L’indice de langue d’usage public, plus connu sous l’acronyme ILUP, est un indice élaboré par le Conseil de la langue française du Québec, organisme devenu depuis le Conseil supérieur de la langue française (CSLF). Il a pour objectif de mesurer la place des langues dans l’espace public au Québec. Publié en 1999, le rapport faisant état d'un ILUP a immédiatement soulevé une polémique.
L’idée d’un indice de langue d’usage public est proposée en dans le bilan d’un comité interministériel du Québec. Rappelant que l’objectif de la Charte de la langue française est de faire en sorte que, dans des situations de nature publique, des personnes de langues différentes communiquent en français plutôt qu’en anglais, le comité interministériel estime à 69 % la part du français dans l’espace public à Montréal, comparativement à 57 % dans les foyers montréalais. Afin de se donner un «véritable instrument de mesure», le rapport recommande que les organismes de la loi 101 procèdent à la création d’un «indicateur de langue d’usage public».
Cette proposition, appelée «trouvaille stupéfiante», est aussitôt raillée par le mathématicien Charles Castonguay : «Pareille chimère donnerait longtemps à boire et à manger aux gourous de l’intégration et maisons de sondages. À quand le colloque sur le poids de la langue de travail en regard de la langue d’usage chez le dépanneur?».
En , le Conseil de la langue française, « en collaboration avec le Secrétariat à la politique linguistique, l’Office de la langue française, le ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration et le ministère de l’Éducation (p. 4) », a reçu le mandat de réaliser un sondage. Entre le et le , 43 486 personnes âgées de 18 ans ou plus ont été interrogées à partir de deux questionnaires, un court et un long. « Au total, 25 122 entrevues furent complétées — dont 14 206 avec le questionnaire long. [...] La facture s’est élevée à 320 000$ ».
Les différents domaines couverts par l’enquête touchaient les langues parlées dans les centres commerciaux, les petits commerces, les banques, les administrations scolaires, les hôpitaux, diverses associations, les services gouvernementaux, etc. Bien qu’ayant fait l’objet de questions, « [l]a consommation des médias n’a pas été retenue dans la construction de l’indice (p. 16) ».
Outre les créneaux choisis, « le sondage inclut une question sur l’usage des langues en général (p. 25) ». Elle se lit ainsi : « Quelle langue parlez-vous le plus souvent à l’extérieur de la maison avec des personnes autres que vos parents ou vos amis ? » Dans l’ensemble du Québec, les résultats sont les suivants : 85 % parlent le français, 11 % l’anglais et 3 % le français et l’anglais. Dans l’île de Montréal, ces proportions sont respectivement de 68 %, 27 % et 4 % ; 1 % de la population de l’île parle une langue tierce (p. 26).
« [U]n indice des langues d’usage public a été construit (p. 30) » à partir de ces données. Selon le rapport du Conseil de la langue française, l’ILUP « repose sur la probabilité qu’une personne affirme utiliser le français ou l’anglais en public, étant donné la langue qu’elle parle dans plusieurs activités. [...] Il attribue ainsi une langue d’usage à chaque répondant en fonction de la perception moyenne des répondants plutôt que de la seule perception du répondant lui-même (p. 30) ». Enfin, l’ILUP permet «de passer d’une description morcelée [...] à une image synthétique (p. 41)».
« Deux équations [d’analyse de régression logistique] ont été construites : la première (tableau 3, p. 105) porte sur les répondants qui n’ont pas travaillé au cours des six mois précédant le sondage tandis que la seconde (tableau 5, p. 108) concerne ceux qui ont travaillé au cours de la même période. [...] Les variables sont retenues dans l’équation lorsque l’apport est significatif à un seuil de 5 % et lorsqu’il représente au moins environ 1 % du khi-deux du modèle qui n’inclut que la constante. Les coefficients B représentent les déviations par rapport à la moyenne » (p. 104).
« Dans l’Île-de-Montréal [sic], les taux de participation et de réponse plus élevés des francophones et des natifs ont entraîné une surreprésentation d’environ 2 points des francophones : chaque point de surreprésentation pour ces dimensions produirait une surreprésentation d’environ 0,6 point de l’usage du français dans le domaine public et une sous-représentation d’environ 0,5 point de l’anglais » (p. 47).
Selon son concepteur, les résultats de l’ILUP seraient plus vraisemblables que ceux obtenus directement par la question générale : « la comparaison de l’indice et de la question générale montre que cette dernière [...] réduit le bilinguisme. Dans la région métropolitaine, l’estimation du pourcentage de bilingues est de 14 % par l’indice mais de 4 % par la question générale, un écart de 10 points. En outre, [...] selon la question générale, le bilinguisme est semblable dans toutes les régions, alors que selon l’indice il est plus fréquent dans les zones où les communications interlinguistiques sont plus usuelles » (p. 45).
Cependant, « la connaissance d’une langue n’est pas une condition suffisante pour entraîner l’usage de cette dernière ; certains connaissent deux langues mais en utilisent une seule » (p. 80-81). Dans le cas particulier des immigrants de langues maternelles tierces arrivés au Québec avant 1995 et se déclarant bilingues en 1997, 45 % parlent le français en public, 18 % l’anglais et 2 % une langue tierce ; 36 % ont un comportement bilingue (23 % parlent «surtout le français», 13 % parlent «surtout l’anglais») (p. 84).
Le rapport sur l’usage des langues en public au Québec en 1997 tempère l’influence de la langue de travail. « On serait tenté de conclure que l’usage d’un langue au travail favorise l’usage de la même langue dans les autres activités. Cependant, il est impossible d’établir un lien de cause à effet entre le travail et les autres activités à l’aide des données disponibles. [...] on ne peut que conclure qu’il y a association ». (p. 66).
Relativement à l’indice selon l’âge des répondants à l’enquête, le rapport du Conseil de la langue française énonce une hypothèse quant à l’avenir. Il constate d’abord que les francophones et les allophones « de 18 à 29 ans, utilisent moins le français en public au profit de l’usage à la fois du français et de l’anglais ». Si ce constat résulte d’un effet de génération, « il persistera et entraînera à l’avenir une diminution de l’usage du français » (p. 90).
Voici d'abord les arguments qui ont été apportés contre l'ILUP et ensuite les réponses qui ont été données pour justifier l'indice.
« Les membres du Conseil supérieur de la langue française ont convenu [sic] : que la description de la situation linguistique au Québec est fort complexe ; que la seule façon de rendre compte de cette complexité est de disposer du maximum d’information possible pour couvrir tous les angles de vue. En conséquence, le Conseil considère qu’il faut privilégier la complémentarité des informations fournies par des indicateurs tels que la langue d’usage public, la langue maternelle, la langue d’usage à la maison de même que les substitutions linguistiques. »