| Naissance | Bordeaux |
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| Décès | Valenciennes |
| Nationalité |
Française |
| Domiciles | |
| Activité |
Marin et artiste de foire |
Joseph Kabris, né à Bordeaux en 1780, mort à Valenciennes le , prénommé parfois Jean-Baptiste, et orthographié Cabri, Cabry, Cabris, Kabrit ou Cadiche, est un matelot bordelais, naufragé aux îles Marquises en 1795, accueilli par les habitants et tatoué sur tout le corps pour marquer son appartenance à la tribu des Te I'i. Embarqué sur un bateau russe de passage dans l'île en 1804, il est présenté dans les cours d'Europe comme objet de curiosité, il tombe dans la misère et doit s'exhiber dans les foires avant de mourir de maladie, à 42 ans, dans le nord de la France.
Il y a peu d'information sur la jeunesse de Kabris, hormis celles qui proviennent de différentes brochures, éditées par ses soins, au contenu autobiographique, probablement dictées, Kabris étant sans doute illettré.
Il indique avoir navigué très jeune, à l'âge de 14 ans, en embarquant à bord du corsaire d’État Dumouriez, commandé par le capitaine Renault. Un galion espagnol chargé de piastres est capturé après un dur combat et un abordage. Le capitaine du navire espagnol est tué. Sur le point de ramener « cette riche prise en rivière de Bordeaux », leur navire est capturé par une escadre anglaise de six vaisseaux et une frégate. Kabris est fait prisonnier et envoyé sur les pontons de Portsmouth pendant 15 mois. Il reprend du service dans les armées royales et participe à des escarmouches dans la région de Quiberon. Il est blessé durant les combats, gagne à la nage la frégate anglaise Le Diamant (capitaine Smith) qui mouille dans la rade. Transporté en Angleterre, il guérit de ses blessures et reprend du service sur un baleinier, commandé par le capitaine Kuite. Il quitte Portsmouth le pour le Pacifique sur le brick anglais le London (capitaine Gardner). Il prétend que son bâtiment fait naufrage devant Nuka-hiva (îles Marquises) et qu'il réussit à rejoindre la terre avec un matelot anglais nommé Robert (Edward Robarts), qui ne restera pas son ami. Cette version est contredite par celle de Robarts qui se dit, non pas naufragé avec Kabris, mais déserteur en d'un baleinier anglais, le New Euphrates, venu réparer les avaries d'une tempête aux Marquises. En réalité, en , Kabris déserte en compagnie d'un marin anglais nommé Walker et se réfugie sur l'ile de Nuku Hiva.

Kabris, qui pensait être tué par les anthropophages, est intégré dans la tribu des Te I'i, dans la vallée de Meau. Plusieurs tribus cohabitent dans l'ile et sont constamment en guerre. Kabris s'illustre dans cet exercice. Après un premier mariage infructueux, il se remarie avec la fille du roi. Le roi de Nuka-Hiva prend son gendre en affection, le tatoue lui-même sur la figure et sur tout le corps. Il le nomme « grand juge de tout le pays », avec le tatouage correspondant (méhâma : soleil sur les deux paupières de l’œil droit).
En le capitaine Johann Adam von Krusenstern, qui effectue un voyage autour du monde, débarque dans l'ile. Il est heureux de trouver l'anglais Roberts (aussi nommé Robarts) et le français Kabris (nommé Cabri) pour lui servir de guides et d’interprètes. C'est Krusenstern et le naturaliste de l'expédition, Georg Heinrich von Langsdorff, qui décrivent l'inimitié qui oppose les deux hommes et donnent des informations sur Kabris, « devenu tout à fait Nukahivien », avec ses tatouages, son art de la natation et son comportement de guerrier. Il prétend toutefois ne pas être devenu anthropophage, ce dont Langsdorff n'est pas persuadé. Krusenstern constate que Kabris a presque oublié sa langue maternelle, alors qu'il parle assez bien l'anglais. Ses souvenirs reviennent, et il peut donner le nom de son père et sa ville d'origine (Bordeaux) qu'il évoque de manière un peu énigmatique : « Beaucoup de chandelles, beaucoup de violons, beaucoup de musique, les madames, les mademoiselles ».
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Le , Kabris est embarqué, peut-être par surprise, sur le navire russe vers le Kamtchatka. En cours de route, il refuse de débarquer dans l'ile d'Hovaïhi (Hawaï) dont il ne comprend pas la langue. Il arrive fin au Kamtchatka. Sans connaître le russe, il traverse la Sibérie pour rejoindre Saint-Pétersbourg. Avec ses tatouages, il est présenté comme une curiosité au tsar Alexandre Ier qui le garde pendant treize ans à son service comme maître de natation à l’école navale de Kronstadt.
Il y refait sa vie, en épousant une Française prénommée Ariane. Il fréquente le journaliste et écrivain Faddeï Boulgarine qui rapporte, dans ses mémoires, qu'il « parle un mauvais mélange de russe et de français difficile à suivre auquel il mêle la langue des sauvages ».
En 1817, il revient en France dans un bâtiment de l'escadre russe. Il débarque à Calais le . Il est présenté par le Duc de Richelieu au roi Louis XVIII, qui ne lui accorde qu'une gratification de 300 francs. Pour gagner sa vie, habillé en roi de Nuka-Hiva, et parlant le marquisien, Kabris montre ses tatouages dans les foires, fait publier des opuscules racontant sa vie et imprimer une gravure le représentant couvert de ses attributs royaux, qu'il vend aux curieux venus le voir dans ses exhibitions. Il espère ainsi pouvoir acheter des outils de labour et des graines, pour les apporter « aux peuples Noukaïviens », rejoindre la famille qu'il a laissé à l'ile de Mendoça (Marquises) et régner sur son île : « On est digne de gouverner le peuple dont on fait le bonheur », écrit-il dans une de ses brochures.
Mais frappé par la maladie, il ne peut réaliser son projet et meurt le à 5 heures du matin dans une auberge située au 18 Marché aux poissons , section du nord à Valenciennes, à 42 ans, un jour après avoir raconté ses aventures à un avocat de Valenciennes, directeur d'un journal,.
Joseph Kabris est mentionné sur un ton narquois dans la presse de son époque alors qu'il s'exhibe au « Cabinet des Illusions, Cour des Fontaines, près le Palais Royal » à Paris,.
En 1938 parait dans le journal Le Petit Marseillais un article rapportant « l'aventure tragi-comique de Joseph Kabris, matelot bordelais ».
Le texte de Kabris est à mettre en regard avec le journal d'Edward Robarts, dont la version est un peu différente puisqu'il se dit déserteur en d'un baleinier anglais, le New Euphrates, recueilli par les habitants de Tahuata puis adopté par ceux de Hiva‘oa et de Nukuhiva. Son récit est un témoignage de la vie quotidienne aux îles Marquises, des fêtes, des guerres et des famines. Robarts quitte l’archipel des Marquises en avec Hina‘oteata et leur enfant pour une nouvelle vie, à Tahiti d’abord comme distillateur d’alcool à la pointe Vénus, puis en Malaisie comme majordome, aux Indes enfin, comme marchand de sable et policier à Calcutta. Mais ce Robarts est bien celui que Kabris appelle « Roberts ».
Le père Patrick O'Reilly, secrétaire général de la Société des océanistes, commente ces deux récits, y voyant les premiers regards ethnologiques porté sur cet archipel. Ils sont des auxiliaires indispensables au capitaine Johann Adam von Krusenstern lors de son passage aux Marquises, grâce à leur connaissance de la langue et des coutumes locales. Ils sont les premiers à révéler les mœurs anthropophages des habitants, que n'avaient pas relevées le capitaine Cook, ni son naturaliste Forster lors du deuxième voyage de l'expédition (1774), ni le capitaine Marchand en 1791. Le capitaine Krusenstern note : « Les deux Européens que nous avons trouvés à Noukahiva, et qui avaient vécu plusieurs années dans cette île, se sont accordés à dire que les habitants sont dépravés, barbares, et, sans excepter même les femmes, cannibales dans toute l'étendue du terme ». Il prend soin de la vérifier en examinant les crânes fracassés de leurs victimes. C'est aussi sur leurs indications que le capitaine Krusenstern évalue, en 1804, à 16 000 individus la population de Nuka-Hiva.
Kabris est le sujet de Joseph Kabris ou les possibilités d'une vie, 1780-1822 de Christophe Granger. Dans cette « biographie sociologique », Granger investit le cas « aberrant » de Kabris pour se demander « comment se fait une vie », et montre comment son parcours, en apparence improbable, se trouve être déterminé socialement.