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Pierre Ivart |
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Ivar Ch’Vavar est un poète français, en français et en picard, né en 1951 à Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais). Son père est ouvrier. Ivar passe sa petite enfance à Berck, premier lieu pour lui de ce que Christian-Edziré Déquesnes allait appeler plus tard le Grande Picardie Mentale. Le deuxième lieu est celui de sa grande enfance (1958-65), le village de Wailly-Beaucamp, où il vit ses premières expériences poétiques. Le troisième, Buire-le-Sec, où il retrouve ses grands-parents maternels (son grand-père est marchand et – surtout – réparateur de cycles). Buire et Wailly se situent dans l’arrière-pays de Berck.
Les premières lectures suivies d’Ivar Ch’Vavar sont les albums de Tintin de Hergé et Jules Verne, le premier grand choc poétique a lieu en 1960 ou 61 : Le Dormeur du val de Rimbaud.
Entré au collège-lycée de Montreuil-sur-Mer, ville ancienne, Ivar Ch’Vavar y fonde à la fin des années soixante un groupe surréaliste qui ne craindra pas de se réclamer de la sainte idiotie et de la ruralité. Avec notamment Fabrice Casadei (Haralde), Christian Marlin, Marie-Françoise Rosant, Françoise Minot, Bertrand Lampin, Marcel Dhoye, et, plus tard, Konrad Schmitt, jeune oncle d’Ivar, né à Buire en 1955. – Plus tard encore les derniers membres de ce groupe découvrent à la fois Georges Bataille et Guy Debord et fondent le Comité de la Côte d’Opale pour la Promotion des Luttes Radicales, avec Dominique Philippe et Jean-Luc Lemoine.
Très tôt, Ivar Ch’Vavar multiplie les petites plaquettes et les petites revues, les rencontres et les échanges. Il a repris à son compte le mot d’ordre d’Isidore Ducasse (Lautréamont) : « La poésie doit être faite par tous, non par un », et se compte parmi les « horribles travailleurs » appelés par Rimbaud.
Parmi les revues fondées par Ch’Vavar les plus connues sont L’Invention de la Picardie / L’Invincion del Picardie (1986-89) et Le Jardin ouvrier (1995-2003). Une forte anthologie du « J.O. » paraît en 2008 chez Flammarion (collection Poésie), avec un dessin de couverture d’Annette Messager.
La Grande Picardie Mentale (G.P.M.)
Elle a été fortement étayée par Ivar Ch’Vavar, dès avant la parution de La Forêt invisible, anthologie de la littérature d’expression picarde dirigée par Jacques Darras parue en 1985 (Ivar y a été chargé des 19e et 20e siècles). Dans l’esprit de Ch’Vavar, la Picardie, si elle a bien un territoire (correspondant grosso modo aux régions Picardie et Nord-Pas-de-Calais et aux deux tiers du Hainaut belge), est avant tout une idée, un projet – et la figure du lieu même, à creuser autant qu’à édifier. Ce lieu a deux langues propres : le picard et le flamand de France, et une langue largement partagée : le français. Ch’Vavar n’est qu’un des inventeurs de la Grande Picardie Mentale, mais celui qui va le plus loin peut-être dans sa fondation poétique et politique. Il va de soi qu’il ne reconnaît pas le nom minable et ridicule, le nom de lotissement dont s’est trouvé affublée la partie française de la G.P.M., à savoir les Hauts-de-France.
Ch’Vavar a publié plusieurs livres et plaquettes en picard, dont Ichi leu (Ici là, dans le parler de Wailly-Beaucamp, 2009) et Ch’miloé din ch’tiloé (Le tiroir au miroir, 2023). Il a traduit en picard, entre autres poèmes fameux (et difficiles), Berck-Plage, de Sylvia Plath, Le Naufrage du Deutschland de Hopkins et le Jabberwocky de Lewis Carroll.
Camarades
Le travail collectif a beaucoup occupé Ivar Ch’Vavar, travail réflexif (en particulier avec Pierre Vinclair, dans HauM ou Échafaudages dans les bois), travail d’écriture (avec Konrad Schmitt, Christophe Petchanatz, Stéphane Batsal...). Le besoin de l’autre se manifeste d’une façon plus paradoxale dans la création d’hétéronymes, plus de cent-trente, les plus connus étant Évelyne « Salope » Nourtier, Marie-Élisabeth Caffiez et Charlyne Marquillies. Ch’Vavar a évoqué cette question singulière des doubles ou des gémeaux dans un entretien avec Laurine Goudroye paru sous le titre Le haut de la kikisse dans les n°39 et 40 (numériques) de la revue Catastrophes.
Pour Ivar Ch’Vavar la poésie s’inscrit dans une histoire et devrait être l’affaire de tous. Le poème est un effort, un travail ; le vers est le nerf du poème ; la contrainte formelle peut être l’outil d’une grande libération. Ainsi du vers arithmonyme (fondé sur le nombre de mots) et du vers justifié (sur la longueur millimétrique) : accaparé par un travail artisan (ou ouvrier), le poète ne peut plus contrôler ce qui arrive dans le texte, et la contrainte se révèle plus performante que l’écriture automatique des surréalistes pour révéler « le fonctionnement réel de la pensée » (formulation d’André Breton).
À propos du travail théorique : « La réflexion des "Camarades" va porter principalement sur la contrainte elle-même, dont il faut comprendre le caractère nécessaire, sur la forme du poème, la musicalité, l’oralité... elle va porter aussi sur l’image, la notion de poésie "populaire", l’histoire de la poésie... mais sur la question de la beauté, encore, et celle du réel. » (4e de couverture d’Échafaudages dans les bois [I]).
Ivar Ch’Vavar a préparé une édition des Vers nouveaux d'Arthur Rimbaud (Lurlure, 2019).