Jean le Solitaire

Jean le Solitaire
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Activités
Écrivain, ascète, KirchenschriftstellerVoir et modifier les données sur Wikidata
Période d'activité
Ve siècleVoir et modifier les données sur Wikidata
Manuscrit du XIe siècle, Monastère Sainte-Catherine du Sinaï en alphabet syriaque, style Serto.

Jean le Solitaire, dit aussi Jean d'Apamée, ou Johannes apamensis (en latin), est un théologien, ascète et auteur mystique syrien, de religion chrétienne, ayant vécu au Ve siècle.

Identité

L'identité de cet auteur a fait l'objet de débats loin d'être clos. Rubens Duval avait proposé de l'identifier à Jean de Lycopolis (ou de Thèbes), un ascète égyptien du IVe siècle (mort vers 395), assimilation réfutée de manière décisive par le père Irénée Hausherr. À la fin du VIe siècle, Babaï le Grand, dans son commentaire des Centuries d'Évagre le Pontique, parle d'un « Jean le Solitaire du pays d'Apamée » en lui attribuant un passage d'une lettre qui a été conservée. D'autre part, il y a débat sur l'identification de Jean le Solitaire avec un « Jean d'Apamée » ou « Jean l'Égyptien » combattu comme hérésiarque par Philoxène de Mabboug. Autre incertitude : est-ce le « Jean d'Apamée » condamné en 790, en même temps que Jean de Dalyatha et Joseph Hazzaya par un synode de l'Église d'Orient présidé par le catholicos Timothée Ier ? L'hérésie de ce « Jean d'Apamée », à tendance apparemment gnostique, est décrite par Théodore bar Koni dans un passage de son Livre des scolies. Là non plus, le débat n'est pas tranché.

Le plus ancien manuscrit contenant des œuvres de « Jean le Solitaire » date de 581. Babaï le Grand parle de lui comme d'une autorité ancienne, sur le même plan qu'Évagre le Pontique et Théodore de Mopsueste. Irénée Hausherr et le théologien allemand Werner Strothmann sont d'accord pour le situer chronologiquement au Ve siècle. Ses textes montrent une très forte imprégnation de la culture grecque, et d'autre part d'importantes connaissances en médecine. Ils ont été transmis en syriaque, mais un autre point disputé est de savoir s'ils ont été rédigés originellement en grec ou en syriaque. Selon Werner Strothmann, sa christologie est monophysite, mais Babaï le Grand ne l'a semble-t-il pas remarqué.

Œuvre

L'œuvre abondante de Jean le Solitaire est surtout formée de dialogues, de « discours » (ou « homélies », ou « traités »), de lettres, de commentaires de textes bibliques (notamment de L'Ecclésiaste). Elle est encore en grande partie inédite, dans des manuscrits. D'une façon générale, même si l'identité de l'auteur pose problème, l'unité de l'œuvre ne fait guère de doute.

La doctrine se caractérise notamment par une conception de l'« ascension spirituelle » en trois « degrés » :

Citations

Jean d'Apamée, auteur ascétique original, patient pédagogue, fut important pour l'histoire mystique syriaque.

La pauvre apparence du Serviteur
« Les saintes Écritures montrent clairement l'authentique révélation du Christ notre Seigneur. Elles ne nous donnent pas la confession de sa divinité sans y associer son humanité, ni ne nous laissent confesser son humanité sans sa divinité. Mais elles annoncent, enseignent et transmettent aux hommes l'unique personne du Fils unique de Dieu, dans l'exaltation et l'humiliation. »
« Le Fils unique de Dieu a vu que notre infirmité et notre mortalité nous empêchaient de percevoir sa venue divine, s'il venait à nous dans notre âme par le véritable chemin. Parce que nous n'étions pas tournés vers nous-mêmes pour recevoir de l'intérieur sa révélation, il fut contraint à cause de son immense bienveillance de se manifester lui-même dans la condition de notre servitude. »
« Frères, nous ne devons pas regarder le Christ de l'extérieur. Celui qui le regarde ainsi ne voit que sa pauvreté, non sa richesse, sa petitesse et non sa grandeur, il les voit avec les yeux, mais non avec la puissance, la gloire, l'honneur qu'il possède auprès de tous, avec tous et pour tous. »
« Sache encore ceci : sa pauvre apparence, c'est elle qui sauve même tous ceux dont le regard n'est tourné que vers l'extérieur. Ô richesse insondable du Christ ! »
Fou avec les fous
« Le Christ se révèle à tous les ordres selon leurs capacités, il se penche sur chacun pour l'élever. Il s'est manifesté comme médecin, il a été comme un frère, il a servi comme un esclave, parlé comme un maître, écouté comme un disciple, lutté comme un héros, succombé comme un vaincu, il a été vendu comme un esclave, il a été libéré comme un seigneur, il a admonesté comme un juge, il a été jugé comme un coupable. Il a supplié avec ceux qui prient, exauçant les demandes avec le Père, envoyé avec les envoyés, agneau offert avec les pécheurs, avec les prêtres Grand Prêtre qui pardonne, avec les morts mis à mort, avec Dieu ressuscitant les morts, avec les persécutés persécuté, avec Dieu vengeur des persécutés, avec les outragés outragé.
« Il va dans tous les genres de vie pour sauver chacun. Il brille dans toutes les beautés pour séduire tout homme, il parle dans toutes les promesses pour consoler tous les hommes, il sert dans toutes les circonstances pour sauver toutes les conditions de vie, il est en communion avec chacun pour faire participer chacun à son repos. »

Éditions

Notes et références

  1. ↑ Rubens Duval, Littérature syriaque, Paris, 1907, p. 312.
  2. ↑ Irénée Hausherr, « Aux origines de la mystique syrienne : Grégoire de Chypre ou Jean de Lycopolis ? », Orientalia Christiana Periodica, IV (1938), p. 497-520.
  3. ↑ Contre cette identification : Irénée Hausherr, « Un grand auteur spirituel retrouvé : Jean d'Apamée », Orientalia Christiana Periodica, XIV (1948), p. 3-42 ; position inverse : (de) W. Strothmann, Johannes von Apamea, Patristische Texte und Studien, Berlin, 1972, p. 81-91.
  4. ↑ Voir CSCO, vol. 69 (éd. A. Scher), p. 331-333.
  5. ↑ Pour l'identification, (de) Werner Strothmann, op. cit., p. 103-104 ; contre: René Lavenant, « Le problème de Jean d'Apamée », Orientalia Christiana Periodica, XLVI, 2 (1980), p. 367-390. Le texte synodal lui-même ne dit rien de la doctrine du « Jean d'Apamée » condamné, contrairement à ce qu'il fait pour Jean de Dalyatha et Joseph Hazzaya, ce qui laisserait penser qu'il s'agissait d'un auteur ancien et connu.
  6. ↑ En syriaque selon (de) Werner Strothmann, op. cit., p. 53.
  7. ↑ Pushaka de-kulat (syriaque) - Commentaire exégétique de l'Ecclésiaste - 6ms : Bibliothèque du Monastère Sainte-Catherine du Mont-Sinaï, Égypte, (Cod. Sin. Syr. 16, VIIe siècle).
  8. ↑ 3e traité, 135-137, trad. R. Lavenant, Sources Chrétiennes 311, Cerf, Paris, 1984, p. 165-167.
  9. ↑ 3e traité, 138-139, trad. R. Lavenant, Idem, p. 168-169.

Bibliographie

Articles connexes

Site archéologique en Syrie, des colonnades d'Apamée.

Liens externes