Ses parents dirigent l'entreprise familiale de peinture et décoration.
En 1938, son père, qui craint d'être mobilisé si la guerre est déclarée, l'inscrit (sur dispense exceptionnelle car il est trop jeune) à l'École de peinture décorative de Reims, afin qu'il acquière la compétence nécessaire pour diriger l'entreprise en son absence. Il y entre en et remporte, en 1939, à 14 ans, le titre de meilleur artisan de France (il est, de plusieurs années, le plus jeune candidat).
«Venu du Jura à Paris après l'expérience des années d'occupation et de clandestinité (il est réfractaire au STO), Jean Ricardon y passe un temps d'ouverture et de formation, de rencontres et de découvertes esthétiques.»
—G. Viatte
Il se présente à plusieurs concours où il se distingue: prix Chenavard (1947), deuxième logiste du prix de Rome (1948), prix Rocheron (1951). Puis, ses études terminées, il décide de rentrer à Morez pour aider son père dans l'entreprise familiale. Il consacre tout son temps libre à sa peinture, de plus en plus influencé par les maîtres du XXe siècle (Picasso, Mondrian, Malévitch).
En 1950, il épouse Suzanne, une jurassienne rencontrée aux Beaux Arts de Paris. Leur fils naît en 1954.
La même année, il est nommé professeur de peinture à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Besançon. Il partage désormais sa vie professionnelle entre ses travaux personnels et l'enseignement pour lequel il se passionne et dans lequel il s'implique totalement.
Il prend sa retraite à 65 ans, en 1989. Jusqu'à ses 90 ans, il continue à peindre dans son atelier de Besançon. Il décède le .
Il restera toute sa vie un peintre figuratif. Même si son style évoluera rapidement vers l'abstraction, il conservera toujours des thèmes figuratifs, notamment le visage.
En 1947, il fait le choix de renoncer à l'utilisation de la couleur, qu'il considère comme une facilité, en limitant sa palette au blanc et au noir.
«L'essentiel, pour moi, aura été le blanc matériau, ensuite le visage, son ordre, ses dimensions possibles.»
Discret par nature, et éloigné de Paris et des médias, il est cependant remarqué par de grands noms du milieu artistique. Ses peintures suscitent l'admiration de Michel Seuphor avec lequel il se lie d'amitié. Il est cité dans des ouvrages de référence. Michel Seuphor l'invitera à exposer avec lui aux Pays-Bas, à La Haye, et en Allemagne, à Sarrelouis (1973, 1980, 1983).
En 1991, il est choisi pour concevoir les quarante-sept verrières de l'abbaye d'Acey (Jura),. Ce travail extrêmement novateur, tant sur le plan esthétique que sur le plan technique, est effectué de 1995 à 1997 avec le maître verrier Pierre-Alain Parot,,,,.
Les tableaux de Jean Ricardon, extrêmement originaux dans leur facture, sont presque entièrement voués au blanc, travaillé en épaisseur dans la pâte par coupes, superpositions et retraits, laissant plus ou moins des fonds esquissés en grisaille selon un jeu de formes géométriques, rythmé par des bandeaux verticaux (rappelant le cubisme de Juan Gris et d'un László Moholy-Nagy).
À visité aujourd'hui l'Abbaye Notre-Dame d'Acey en compagnie de Ricardon, et découvrant la diversité des 47 verrières qu'il a composées pour l'édifice, ces fenêtres sont l'aboutissement et le surpassement, de toute une œuvre de peintre.
«L'expérience d'une telle commande, en sortant le peintre de son atelier, n'aurait peut-être pu se faire sans une longue pratique dans l'enseignement qu'il produisit à l'École des Beaux-Arts de Besançon. Cet esprit d'échange se perçoit, dans la composition de chacune des verrières, et dans l'espace qui s'y déploie, et de connivence avec tel membre de la communauté auquel Ricardon a eu plaisir à s'adresser au travers de son travail sur la lumière du vitrage.
L'artiste a joué sa gamme de possibles transparences et opacités, alliant les valeurs sombres, le noir chaud et le bleu, aux tonalités les plus claires, par la superposition de verres translucides, depolis, colorés, placés de part et d’autres d’une âme centrale de verre blanc.»
—Germain Viatte, Ricardon. Les verrières d'Acey, Néo éditions, février 1997, p. 5-21.
1234Dessins, peintures, Jean Ricardon. Reims-Paris-Morez 1939-1953., Besançon, Néo Editions,
↑Gérard Xuriguera, Les années 50: peintures, sculptures, témoignages, Arted, (ISBN2-85067-066-9), p.230
↑Jacques Rittaud-Hutinet, Encyclopédie des arts en Franche-Comté, Châtillon-sur-Chalaronne, Éditions La Taillanderie, , 384p. (ISBN2-87629-297-1), p.320
12Michel Ragon, L'art abstrait (volume 3 - de 1939 à 1970 en Europe), Paris, Maeght, , p.22
↑«Hubert Munier et Jean Ricardon, Atelier Aujourd'hui 14 du 04 avril au 14 mai 1979. Vues des salles de l'exposition (vues 1 à 4: Hubert Munier; vues 5 à 8: Jean Ricardon) | Centre Pompidou», Bibliothèque Kandinsky, du 04 avril au 14 mai 1979 (lire en ligne, consulté le )
Gérard Xuriguera, Les années 50: peintures, sculptures, témoignages, Arted-Editions d'art, 1984 (notice sur Jean Ricardon avec 1 ill. couleur + 1 ill. noir et blanc, p.170-171; notice biographique p.230. (ISBN2-85067-066-9)
Gérard Xuriguera, Regard sur la peinture contemporaine. La création picturale de 1945 à 1983, Arted, 1983 (Jean Ricardon cité p.84-85, ill. p.85)
Jacques Rittaud-Hutinet et Chantal Leclerc, Encyclopédie des arts en Franche-Comté, Éditions La Taillanderie, , 384p. (ISBN978-2876292970).
Lorenz Dittmann, Jean Ricardon, Saarbrück, Edité par Drukerei + verlag heinz klein gmbh, Saarlouis 1985.
Dessins, peintures, Jean Ricardon. Reims-Paris-Morez 1939-1953, 2006 (dépôt légal: 46127)
Bernard Ceysson, Serge Lemoine, Daniel Abadie, et al., Vingt cinq ans d'art en France, 1960-1985, Paris, Larousse, 1986 (bibliographie p.301-347) (ISBN978-2035093059))
Benjamin Foudral, Inge Linder-Gaillard, Camille Cios et Germain Viatte, Jean Ricardon: le sens profond du blanc (1924-2018), Editions du Sekoya et Musée Courbet, , 144p. (ISBN978-2847512052).