Au fronton portant la date de 1866 d'une ferme, sise à Roëllecourt (Pas-de-Calais).
Labor omnia vincit improbus (ou seulement Labor omnia vincit) est une phrase en latin généralement traduite en français par «Le travail vient à bout de tout».
La citation est reprise d'une phrase répartie sur les vers 145-146 au premier livre des Géorgiques de Virgile, le renvoi à la ligne, le rejet, de Improbus soulignant la mise en valeur de ce mot. La citation originale comporte le verbe au passé:
«tum variæ venere artes: labor omnia vicit improbus et duris urgens in rebus egestas.»
Dans ce poème, sont célébrés la campagne, les soins à donner à la terre et les paysages bucoliques. En effet, l'Italie est sortie épuisée et ravagée après des dizaines d'années de guerres civiles; les Romains aspirant à la paix sont invités par Auguste, soucieux de remettre l'agriculture en honneur, à retrouver le goût du travail et la simplicité des mœurs de leurs ancêtres paysans,.
Ainsi, Labor improbus omnia vincit, à première vue, prônerait simplement le goût du travail et de l'effort. Cependant, étymologiquement, le terme improbus a une nuance péjorative; formé de in-, préfixe négatif et probus qui veut dire: «de bonne qualité, honnête, vertueux». S'il est traditionnellement traduit dans cette citation par «acharné» ou «hardi», il signifie aussi «mauvais», «malhonnête», «trompeur», «impudent», «pervers», alors que le terme labor implique la notion de «peine».
Interprétation
Dans le livre premier des Géorgiques qui raconte le passage de la natureprimitive, innocente et «honnête» à la culture, Virgile suggère qu'avec l'invention des arts et des techniques, est arrivé le règne de l'artificiel, donc de la ruse et du mensonge. Aussi des traducteurs modernes, comme le latiniste Alain Michel (1929–2017) ou Frédéric Boyer, proposent-ils pour ces deux vers:
«Alors sont apparues différentes techniques: le travail sur tout l'a emporté trompeur, et l'urgente nécessité, dans les conditions extrêmes,.»
Dès le IVesiècle cependant, en commentant l'œuvre de Virgile, Servius a buté sur le sens de improbus; il propose «qui n'est louable pour personne (car personne n'aime la peine)», et une édition ultérieure de son In Virgilii Opera Expositio (deutero-Servius) ajoute: «qui ne se lasse pas, permanent, sans modération», d'où le glissement de sens des premières traductions vers «incessant» puis «acharné», qui permet d'éviter la tonalité péjorative, mais édulcore le sens profond du texte: depuis la fin de l'âge d'or (ou l'éviction du paradis terrestre dans la tradition hébraïque) le travail est devenu une nécessité pour répondre à la dureté de la nature,.
L'antichambre du roi, dans le palais construit à Wilanów pour Jean III Sobieski, est ornée de quatre fresques illustrant les quatre livres des Géorgiques. Celle qui présente la préparation des outils agricoles cite intégralement (mais avec le verbe au présent, et egestas orthographié ægestas) les vers 145-146 du livre premier.
C’est la devise de la ville d’Autrèche en Indre-et-Loire et de la ville de Thiers dans le Puy-de-Dôme.
Armes de la ville de Silao (État de Guanajuato, Mexique).
Octavo émis en 1856 par l’État de Guanajuato (Mexique).
Une devise de la société du travail
La devise connaît un regain de succès avec l'essor du capitalisme et la naissance de l'idéologie du travail. Selon le philosophe Jacques Ellul, "elle devient la majeure [devise] du XIXe [siècle]".
Notes et références
Notes
↑«Faut-il attribuer l'existence du travail à la colère des Dieux ou à leur cruauté? La Genèse en a fait le châtiment du péché originel: "Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front".» précise Alain Michel.
↑Gravure extraite de Deux livres de chirurgie, de la génération de l'homme, & manière d'extraire les enfans hors du ventre de la mère chez André Wechel (Paris), 1573.
↑En suivant les replis du listel on lit bien LABOR OMNIA VINCIT.
Références
Jean-Jacques Lartigue et Olivier de Pontbriand, Dictionnaire des devises héraldiques et historiques de l’Europe, Perros-Guirec, Jean-Jacques Lartigue éditeur, , 508p. (BNF37189631), p.178-179
↑Virgile, Géorgiques, Les Belles Lettres, Paris, 2003, p.7.
↑J. L. Ferri de St Constant, Rudimens de la traduction: ou L'art de traduire le latin en français…, Delalain, (lire en ligne), p.118
↑Rien ne résiste au travail opiniâtre et à l'industrie pressée par le besoin.
↑Virgile, Œuvres Complètes, Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque de la Pléiade», p.1125.