Sur requête du parquet, l'IML réalise les autopsies sur ces cadavres, examens de médecine légale effectués par un médecin légiste. Dans ce cas, ceux-ci ne peuvent quitter l'institut que lorsque le permis d'inhumer aura été délivré par le magistrat chargé de l'enquête.
Organisation
L’Institut médico-légal de Paris est rattaché à la préfecture de police de Paris, ce qui lui confère un statut administratif particulier par rapport aux autres instituts médico-légaux français généralement rattachés au ministère de la Santé,.
L’organisation interne de l’institut s’articule autour de plusieurs missions et fonctions opérationnelles:
Réception et tri des corps: l’IML de Paris reçoit les corps des personnes décédées dans des circonstances violentes, suspectes, non identifiées ou impossibles à conserver sur place pour des raisons d’hygiène ou de décence.
Examen thanatologique judiciaire: sur réquisition des juridictions (procureurs de la République ou magistrats instructeurs), il réalise des examens externes, des autopsies médico-légales et autres procédures destinées à déterminer les causes et circonstances du décès.
Conservation et traçabilité des corps: les dépouilles sont conservées en chambre froide en attendant les examens et la délivrance du permis d’inhumer, les effets personnels étant inventoriés et consignés.
Accompagnement des familles: l’institut assure également des procédures d’accueil et de présentation des défunts aux proches, avec un support administratif pour les démarches liées au décès.
L’activité de l’IML mobilise des équipes pluridisciplinaires comprenant notamment des médecins légistes, des identificateurs, des techniciens de thanatologie et des personnels administratifs, assurant la prise en charge continue (24h/24) des réquisitions judiciaires.
Exposition de corps à la morgue du quai du Marché-Neuf au XIXesiècle.
Celle-ci constitue, à l'époque, une des sorties les plus en vogue de la capitale: les cadavres à identifier (notamment des victimes de noyades), étendus sur douze tables inclinées de marbre noir, y sont exposés pendant trois jours, dans une salle séparée du public par une vitre.
En , l'entrée de la morgue est interdite au public par un décret du préfet Lépine: désormais seules les personnes munies d'une autorisation spéciale peuvent y pénétrer.
Inauguration le 24 mai 1923, en présence de M. Paul Strauss, ministre de l'Hygiène (1e rang, au centre)
L'établissement actuel du quai de La Rapée, devenu institut médico-légal en remplacement de l'ancienne morgue, a été bâti au plus près du viaduc du quai de la Rapée, sur un terrain de 2 000 m2 appartenant à la Ville de Paris, sur un rapport de Paul Escudier. Il est inauguré le , dix ans après l'ouverture du chantier, celui-ci ayant été retardé par la Première Guerre mondiale. C'est un bâtiment en briques conçu par l'architecte Albert Tournaire, dont le nom est ensuite donné au square situé à proximité,.
Le déménagement de la morgue du quai de l'Archevêché, incluant archives et cadavres, a eu lieu quelques semaines plus tôt, le 1er mai 1923. Dans son édition du lendemain, le quotidien Le Journal indique:
Très discrètement, dans le recueillement qui convenait à une cérémonie funèbre, trente-deux cadavres ont pris, hier, possession de la nouvelle Morgue qui est devenue l’institut médico-légal, comme le Mont de Piété est devenu le Crédit municipal [...]
Le jardin de l'Institut médico-légal vers 1923.
Trois camions chargés de corps, quatre fourgons bondés de meubles et d’archives, tel fut le triste cortège qui se rendit hier, du quai de l’Archevêché au quai de la Rapée, en rampant au bord de la Seine gonflée jusqu’aux berges, comme pour mieux reconnaître quelques-unes de ses victimes. Pas de cérémonie, les docteurs Balthazard et Paul, MM. Pennequin et Konh-Arbrest accompagnaient, seuls, ce convoi tout à fait hors classe. Et voici le nouveau logis où les trente-deux cadavres vont être reçus sans terme ni denier à Dieu. [...] Il faut reconnaître que l’on a agrémenté cet édifice de tout ce qui était compatible avec la mélancolie de sa destination. Il y a des jardins, avec des pelouses, voire des mosaïques. On a tout fait pour éviter que les passants disent, en s’écartant: «Ça, c’est la Morgue!» Les corps sont déposés au sous-sol. On y a aménagé cent-vingt cases, absolument autonomes; chacune d’elles aura la température indiquée par le docteur Balthazard et qui pourra varier entre 0° et −16°; mais la moyenne sera de −5°. Ces cases seront de différentes dimensions et pourront recevoir — hélas! — des corps d’enfants, aussi bien que des cadavres d’obèses qui achèveront là leur martyre.
Architecture et intérieurs
L'IML de Paris est bâti sur deux niveaux, un rez-de-chausée et un sous-sol, ce dernier hébergeant les locaux techniques et ceux dévolus aux opérations mortuaires pré- et post-autopsie. En 2026, le bâtiment comprend deux parties strictement séparées par des passages sécurisés, l'une accessible au public et l'autre aux seuls professionnels. La partie accessible au public comporte le hall d'entrée, l'accueil et le secrétariat où les familles des défunts peuvent procéder aux démarches administratives, les salons de présentation où les familles peuvent se réunir autour des corps, toujours en présence d'une psychologue clinicienne et à l'issue d'un entretien avec cette dernière, et un patio hébergeant un jardin arboré. La partie réservée au personnel de l'IML comporte notamment:
trois salles d'autopsie dont une équipée de deux tables, permettant de réaliser quatre autopsies en simultané;
des dispositifs réfrigérés pour l'entreposage des corps en pré- et post-examen ou autopsie: casiers frigorifiques individuels, ainsi qu'une salle "catastrophe" et une salle "contaminés" permettant de stocker au total environ 300 cadavres dans des conditions de conservation appropriées;
des locaux dédiés à l'entreposage des prélèvements et scellés (notamment prélèvements conservatoires à visée toxicologique et anatomo-pathologique, réalisés de façon systématique dans toute autopsie);
Le jardin en janvier 2026.une salle dédiée à la réalisation des examens externes;
une salle d'imagerie équipée d'un scanner;
une bibliothèque;
un amphithéâtre anatomique, utilisé essentiellement pour la réalisation d'autopsies commentées devant des professionnels en formation, mais pouvant aussi servir de salle d'autopsie supplémentaire en cas d'afflux exceptionnel de cadavres.
Selon le rapport d'une mission interministérielle chargée d'évaluer la médecine légale en Île-de-France en , l'IML ne dispose pas «des moyens modernes nécessaires à une activité d'excellence»,.
Face à ce constat, la préfecture de police de Paris engage un vaste plan de restructuration et de modernisation de l'institut. À l'été 2026, une série de marchés publics est officiellement lancée pour entamer la phase opérationnelle du chantier. La direction de ce projet de modernisation est alors confiée à Christian Guyard, nommé directeur de projet de la préfecture de police de Paris en septembre 2026.
Ce chantier de rénovation lourde est conçu pour se dérouler en site occupé ou par phases successives, l'Institut médico-légal de Paris devant impérativement maintenir la continuité de ses missions de service public et d'auxiliaire de justice pour la région Île-de-France.
Chiffres
Selon les informations fournies par la préfecture de police de Paris, l'IML reçoit 3 000 corps en moyenne chaque année, sur lesquels 2 000 autopsies et 1 000 examens externes (examen sans incision) sont pratiqués, soit six à neuf autopsies par jour. L'IML réalise ainsi à lui seul près du quart de l'ensemble des autopsies médico-légales effectuées chaque année en France. La seule autre structure médico-légale pratiquant des autopsies dans la région francilienne[réf.nécessaire], l'Institut médico-légal de Garches, réalise environ 600 actes par an pour les parquets de Nanterre, Versailles, Chartres et Pontoise.
Direction
Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue! Comment faire?
vingt-quatre identificateurs (personnels techniques chargés d'identifier et présenter les corps, de les préparer ou de faire la restauration tégumentaire);
deux adjoints techniques (chauffeurs et coursiers);
Bertrand Ludes et Isabelle Plu, «L'Institut médico-légal de Paris», Revue française d'histotechnologie, vol.29, no1, , p.15–21 (lire en ligne).
Sur les morgues de Paris au XIXesiècle
Sources anciennes:
Victor Balthazar(d), «Les morgues parisiennes et le nouvel institut médico-légal», Annales de médecine légale, de criminologie et de police scientifique, vol.3, , p.1–16 (lire en ligne);
Adolphe Guillot, Paris qui souffre: La basse geôle du Grand-Châtelet et les morgues modernes, Paris, P. Rouquette, , 290p., p.13sq.[lire en ligne];
Firmin Maillard, Recherches historiques et critiques sur la morgue, Paris, Adolphe Delahays, , 156p. (BNF30861108, lire en ligne).
Sources contemporaines:
Bruno Bertherat, «Les visiteurs de la Morgue», L'Histoire, no180, , p.16–21 (lire en ligne);
Bruno Bertherat, «Autour de l'œuvre d'Andrés Serrano: l'exposition du cadavre. Le cas de la Morgue de Paris au XIXesiècle», dans Chantal Charbonneau (dir.), L'Image de la mort. Aux limites de la fiction: l'exposition du cadavre (actes du colloque au Musée d'art contemporain de Montréal, ), Montréal, Musée d'art contemporain de Montréal, coll.«Conférences et colloques» (no2), , 93p. (ISBN2-551-16667-5), p.23–36;
Bruno Bertherat, «La Morgue de Paris au XIXesiècle: Un laboratoire du progrès médico-légal», Équinoxe. Revue de sciences humaines, no22 «Homo criminalis. Pratiques et doctrines médico-légales (XVIe – XXesiècles)», , p.79–93;
Bruno Bertherat (sous la dir. d'Alain Corbin), La Morgue de Paris au XIXesiècle (-): Les origines de l'institut médico-légal ou les métamorphoses de la machine (thèse de doctorat en histoire, no2002PA010563), Paris, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, , 911p., 3vol. (SUDOC061662496);
Bruno Bertherat, «Le miasme sans la jonquille: L'odeur du cadavre à la Morgue à Paris au XIXesiècle», dans Anne-Emmanuelle Demartini (dir.) et Dominique Kalifa (dir.), Imaginaire et sensibilités au XIXesiècle: Études pour Alain Corbin, Paris, Créaphis, , 273p. (ISBN2-913610-61-7), p.235–244;
Bruno Bertherat, «Les mots du médecin légiste, de la salle d'autopsie aux Assises: L'affaire Billoir (-)», Revue d'histoire des sciences humaines, no22 «La médecine légale entre doctrines et pratiques», , p.117–144 (DOI10.3917/rhsh.022.0117, lire en ligne);
Bruno Bertherat, «L'identification sans Bertillon?: Le cas de la Morgue de Paris», dans Pierre Piazza (dir.), Aux origines de la police scientifique: Alphonse Bertillon, précurseur de la science du crime, Paris, Karthala, , 383p. (ISBN978-2-8111-0550-1), p.210–229 [lire en ligne];
Bruno Bertherat, «Le médecin légiste face au cadavre (France, XIXesiècle): Contribution à une histoire des sensibilités», dans Hervé Guy (dir.), Agnès Jeanjean (dir.), Anne Richier (dir.), Aurore Schmitt (dir.) et Ingrid Sénépart (dir.), Rencontre autour du cadavre (actes du colloque de Marseille, BMVR, -), Saint-Germain-en-Laye, Groupe d'anthropologie et d'archéologie funéraire (GAAF), , 245p. (ISBN978-2-9541526-0-8), p.51–61;
Bruno Bertherat, «La dame au chapeau: La photographie des femmes mortes en France à l'époque de Bertillon», Corps, no11 «Quelle conscience de son corps?», , p.97–106 (DOI10.3917/corp1.011.0097, lire en ligne);
(en) Allan Mitchell, «The Paris Morgue as a Social Institution in the Nineteenth Century», Francia, no4, , p.581–596 (lire en ligne).