L'effet de levier (financier) est un terme général désignant toute technique visant à multiplier les profits. Les techniques courantes de levier sont l'endettement, l'achat d'actifs à long terme et les produits dérivés, tels que les warrants.
L'effet de levier est une mesure comptable de l'impact de l'utilisation de capitaux de tiers par rapport aux capitaux propres de l'entreprise. Il permet aux actionnaires d'évaluer le niveau d'endettement acceptable, soit la dégradation du ratio de solvabilité.
Si la rentabilité économique est inférieure au taux attendu par les prêteurs, c'est-à-dire si le levier est insuffisant, l'entreprise s'expose à un effet de massue.
Un actionnaire souhaitant acquérir des actifs pour un montant supérieur à son apport peut faire emprunter le complément par l'entreprise plutôt que d'apporter lui-même la totalité des fonds. Par exemple, un actionnaire investissant 10 dans une entreprise qui emprunte 50 permet l'acquisition de 60 d'actifs dont il reste seul propriétaire : l'effet de levier est alors de 6. Ce mécanisme repose sur deux caractéristiques juridiques : la « responsabilité limitée » de l'actionnaire, et le fait que l'entreprise, à la différence d'une association loi de 1901, n'est pas elle-même sujet de droit sur son patrimoine.
Cet effet de levier ne se concrétise que si l'entreprise parvient à rembourser l'emprunt grâce à la valeur ajoutée dégagée. Dans le cas contraire, elle s'expose à un effet de massue, voire à la faillite de l'entreprise,.
Il existe plusieurs définitions du terme, utilisé de deux manières différentes en investissement et en finance.
On appelle « levier comptable » le rapport entre les capitaux et les capitaux moins les dettes. Les exemples suivants, basés sur 100 € de capitaux propres, illustrent les différences entre leviers comptable, théorique et économique :
Formellement, la rentabilité financière est donnée par la formule suivante :
Où est la rentabilité économique, et :
Pour le calcul de la rentabilité économique et de la rentabilité financière, se reporter à l'article rentabilité.
Sur le plan théorique, Franco Modigliani et Merton Miller ont montré en 1958 qu'en l'absence d'impôts et de coûts de faillite, la valeur d'une entreprise est indépendante de sa structure de financement : le levier redistribue le risque entre actionnaires et créanciers sans créer de valeur en soi.
L'accumulation de niveaux de levier élevés dans le secteur financier est considérée par plusieurs économistes comme un facteur amplificateur des crises. Dès 1933, Irving Fisher décrivait comment un endettement excessif suivi d'un désendettement forcé pouvait précipiter une dépression, la vente d'actifs pour rembourser les dettes faisant baisser les prix et aggravant le poids réel de l'endettement restant. John Geanakoplos a montré que les variations du levier disponible sur les marchés du crédit amplifient elles-mêmes les cycles de prix des actifs, tandis que Tobias Adrian et Hyun Song Shin ont établi que le levier des intermédiaires financiers évolue de façon procyclique, ce qui a contribué à la crise financière de 2007-2009. Sur un échantillon de huit siècles de crises financières, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff constatent que les périodes d'endettement excessif précèdent régulièrement les crises bancaires et souveraines.
Ces dernières années, les régulateurs financiers de plusieurs pays développés ont introduit des mesures visant à limiter l'effet de levier que les investisseurs individuels peuvent prendre, en particulier dans le domaine du Forex, afin de restreindre la spéculation et de protéger les investisseurs contre des pertes inattendues.
Aux États-Unis, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) limite l'effet de levier des particuliers à 50:1 pour les principales paires de devises et à 20:1 pour les autres, une règle entrée en vigueur en 2010 après que la proposition initiale de 10:1 a été relevée à la suite des critiques des courtiers Forex. Au-delà du marché des changes, les opérations sur marge portant sur les actions sont encadrées séparément par la règle 4210 de la Financial Industry Regulatory Authority (FINRA).
En 2018, l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a plafonné l'effet de levier sur les contrats sur différence (CFD) proposés aux particuliers, de 30:1 pour les principales paires de devises à 2:1 pour les crypto-actifs selon la volatilité du sous-jacent, avec entrée en vigueur le 1er août 2018. Ces règles sont accompagnées d'une clôture automatique des positions et d'une protection contre le solde négatif.
Avant la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, la Financial Conduct Authority (FCA) britannique avait adopté des restrictions permanentes équivalentes, publiées le 1er juillet 2019 et entrées en vigueur le 1er août 2019.