiment d’humiliation, d'injustice et d’oppression ressenti face à des abus de pouvoir, d'usage de la violence, des discriminations et un mépris institutionnalisé envers certaines catégories de population. Il traduit la perception d’une inégalité de traitement, notamment de la part des autorités administratives et politiques.
Ce concept prend ses origines dans la révolte du 5 octobre 1988, et est mobilisé pour dénoncer des pratiques de marginalisation et d’exclusion sociale.
Hogra désigne une oppression, une exclusion ou une brimade injuste, provoquée par un abus de pouvoir ou d’autorité ou encore un déni de justice. C'est couplé d’impunité.
« Hogra » vient de la racine arabe H-Q-R (حقَرَ). Il s'agit d'un terme très populaire à connotation négative et très courant dans la société algérienne. Il désigne principalement une discrimination sociale très négative de la part de toute personne détentrice de l'autorité publique. Subsidiairement, ce terme peut également être rapproché du dédain ou du mépris. Il peut aussi signifier injustice, iniquité, abus de pouvoir, humiliation.
Le mot hogra (en arabe maghrébin : حُقْرَة) est issu de la racine tripartite classique arabe ح-ق-ر (Modèle:Translit), dont le sens fondamental renvoie à l'idée de « mépriser », « sous-estimer », « dédaigner » ou « considérer comme insignifiant ».
Dans le corpus religieux islamique, cette racine est employée dans plusieurs hadiths célèbres pour désigner le mépris d'autrui ou la banalisation des fautes, notamment :
Bien que le terme hogra ait été popularisé dans le discours sociopolitique moderne au milieu du XXe siècle, son usage écrit s'enracine plus profondément dans la littérature orale et la poésie populaire maghrébine, notamment à travers le Malhoun marocain dès le XVIe siècle.
Chez les poètes du Malhoun (tels que Sidi Abdelaziz al-Maghrawi au XVIe siècle ou Sidi al-Jilali al-Mtird au XVIIIe siècle), le mot ḥoqra (حكرة) est utilisé dans la poésie en darija pour exprimer le mépris social, l'abus d'autorité et le déni de dignité humaine (karama), qu'ils opposent aux valeurs de justice divine et morale.
Le concept bascule ensuite de la poésie vers le roman francophone et arabophone au XXe siècle, apparaissant comme thème central de l'oppression institutionnelle dans des œuvres majeures comme Le Passé Simple (1954) de Driss Chraïbi ou Le Pain nu (1973) de Mohamed Choukri.
La hogra est l'une des causes principales du déclenchement de la. Selon le linguiste Dominique Caubet, le terme apparaît en Algérie lors de la révolte du 5 octobre 1988, est repris par les quartiers populaires et immigrés français, avant d’arriver au Maroc, où il fait florès en 2011.
Et s'il est souvent utilisé pour désigner la hogra du pouvoir à l'égard de la population où, dans ce cas précis, le « hagar » par excellence est l'État, avec son administration, sa police, son armée et ses bureaucrates obtus, la « hogra » désigne tous les cas où une ou plusieurs personnes tirent profit de leur force, de leur pouvoir ou de l'état de faiblesse des autres.
L’unité sociopolitique et économique de base de la société kabyle est la famille. L'union et la solidarité entre ses membres en font une force, ce qui fait dire au chanteur Idir dans sa chanson Chfigh : « Celui qui n'a pas de famille est mahgour ». Désignés par l'expression « echaab meskine » (le peuple, le pauvre), ceci ne prive pas la pratique de la hogra à tous les niveaux de la société. La hogra étant très mal perçue, le « haggar », pour se dédouaner de sa responsabilité, rejettera la faute sur la victime,.
Mathieu Rigouste dans Le Théorème de la hoggra explique les prémices d'une guerre sociale par le biais d'histoires de douze personnages allégoriques à travers différentes périodes allant de la période coloniale jusqu'à l'évolution des sociétés de contrôle et de ce qui leur résiste. Hogra peut avoir différents sens en fonction du contexte, entre autres ceux de : humiliation, dévaluation systématique, oppression, mépris, injustice, humiliation assortis de cynisme lynchage, etc.