| Le Cercle vert | |
| Auteur | Arthur Machen |
|---|---|
| Pays | Royaume-Uni |
| Genre | Roman |
| Version originale | |
| Langue | Anglais britannique |
| Titre | The Green Round |
| Éditeur | Ernest Benn. |
| Lieu de parution | Londres |
| Date de parution | |
| Version française | |
| Traducteur | Laurent Mathis |
| Éditeur | Les Enfants de la nuit |
| Collection | Les Enfants de la nuit |
| Lieu de parution | Paris |
| Date de parution | 2025 |
| ISBN | 9782322618293 |
| modifier |
|
Le Cercle vert est un roman fantastique tardif de l’écrivain britannique Arthur Machen. Publié en 1933, il s'agit du dernier roman de l'auteur.
Hillyer, un érudit solitaire dont les recherches portent sur le folklore et les traditions populaires, est sujet à des hallucinations. Sur les conseils de son médecin, il part se reposer sur la côte galloise. Au cours d'une promenade dans les dunes, il découvre un mystérieux cercle d'herbe connu sous le nom de « Cercle vert ». Après y être entré, il est confronté à une série d'événements inhabituels : les autres pensionnaires de son hôtel l'accusent de protéger l'auteur d'un crime, décrit comme une petite créature difforme aperçue en sa compagnie. Hillyer quitte alors le pays de Galles pour regagner Londres, mais les phénomènes se poursuivent sous la forme de destructions inexpliquées et d'apparitions inquiétantes. Cherchant à comprendre ce qui lui arrive, il découvre un ouvrage intitulé Une promenade dans Londres : méditations dans les rues de la métropole, attribué à Thomas Hampole, dont le contenu lui apporte une interprétation des événements auxquels il est confronté.
Le Cercle vert a longtemps porté la réputation d’un livre manqué. Une partie de la critique y voyait un ressassement fatigué des thèmes chers à Machen, affaiblis par une exécution jugée maladroite et usés par la répétition. S. T. Joshi le qualifie ainsi de “reprise interminablement verbeuse et sans direction de thèmes usés”. Machen lui‑même n’en disait guère de bien : il parlait de « mauvais petit livre », avant d’ajouter, qu’« on ne pouvait attendre grand‑chose d’un ouvrage payé trois pence et demi, écrit par un homme de soixante‑neuf ans ». Il affirma d’ailleurs toujours l’avoir rédigé par nécessité, mû non par l’élan créateur, mais par le besoin d’argent. Le roman n’a d’ailleurs guère connu de rééditions — deux seulement en anglais — mais il demeure pourtant le seul livre de Machen publié par la mythique maison Arkham House, ce qui lui confère une place singulière dans son œuvre. Depuis quelques années, cependant, Le Cercle vert connaît un retour en grâce. On redécouvre dans ce texte tardif une sorte de synthèse des obsessions macheniennes : l’interpénétration des mondes, l’existence d’un voile dissimulant une réalité plus vaste, accessible seulement à quelques initiés. Ce qui passait pour une faiblesse apparaît désormais comme une tentative audacieuse de condenser toute une vision du surnaturel. La Société des Amis d’Arthur Machen, sans nier son accueil mitigé ni son statut marginal dans la bibliographie de l’auteur, n’hésite plus à le rapprocher de Kafka, de Camus ou de Sartre, tant il explore l’angoisse métaphysique et la fragilité de la perception humaine. Quant à Alan Moore, il cite Le Cercle vert et N dans son roman Le Grand Quand.
Le roman déploie plusieurs thèmes essentiels de l’univers machenien, qui se répondent et s’entrelacent pour composer une atmosphère de trouble et de révélation. Il explore d’abord les fractures du réel, ces instants où un monde parallèle affleure sous la surface du quotidien. Des forces obscures, occultes, semblent rôder à la lisière de la perception : la petite créature au visage fripé, semblable à un enfant difforme, suit Hillyer comme une ombre depuis qu’il a franchi Le Cercle vert, rappelant les légendes du petit peuple et leurs incursions dans notre monde. Le paysage gallois devient lui-même un seuil, un territoire liminaire où dunes, landes et ruisseaux ouvrent sur un ailleurs invisible. À cette dimension surnaturelle s’ajoute une ambiguïté psychologique constante : Hillyer oscille entre hallucination et révélation, entre dérèglement intérieur et intrusion d’un autre plan de réalité. Car Machen, fidèle à sa vision mystique du monde, suggère que notre réalité coexiste avec un ailleurs sombre, malveillant, dont seuls quelques initiés perçoivent les signes. L’œuvre entretient une grande proximité avec la nouvelle N, qui développe des motifs similaires. Machen souligne lui‑même ce lien à travers un ouvrage énigmatique apparaissant dans les deux récits : Une promenade dans Londres : méditations dans les rues de la métropole, signé Thomas Hampole. Ce livre agit comme un catalyseur de l’étrange, un révélateur, presque un sésame permettant d’écarter le voile qui dissimule les autres plans de réalité. Par son intermédiaire, les deux textes semblent dialoguer, Le cercle vert révélant un ailleurs sombre et malveillant, N un ailleurs lumineux et féérique.