Interaction verbale désigne une situation de communication dans laquelle au moins deux participants échangent des productions langagières et construisent leur échange en fonction des interventions des autres participants. Elle constitue un objet d'étude important de la linguistique, de la pragmatique, de la sociolinguistique et des sciences de la communication.
L'expression peut désigner aussi bien une conversation ordinaire qu'un entretien, une interview, une consultation, une interaction professionnelle ou une autre situation dans laquelle les participants utilisent la parole pour agir les uns sur les autres.
Une interaction verbale ne correspond pas simplement à la présence de plusieurs personnes parlant successivement. Les participants adaptent leurs interventions à celles des autres et contribuent ensemble à la construction du sens de l'échange.
Dans les travaux consacrés aux interactions, l'échange est généralement considéré comme une activité organisée dans laquelle les productions des participants sont liées les unes aux autres. Cette organisation peut notamment être étudiée à travers les tours de parole, les séquences et les échanges.
L'interaction verbale possède également une dimension sociale. Les participants ne transmettent pas seulement des informations : ils peuvent demander, répondre, accepter, refuser, proposer, expliquer, contester ou accomplir d'autres actions au moyen du langage.
L'interaction verbale implique plusieurs participants, qui peuvent intervenir alternativement ou simultanément. Les interactions peuvent être réalisées en présence, au téléphone ou dans d'autres situations de communication synchrones.
Toutes les interactions ne sont cependant pas exclusivement verbales. Une interaction peut comporter à la fois des éléments verbaux et non verbaux, comme les gestes, les regards, les expressions du visage ou l'intonation.
L'un des phénomènes étudiés dans l'interaction verbale est la répartition de la parole entre les participants. Une conversation est organisée autour d'une succession de tours de parole, dont l'organisation permet aux participants de savoir quand intervenir et comment répondre à une intervention précédente.
L'analyse des tours de parole constitue un aspect central de l'analyse conversationnelle. Les chercheurs étudient notamment les changements de locuteur, les interruptions, les chevauchements et les moments où un participant prend ou cède la parole.
Les interactions sont également analysées comme des ensembles de séquences. Une séquence peut correspondre à une série d'interventions portant sur une même activité ou un même objectif interactionnel.
Une question et sa réponse constituent par exemple une structure particulièrement fréquente de l'interaction. D'autres organisations peuvent correspondre à une demande suivie d'une acceptation ou d'un refus, ou à une salutation suivie d'une réponse.</ref>
Le sens d'une intervention dépend en partie de sa place dans l'échange et de la manière dont les autres participants y répondent. Les recherches en linguistique interactionnelle s'intéressent ainsi à la manière dont les structures linguistiques prennent leur sens dans l'interaction.
Dans cette perspective, l'interaction est considérée comme une activité co-construite par les participants plutôt que comme une simple juxtaposition de paroles individuelles.
L'interaction verbale peut prendre de nombreuses formes,.
La conversation correspond à une interaction généralement spontanée dans laquelle les participants échangent la parole. Danielle André-Larochebouvy la distingue notamment d'autres formes d'interaction telles que l'entretien ou l'interview.
L'entretien est une interaction dans laquelle les rôles des participants peuvent être davantage définis. L'un des participants peut conduire l'échange tandis que l'autre répond aux questions.
Linterview repose généralement sur une organisation plus institutionnelle de l'échange, notamment dans les médias.
D'autres interactions peuvent se dérouler dans un cadre professionnel ou institutionnel, par exemple lors d'une consultation médicale, d'un entretien d'embauche ou d'une interaction de service.
L'analyse des interactions verbales prend en compte plusieurs niveaux d'organisation.
Elle peut porter sur les interventions, qui correspondent aux prises de parole des participants, sur les échanges, composés de plusieurs interventions liées, et sur les séquences plus larges qui organisent une activité conversationnelle.
Les chercheurs étudient également les actes accomplis grâce à la parole, les mécanismes de réparation, les stratégies de politesse et la manière dont les participants gèrent leur relation sociale.
Une interaction verbale ne se limite pas aux mots prononcés. Dans les interactions en présence, les participants utilisent simultanément différents indices non verbaux : regard, gestes, posture, expression faciale, distance entre les personnes ou caractéristiques de la voix.
Ces éléments peuvent compléter, modifier ou parfois contredire le contenu verbal d'une intervention.
L'étude de l'interaction verbale peut donc être intégrée à une analyse plus large de la communication et des comportements interactionnels.
L'étude moderne de la conversation se développe notamment aux États-Unis au cours des années 1960. L'analyse conversationnelle se constitue progressivement autour des travaux de sociologues et de chercheurs en ethnométhodologie, avec notamment Harvey Sacks, Emanuel Schegloff et Gail Jefferson.
Cette approche s'intéresse notamment à l'organisation concrète des conversations à partir d'enregistrements de situations réelles. Elle étudie les mécanismes par lesquels les participants organisent leurs échanges et accomplissent des actions sociales.
En France, les recherches sur l'interaction verbale se développent notamment à partir des années 1970 et 1980. Les travaux de Catherine Kerbrat-Orecchioni et de Robert Vion contribuent au développement d'une approche interactionnelle du langage,.
L'analyse conversationnelle et la linguistique interactionnelle constituent aujourd'hui deux approches importantes pour l'étude scientifique des échanges langagiers.
L'analyse conversationnelle étudie l'organisation des interactions à partir de données enregistrées dans des situations de communication. Elle cherche notamment à décrire la manière dont les participants organisent les tours de parole et construisent ensemble les activités conversationnelles.
Les recherches peuvent porter sur la prise de parole, les changements de locuteur, les séquences, les réparations, les ouvertures et les clôtures de conversation, ainsi que sur différentes formes d'action réalisées dans l'échange.
La linguistique interactionnelle s'intéresse plus particulièrement à la relation entre les structures linguistiques et l'organisation des interactions. Elle étudie la manière dont certaines constructions grammaticales, lexicales ou prosodiques prennent leur sens et leur fonction dans une situation d'échange.
Elle s'appuie en partie sur les méthodes de l'analyse conversationnelle et considère que les formes linguistiques peuvent être influencées par le contexte local de l'interaction.
L'étude des interactions verbales est utilisée dans plusieurs domaines de recherche, notamment:
Les corpus d'interactions peuvent ainsi être utilisés pour étudier les pratiques langagières dans des situations ordinaires ou institutionnelles.