Le chant et contre-chant breton / Kan ha diskan *
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Yann-Fañch Kemener et Erik Marchand. | ||
| Domaine | Musiques et danses | |
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| Lieu d'inventaire | Bretagne | |
| * Descriptif officiel Ministère de la Culture (France) | ||
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Le kan ha diskan, que l'on peut traduire par « chant et contre-chant », « chant et re-chant » ou « chant et déchant », est, en Bretagne, une technique de chant à danser a cappella traditionnel et tuilé en breton, pratiquée à deux ou plus.
Le meneur (kaner) ou la meneuse (kanerez) chante le couplet qui est repris ensuite par le ou les autre(s) chanteur(s) (diskaner(ien)), démarrant sur les dernières syllabes du précédent. Traditionnellement pratiqué a cappella, on entend beaucoup ce type de chant en festoù-noz pour faire danser les personnes présentes, bien que nombre de chanteurs interprètent des chansons à écouter ou à la marche avec la même technique. Il est principalement pratiqué en Centre-Bretagne (Kreiz Breizh en breton) par un couple ou un trio généralement. Par contraste, ce qu'on appelle « chant à répondre » désigne un chant sans tuilage mené par un soliste auquel répondent plusieurs personnes, en Haute-Bretagne, ou dans une large partie du Vannetais notamment. Cette pratique a été inscrite à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France en 2013.
Bien que son origine soit probablement plus ancienne, il faut attendre la fin du dix-neuvième siècle pour trouver, sous la plume du compositeur Louis-Albert Bourgault-Ducoudray une description de la technique du kan ha diskan :
« Cette chanson appartient à la classe des chansons de danse alternées qui s’exécutent toujours à deux voix et dans un diapason assez élevé, La présence obligée de deux chanteurs n’a pas pour but de présenter le motif sous forme de duo, mais de rendre la fatigue moins grande, en la divisant. L'un des chanteurs entonne la première phrase, l’autre lui répond et ainsi de suite. Comme ce dialogue musical ne doit pas apporter la moindre perturbation à l’unité rythmique, chaque chanteur a soin d’attaquer, avant le début de sa phrase, les dernières notes de la phrase chantée par son partenaire. Il se produit ainsi à la fin de chaque période un rinforzando résultant de la superposition des deux voix qui imprime un nouvel élan au chant et à la danse. »
À la même époque, le Trégorrois Narcisse Quellien, dans ses Chants et danses des Bretons, mentionne simplement l'utilisation du chant pour mener la danse, sans décrire la technique employée.
« Le peuple ne danse pas toujours au son des instruments. A un pardon, pour une aire-neuve, après le banquet de la moisson, l’envie peut venir de sauter une ronde ou une gavotte, sans qu’on ait pourtant un sonneur sous la main ; mais dans tout ce monde-là quelqu’un aura bien appris à « siffler dans la feuille de lierre » entre les dents. Si l’on n’a pas à sa disposition même l’emploi de cette espèce de mirliton, on entonnera une chanson, un sonn sur un métier : les uns chantent, pendant que les autres dansent ; ou bien l’on fait les deux à la fois. »
« Contrairement à une idée reçue - et partout réaffirmée - le kan ha diskan n'est pas une technique de chant à danser. Dans la tradition paysanne, il est un chant à toutes fins et s'adapte à toutes les circonstances de la vie. La danse n'est que l'un de ses emplois. Hors de la danse le kan-ha-diskan sert à raconter des histoires, souvent longues - amour, meurtres, guerre, sorcellerie - ; il sert aussi à rythmer la marche ; enfin - faisant l'économie de toute parole -, il permet de se répondre d'un champ à un autre, voire d'un village à un autre. En changeant de contexte, il change de rythme et de tempo, parfois de dimensions. Aucun air n'a de texte attribué, on met les paroles qu'on veut sur l'air qu'on veut. »
— Extrait de la contribution d'Yvon Guilcher au livre d'hommage à Loeiz Ropars, Paotr ar festou-noz, publié chez Emgleo Breiz en 2011 (pages 85 à 101).
Une partie importante du répertoire est constituée de chansons parues sur feuilles volantes au XIXe siècle et au début du XXe siècle.
Loeiz Ropars participe à la renaissance du kan ha diskan.

Les chanteurs utilisent la technique du « tuilage » : les dernières syllabes d'un couplet sont systématiquement chantées par tous les chanteurs, comme une sorte de « témoin » qu'ils se passent d'un couplet à l'autre, ce qui permet de ne jamais avoir de pause durant toute la durée du chant. Pour assurer la tenue du rythme, les chanteurs se tiennent parfois par la taille ou par l'épaule ; il est fréquent qu'ils scandent le rythme avec les pieds. Le tuilage est utilisé afin qu'il n'y ait pas de coupures de son dans l'accompagnement des danseurs. C'est la caractéristique du kan-ha-diskan que l'on ne retrouve pas dans le chant à répondre en Haute-Bretagne. D'ailleurs, Loeiz Ropars n'avait jamais entendu l'expression « kan ha diskan » dans sa jeunesse, mais se rappelait la phrase coutumière « Me a gano, ha te a ziskano ! » (Je chanterai et tu feras le contre-chant) lorsque le temps de la danse arrivait.
Le kan ha diskan accompagne généralement les gavottes et le plinn.
Durant le bal (tamm diskuizh : littéralement « partie de repos » ou tamm kreiz, « morceau du milieu »), un refrain intervient, chanté plus « énergiquement » durant lequel les danseurs effectuent une figure (qui dépend de la danse en cours) : bal proprement dit après une marche, par exemple la dañs plinn.
Denez Prigent est initié au Kan ha diskan à quatorze ans,.


