Joseph Méry

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Joseph Méry
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
François Joseph Pierre Agnés MeryVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Fratrie
Louis Méry (d) (frère)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Membre de
Genres artistiques
Théâtre, conte, littérature policière (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
signature de Joseph Méry
Signature de Joseph Méry.
Ludovic Durand, Érato (1867, détail),
tombe de Joseph Méry, Paris, cimetière de Montmartre.

Joseph Méry, né le 2 pluviôse an V à Marseille et mort le à Paris 9e, est un journaliste, romancier, poète, dramaturge et librettiste français.

Biographie

À l’achèvement de ses études au lycée Impérial de Marseille, saisi d’horreur devant le spectacle des luttes sanglantes et des massacres de la Terreur blanche signalant dans le Midi le retour des Bourbons, le jeune homme, jusque-là royaliste, devient bonapartiste et libéral. Il collabore au journal libéral, le Phocéen d’Alphonse Rabbe.

Sa première célébrité émane d’une satire en vers publiée en 1820 dans un petit journal de Marseille contre l’abbé Eliça-Garay, inspecteur en chef des collèges, qui enjoignait expressément aux professeurs de donner les prix à ceux des élèves qui remplissaient avec le plus de ponctualité leurs devoirs religieux, sans acception de mérite, de travail et de talent. Eliça-Garay ayant porté plainte devant les tribunaux, le jeune auteur du pamphlet est condamné à quinze mois de prison.

Fier d’être persécuté pour sa cause, il refuse de demander sa grâce. Sorti de prison, il habitera tantôt la capitale et tantôt Marseille, où il avait fait ses premières armes dans le journalisme et où l’appelaient de nombreux amis, jusqu’en 1828. Il crée son propre journal voué à la cause du libéralisme, la Méditerranée, qui fusionnera avec le Phocéen, pour devenir le Sémaphore.

Plus assidu à Paris, à partir de 1823, il vivait de traductions du latin que lui procurait Rabbe, installé depuis six mois à Paris, où il écrivait une Histoire des Papes, lorsque Pierre Soulé l’engage comme rédacteur au Nain jaune avec dix-huit cents francs d’appointements. Le Nain Jaune, écrasé par des amendes énormes, ayant cessé de paraitre, il rédige, avec Auguste Barthélemy, royaliste repenti, des satires, comme les Sidiennes, la Villéliade , qui visait rien moins qu’à renverser le ministère ultraroyaliste Villèle, que l’éditeur Ponthieu a payée 25 000 fr., et qui s’est vendu à plus de 12 000 exemplaires, en moins d’une semaine.

Cette terreur du ministère Villèle était témoin et parrain dans tous les duels, quand lui-même n’y figurait pas comme partie principale. À la vue d’une balle venant s’amortir sur une pièce de cinq francs contenue dans le gousset de l’un des combattants, il a eu cette saillie : « Voilà de l’argent bien placé ! » Ami de Balzac, Hugo, Chateaubriand, Gautier, Nerval, Dumas, Émile et Antony Deschamps, Sainte-Beuve, Boulanger, Delacroix, Rossini, Hérold, Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Henri Heine, Frédéric Soulié, Léon Gozlan Eugène Sue, Arsène Houssaye, Mérimée, Alphonse Karr, Armand Carrel et Stendhal, entre autres, il fréquente les cercles littéraires et intellectuels à la mode. Reconnu pour son esprit, on se le dispute dans les salons, les fêtes, toutes les réunions artistiques, sans qu’il perde jamais de sa verve intarissable, avec le temps. Plus tard, il entrera en relations d’amitié avec Émile de Girardin, Delphine de Girardin, Théophile Gauthier et Gérard de Nerval.

En 1829, il compose l’Assassinat, évoquant les massacres de 1815, avant de reprendre sa collaboration avec Barthélemy, dans leur croisade fraternelle contre le pouvoir, qui donnent lieu à Rome à Paris, la Corbiéréide et la Censure, publiées six mois après la Villéliade. Villèle tombé, son remplaçant, Martignac, tente de se concilier ses bonnes grâces en lui offrant la croix, qu’il refuse. Le ministère de Martignac échu à Polignac, deux nouvelles satires, la Peyronnéide, la Guerre d’Alger, l’attaquent et mettent ce dernier à mal. Il publie également son premier roman, le Bonnet vert.

Lors de la Révolution de Juillet, il prend les armes et compose un poème, l’Insurrection, et un hymne, la Tricolore, dont Halévy a composé la musique, et qui a été chantée sur tous les théâtres de Paris. Déçu par la monarchie de Juillet, il se retire à Marseille, décidé à ne plus s’occuper de politique, jusqu’à ce que Barthélemy, qui venait de fonder la Némésis, ne le rappelle à Paris, en . Ce périodique satirique, qui cinglait sans pitié tous les ridicules, raille notamment les ambitions politiques de Lamartine. La seconde année, le gouvernement ayant demandé à Méry et à Barthélémy 100 000 francs de cautionnement, les auteurs sont obligés de cesser leur publication.

En 1837, Méry profite du repos auquel sa plume était condamnée pour faire son premier voyage en Italie, auquel le conviait la famille impériale, qui correspondait, depuis longtemps avec lui, et retrouve la reine Hortense. Les notes qu’il rapporte de ce voyage, lui permettent d’écrire, une fois revenu en France, d’abord les Scènes de la Vie italienne. La Revue de Paris donne ensuite un Amour dans l’Avenir, roman dont le succès n’a fait qu’augmenter à sa publication en volume, et auquel ont succédé un grand nombre de nouvelles : « Van Dick au palais Brignola}, « les Adeptes de l’Immortalité », « l’Âme transmise », etc. Ensuite ce sont la Comtesse Hortensia, Saint-Pierre de Rome, Sémiramide, puis la Juive au Vatican ou Amor e Roma. Avec les découvertes précieuses qu’il a faites dans les bibliothèques vaticanes, Méry a pu écrire France et Orient, sur la croisade de saint Louis.

Après un autre voyage en Italie, dont il est revenu, en 1838, tout exprès de Florence, au milieu de l’hiver, pour écrire le discours d’inauguration du théâtre de la Renaissance, il entre au Figaro qui accueille ses satires. Doué d’une étonnante capacité d’improvisation lyrique, ami de Victor, un jour que les deux poètes rencontrent sur le boulevard, Anténor Joly et Ferdinand de Villeneuve, ceux-ci demandent au maitre quand il leur fera un drame. « — Êtes-vous pressé ? leur demande Victor Hugo. — Très pressé.— Alors, voilà Méry qui vous en fera un, et qui viendra vous le lire chez moi, lundi prochain, à midi, répond Hugo. » Sans sourciller, Méry qui n’avait jamais travaillé pour le théâtre mais, pour rien au monde, n’aurait voulu faire mentir le maitre, a lu, au jour et à l’heure fixés, le drame de la Bataille de Toulouse aux futurs directeurs de la Renaissance. Ce drame a eu cent représentations, les troupes de province l’ont joué pendant des décennies. Cette pièce a servi de base à Verdi pour son opéra La battaglia di Legnano.

Amoureux du théâtre jusqu’au dernier jour de sa vie, il a fait successivement représenter ses pièces à l’Odéon, la Comédie-Française, l’Opéra, sur plusieurs scènes secondaires et jusqu’aux bosquets dramatiques de Bad Ems mais, rebuté par la nécessité d’avoir à rendre des comptes aux directeurs, aux comédiens et au public, il a fini par publier deux volumes de comédies de salon pour s’affranchir de ses contraintes:106. Préférant rédiger des romans en feuilletons, il livre, coup sur coup aux abonnés de la Presse, de 1842 à 1844, Héoa, la Floride, la Guerre du Nizam, trilogie succédant aux Mystères d’Udolphe, l’Histoire d’une colline et à la Famille Dherbier. Un incendie dans les bureaux de la Presse ayant réduit en cendres les quatorze premiers feuilletons de la Guerre du Nizam, il a refusé les cinq mille francs de dédommagement qui lui offraient les directeurs, et s’est mis à recommencer son œuvre. Les autres œuvres principales de Méry sont : la Ferme de l’Orange, Une Conspiration au Louvre, la Circé de Paris, Une Veuve inconsolable, Adrienne Chenevier, les Deux Enseignes, le Transporté, Un mariage de Paris.

Gouache sur ivoire anonyme. Paris, Maison de Balzac.

Méry racontait l’Inde, et la Chine, et l’Afrique, et l’Asie, et l’Australie, mieux que s’il les avait visitées, mais il les a vues par révélation et sans quitter son cabinet de travail. Des capitaines au long cours qui avaient fait dix fois le voyage de Marseille à Calcutta ont soutenu que l’auteur d’Heva avait secrètement visité l’Inde:98. Il a répété cet exploit dans deux autres romans, le Paradis natal et le Damné de l’Australie. Sa nouvelle, Anglais et Chinois, a fait une telle impression sur la femme du diplomate Théodose de Lagrené, qu’elle a obsédé le ministère Guizot pour faire nommer son mari chef de mission diplomatique en Chine, pour aller voir un pays dont la description de Méry l’avait ravie. Également féru d’archéologie, le , il fait fouiller une fontaine à Schwalheim, près de Friedberg, où il pensait que les troupes de Varus s’étaient désaltérées et met soixante-quatorze médailles et une foule d’armures d’origine romaine:76.

Possédé de la passion du jeu, jouant et perdant gros dans les casinos d’Allemagne, à Ems, à Wiesbaden et à Bade, lorsqu’il joue au whist, dans les salons de l’Amirauté, pendant son séjour en Angleterre, une foule de gens le regarde jouer au whist. Aux échecs, jouant par correspondance avec des adversaires postés à Londres et à Florence, il a battu le champion La Bourdonnais, et écrira, dans la revue de celui-ci, Le Palamède, de nombreux articles faisant autorité. En 1847, il publie un recueil de règles de jeux intitulé l’Arbitre des jeux, accompagné de poèmes sur ce thème.

Il collabore avec Gérard de Nerval à des adaptations de pièces, dont quelques-unes de Shakespeare. En 1859, il publie Monsieur Auguste, roman évoquant l’amour entre hommes, sujet tabou dans la littérature et interdit par la censure sous le Second Empire. Trois de ses ouvrages sont considérés comme des romans criminels : Le Bonnet vert (Boulland, 1830) ; L’Assassinat (Canel & Guyot, 1832) et Salons et souterrains de Paris (Lévy, 1851).

En , Alexandre Dumas invite tous les poètes de France à faire montre de leurs talents en composant des poèmes à partir de bouts-rimés choisis à cet effet par Méry. En , Georges Bizet compose son recueil pour piano les Chants du Rhin, en s’inspirant de six de ses stances. À l’opéra, il a traduit le livret de Sémiramis (1860), opéra en 4 actes de Rossini et écrit, en collaboration avec Camille du Locle, Don Carlos (1867), opéra en cinq actes de Verdi. Retiré de la politique dans les dernières décennies de sa vie, il ne s’occupait plus que de poésie intime, de poésie de cœur, qu’il semait dans les boudoirs, sur les albums, et que son ami Georges Bell a rassemblé au sein d’un recueil.

Il a succombé à un cancer du larynx. Il avait reçu une pension de Napoléon III. Il est inhumé le au cimetière de Montmartre. Son frère Louis, était journaliste au Caducée, au Tambourinaire et au Ménestrel, archiviste de la ville de Marseille, professeur de littérature étrangère à la faculté d’Aix, auteur d’une Histoire de Provence.

Jugements

« Mery sait tout, ou à peu près tout ce qu’on peut savoir : il connait la Grèce comme Platon, Rome comme Vitruve ; il parle latin comme Cicéron, italien comme Dante, anglais comme lord Palmerston […], et que la conversation soit à la morale, à la littérature, à la politique, aux voyages ; qu’il soit question de Socrate ou de M. Cousin, d’Homère ou de M. Viennet, d’Hérodote ou de M. Cottu, vous aurez la plus merveilleuse improvisation que vous ayez jamais entendue. Il est savant comme l’était Nodier ; il est poëte comme nous tous ensemble ; il est paresseux comme Figaro, et spirituel… comme Méry. »

Publications

Romans, nouvelles et proses diverses

Poésie

Théâtre

Livrets

Publications en collaboration

Publications en collaboration avec Auguste Barthélemy

  • Sidiennes, épîtres-satires sur le dix-neuvième siècle, Paris, Stahl, 1825.
  • Biographie des quarante de l'Académie française, Paris, chez les marchands de nouveautés, 1826.
  • Les Jésuites, épître à M. le président Séguier, Paris, chez les marchands de nouveautés, 1826.
  • La Villéliade ou la prise du château Rivoli. Poème héroï-comique en cinq chants, Paris, Marchands de nouveautés, 1826, lire en ligne sur Gallica
  • Une soirée chez M. de Peyronnet ou le seize avril. Scène dramatique, 1827.
  • La Censure, scène historique, Paris, Marchands de nouveautés, 1827.
  • Rome à Paris, poème en 4 chants, Paris, Ambroise Dupont, 1827.
  • Le Congrès des ministres, ou la Revue de la garde nationale : scènes historiques, Paris, Ambroise Dupont, 1827, lire en ligne sur Gallica
  • Peyronnéide, épître à M. de Peyronnet, Paris, Ambroise Dupont, 1827.
  • La Corbiéréide, poème en 4 chants, Paris, Ambroise Dupont, 1827, lire en ligne sur Gallica
  • La Bacriade, ou la Guerre d'Alger, poème héroï-comique en 5 chants, Paris, Ambroise Dupont, 1827.
  • Napoléon en Égypte, poème en 8 chants, Paris, Ambroise Dupont, 1828.
  • Le Fils de l'homme, ou Souvenirs de Vienne, Bruxelles, H. Tarlier, 1829.
  • Waterloo. Au général de Bourmont, Paris, A.-J. Denain, 1829.
  • L'Insurrection, poème dédié aux Parisiens, Paris, A.-J. Denain, 1830.
  • Œuvres de Barthélemy et Méry, Paris, A.-J. Denain, 1831.
  • Les Aygalades et Fontainieu, Marseille, Feissat aîné et Demonchy, 1834.

Publications en collaboration avec Gérard de Nerval

  • Le Chariot d'enfant : drame en vers, en 5 actes et 7 tableaux, traduction du drame indien du Roi Soudraka, Paris, D. Giraud et J. Dagneau, , in-8º (OCLC 503950999, lire en ligne sur Gallica).
  • L'Imagier de Harlem : ou la Découverte de l'imprimerie (drame-légende à grand spectacle, en 5 actes et 10 tableaux, en prose et en vers, avec Gérard de Nerval et Bernard Lopez, ballets d’Adrien), Paris, Librairie théâtrale, , 102 p., in-16 (OCLC 41440259, lire en ligne sur Gallica).

Notes et références

Notes

  1. ↑ Barthélemy, royaliste de conviction, mais très pauvre, qui escomptait une large gratification ministérielle pour avoir mis sa plume au service de Charles X en louant son ascension au trône, n’avait obtenu qu’un louis, de Damas, pour récompense de ses efforts.
  2. ↑ Les frais d’impression ont été couverts par Achille Tenaille de Vaulabelle.
  3. ↑ Il a eu seize éditions successives, et la vingt-huitième a été imprimée en 1830.
  4. ↑ 28e division.

Références

  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 Eugène de Mirecourt, « Notice sur Méry », dans Méry, Joseph, Œuvres illustrées de Méry : Le Bonnet vert, Paris, Gabriel Roux, , 338 p., in-12 (OCLC 776825867, lire en ligne sur Gallica), p. 1-32.
  2. 1 2 3 Georges Marye, « Causerie », Journal des arts : peinture, sculpture, architecture, gravure, arts appliqués à l’industrie, poésie, musique, théâtres, modes, etc., no 7,‎ , p. 1 (OCLC 2426-8356, lire en ligne sur Gallica, consulté le )
  3. 1 2 3 Félix Mornand, « Méry », Le Nain jaune, Paris, vol. 4, no 292,‎ , p. 3-4 (lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  4. 1 2 3 4 Gustave Claudin (ill. Gustave Staal), Méry : sa vie intime, anecdotique et littéraire, Paris, Bachelin-Deflorenne, , 111 p., in-16 (lire en ligne sur Gallica)
  5. ↑ « À propos de… », La Revue hebdomadaire, Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, vol. 14, t. 11,‎ , p. 375-6 (lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  6. ↑ (en) Julian Budden, Verdi, Oxford University Press, , 3e éd., xv, 412 p., illustr ; 24 cm (ISBN 978-0-19532-342-9, OCLC 173807500, lire en ligne), p. 95.
  7. ↑ Michael Rosenfeld, « Écrire et escamoter l’amour entre hommes sous le Second Empire : Monsieur Auguste et Le Comte Kostia », Littératures, no 81,‎ , p. 119–129 (ISSN 0563-9751, DOI 10.4000/litteratures.2452, lire en ligne, consulté le )
  8. ↑ Claude Mesplède (dir.), Dictionnaire des littératures policières, vol. 2 : J - Z, Nantes, Joseph K, coll. « Temps noir », , 1086 p. (ISBN 978-2-910686-45-1, OCLC 315873361), p. 356.
  9. ↑ Ursula Günther, « Le Livret français de Don Carlos : le premier acte et sa révision par Verdi », dans Don Carlos / Don Carlo : atti del Il congresso internazionale di studi verdiani, Verona, Parma, Busseto, Villa Pallavicino, 30 luglio - 5 agosto 1969, Parme, Istituto Nazionale di Studi Verdiani, , xvi, 611 p. (OCLC 1273524808, lire en ligne), p. 90-140.
  10. ↑ « Méry », Le Monde illustré, vol. 18, no 480,‎ , p. 396 (lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  11. ↑ Alexandre Dumas, Impressions de voyage : Midi de la France, t. 2, Paris, Michel Lévy frères, , 293 p. (lire en ligne), p. 120.

Bibliographie

Liens externes

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