Ingeborg Helene « Inga » Haag, née Ingeborg Helene Abshagen le 3 août 1918 et morte le 10 décembre 2009 à Londres à l'âge de 91 ans, est une journaliste, personnalité mondaine et ancienne collaboratrice du renseignement militaire allemand. Elle est notamment connue pour avoir travaillé pour l'Abwehr, le service de renseignement militaire allemand dirigé par l'amiral Wilhelm Canaris, pendant la Seconde Guerre mondiale, et pour ses relations avec plusieurs membres de la résistance allemande au nazisme.
Après la guerre, elle travaille pour l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) avant de devenir journaliste indépendante. Elle partage ensuite sa vie entre Paris et Londres et fréquente les milieux diplomatiques, politiques, journalistiques et intellectuels européens et américains.
En 2003, elle reçoit la Croix de l'Ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne. Elle meurt à Londres en 2009.
Ingeborg Helene Abshagen naît le 3 août 1918 dans une famille prussienne aisée. Son père, banquier aux idées libérales, est opposé au national-socialisme. Après l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir en 1933, il l'envoie poursuivre sa scolarité en Angleterre. Elle acquiert rapidement une bonne maîtrise de l'anglais et apprend ensuite le français. Elle étudie à la London School of Economics, où elle suit notamment les enseignements du politologue britannique Harold Laski. Sa famille la rappelle cependant à Berlin avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.
À Berlin, Inga Abshagen est recrutée par l'amiral Wilhelm Canaris, chef de l'Abwehr, le service de renseignement militaire allemand. Selon le récit publié ultérieurement par The Guardian, Canaris apprécie ses compétences linguistiques, son intelligence et son aisance dans les milieux sociaux. Il lui donne le surnom de « the painted doll » (« la poupée peinte »).Elle est notamment chargée d'observer les conversations de personnes fréquentant les lieux mondains de Berlin. Elle travaille notamment dans les espaces publics de l'hôtel Adlon, où elle peut écouter les conversations des clients. Au cours de ses fonctions, elle rencontre également Adolf Hitler.
Après la défaite de la France en 1940, Canaris l'envoie à Paris. The Guardian rapporte qu'elle participe alors à une opération clandestine consistant notamment à fournir de faux passeports à des Juifs menacés par les persécutions nazies. Son activité se poursuit parallèlement à des contacts avec différents milieux allemands hostiles au régime.
En 1942, elle épouse Werner Haag, officier supérieur de l'armée allemande, plus âgé qu'elle. Elle le surnomme « Buffalo ». Selon les témoignages rapportés après-guerre, Werner Haag partage son opposition clandestine au régime nazi. Le couple est affecté successivement en Hongrie puis en Roumanie. Inga Haag apprécie particulièrement son séjour roumain. En Roumanie, elle remplit les fonctions sociales attendues de l'épouse d'un responsable allemand et reçoit des responsables locaux ainsi que des représentants du régime nazi. Parallèlement, elle maintient des contacts clandestins avec des Allemands appartenant à des réseaux d'opposition. Elle est notamment en relation avec Adam von Trott zu Solz, diplomate allemand et figure de la résistance au nazisme, auquel elle est apparentée à distance. Von Trott participe aux réseaux qui cherchent à renverser Hitler.
Le 20 juillet 1944, Claus von Stauffenberg et ses complices tentent d'assassiner Adolf Hitler dans le cadre d'un complot visant également à renverser le régime nazi. Au moment de l'attentat, Inga Haag reçoit deux officiers de la Gestapo. Elle connaît l'existence du complot et doit dissimuler ses connaissances. Après avoir appris que Hitler a survécu à l'attentat, elle feint la surprise et le soulagement devant les officiers de la Gestapo. Après le départ des deux hommes, elle détruit des documents susceptibles de compromettre son entourage en les jetant au feu et explique à son majordome qu'il s'agit de lettres provenant d'un amant secret.
À la fin de la guerre, Werner Haag est brièvement interné par les autorités américaines. Il est ensuite libéré après que les autorités ont établi le rôle joué par le couple pendant la guerre. Les Haag s'installent ensuite à Paris, où ils travaillent pour l'OTAN.Cette activité permet à Inga Haag de s'investir dans les relations transatlantiques. Le couple acquiert un appartement dans le 16e arrondissement de Paris et adopte un garçon français, Luc Blivet, dont le nom est officiellement devenu Blivet-Haag après son adoption par Inga et Werner Haag.
En 1967, l'OTAN transfère son siège de Paris à Bruxelles. Inga Haag, qui n'apprécie pas ce changement, quitte alors l'organisation. Elle devient journaliste indépendante et collabore notamment avec l'International Herald Tribune.Elle partage ensuite son temps entre Paris et Londres et entretient des relations étroites avec les milieux diplomatiques, politiques, journalistiques et intellectuels des deux pays.
À partir des années 1960, Inga Haag devient une figure connue de certains cercles mondains européens et américains. Elle reçoit régulièrement à Paris, Londres et dans sa résidence de campagne dans le Hampshire.Selon la nécrologie publiée par The Guardian, elle reçoit parmi ses invités des diplomates, journalistes, universitaires, membres de l'aristocratie et responsables politiques. Le journal rapporte notamment qu'elle fréquentait des personnalités telles que le prince héritier Alexandre de Yougoslavie ainsi que différents membres de la Chambre des lords. Après la mort de Werner Haag, elle poursuit cette activité sociale pendant plusieurs décennies. Parallèlement, elle s'engage dans différentes causes sociales et environnementales, notamment ses campagnes contre certaines pratiques de la grande distribution qu'elle estimait responsables de la hausse des prix alimentaires et différents engagements liés à l'environnement.
En 2003, Inga Haag reçoit la Croix de l'Ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne.Cette distinction contribua à confirmer publiquement la crédibilité de certains récits concernant ses activités pendant la Seconde Guerre mondiale, dont la réalité avait été mise en doute par certaines personnes de son entourage.
Dans les dernières années de sa vie, Inga Haag réside principalement à Londres. Elle continue à fréquenter les milieux diplomatiques, journalistiques et intellectuels. Elle désigne l'auteur de sa nécrologie publiée dans The Guardian comme son exécuteur littéraire. Celui-ci rapporte également qu'ils partageaient une appartenance au mouvement quaker, à laquelle leurs expériences de la guerre auraient contribué. Son fils adoptif, Luc Blivet-Haag, l'accompagne et prend soin d'elle jusqu'à la fin de sa vie. Inga Helene Haag meurt à Londres le 10 décembre 2009, à l'âge de 91 ans.
Son activité au sein de l'Abwehr, ses liens avec Wilhelm Canaris et plusieurs membres de la résistance allemande, ainsi que ses témoignages sur les événements entourant le complot du 20 juillet 1944 constituent les principaux éléments de sa notoriété historique.Sa vie après-guerre, notamment son activité au sein de l'OTAN et sa carrière de journaliste indépendante, l'a également conduite à jouer un rôle dans les milieux diplomatiques et intellectuels de Paris et de Londres.