Li Mu (chinois : 李牧 ; pinyin : ), né au IIIe siècle av. J.-C. et mort en 229 av. J.-C., de son nom personnel Zuo (繓) et de son nom de courtoisie Mu (牧), est un général chinois de l'État de Zhao durant la période des Royaumes combattants. La tradition populaire chinoise le considère comme l'un des quatre plus grands généraux de la fin de cette période, aux côtés de Bai Qi, Wang Jian et Lian Po puisque glorifiés dans le Classique des mille caractères, poème très influent en Chine,.
En 265 av. J.-C., Li Mu est en poste dans la commanderie de Yanmen (en) et est chargé de défendre les commanderies du nord-ouest de Yanshan et de Daijun contre les raids des Xiongnu et d'autres tribus. Il adopte d'abord une stratégie extrêmement défensive, ce qui lui vaut d'être accusé de lâcheté par ses hommes mais aussi par le roi de Zhao et conduit à son remplacement par un général plus offensif.
Une année après son remplacement, les pertes et les revers dues à la stratégie offensive du nouveau général mettent en péril l'agriculture et l'élevage près de la frontière avec les Xiongnu, ce qui convainc le roi de Zhao de revenir sur sa décision et ordonne à Li Mu de retourner diriger son armée à la frontière. Cependant Li Mu refuse, argumentant qu'il est trop malade, mais, voyant le roi le forcer à revenir, il déclara « Si le grand roi tient réellement à me nommer, qu'il me laisse utiliser mon ancienne méthode ; alors j'oserai accepter cet ordre ». Le roi accepta et Li Mu reprit sa stratégie défensive.
Après des années de défense, l'État de Zhao prépare une armée composée de 1 300 chars de guerre, 13 000 cavaliers, 50 000 fantassins et 100 000 archers pour combattre frontalement les Xiongnu, Li Mu ayant toujours une réputation de lâche. Cette armée est dispersée dans la campagne. Les Xiongnu envoyent un petit contingent piller la frontière, et Li Mu, feignant la défaite, abandonne quelques milliers d'hommes aux Xiongnu. Le chanyu (ou shan-yü, titre désignant le chef des Xiongnu) en apprenant la nouvelle dépêche une importante armée pour envahir Zhao, convaincu d'une victoire imminente. Mais, Zhao divise ses forces en deux, encercle et vainc les Xiongnu, massacrant des centaines de milliers d'hommes et de chevaux. Ils exterminent ensuite le Dan Lan, vainquent le Dong Hu, forcent le Lin Hu à se rendre et mettent le shan-yü en fuite.
En 243 av. J.-C., après la fuite de Lian Po à Wei, Li Mu prend le commandement de la guerre contre Yan et réussit à conquérir Wusui et Fangcheng.
Plus tard, face à la menace croissante de Qin suite à l'accession au trône du roi Zheng, Li Mu concentre ses efforts sur l'ouest de Zhao. Cependant, l'État de Zhao est considérablement affaibli : la défaite cuisante face aux forces de Qin menées par Bai Qi lors de la bataille de Changping en 260 av. J.-C., a anéanti la quasi-totalité de son armée et a isolé Zhao après que la plupart de ses territoires centraux ont été conquis par Qin. De plus, Zhao est diplomatiquement isolé, car les royaumes de Wei, Yan et Han sont trop faibles pour lui apporter le moindre soutien, tandis que Qi et Chu préfèrent voir le royaume disparaître plutôt que d'affronter la puissante dynastie Qin.
Néanmoins, Li Mu peut encore tenir tête aux forces les plus puissantes de Qin et rivaliser avec elles. Ainsi, si Qin peut piller Wei et Han à sa guise, piller Zhao est beaucoup plus compliqué.
En 233 av. J.-C., lorsque les forces Qin, sous le commandement du général Huan Yi, attaquent les villes de Chili et Yi'an, Li Mu est nommé commandant en chef de l'armée de Zhao. Il engage le combat et écrase l'armée de Qin à Yi'an (aux alentours de l'actuelle Shijiazhuang, dans le Hebei) ou à Feixia (à l'ouest de l'actuelle Jinzhou, dans la province du Hebei), selon les sources. Pour cet exploit, il est récompensé par le titre de marquis de Wu'an.
En 232 av. J.-C., une armée de Qin envahit Zhao et s'empare de la ville de Langmeng, mais est de nouveau vaincue par Li Mu lors de la bataille de Fanwu (dans l'actuelle Pingshan, Hebei ). Selon certaines interprétations, Li Mu repousse également une incursion Han-Wei dans le sud de Zhao. Après cette bataille, les forces de Zhao se replient sur leur capitale.
En 229 av. J.-C., Wang Jian envahit Zhao, mais lui (ainsi que ses généraux Yang Duan He, Qiang Lei et Li Xin) ne parvint à aucune avancée face à Li Mu, ce qui entraîne une impasse. L'élimination de Li Mu devint une nécessité pour Qin afin de conquérir Zhao et, à terme, d'unifier la Chine. Qin décide d'envoyer des espions à la cour de Zhao, corrompant des courtisans clés tels que Guo Kai et Han Cang pour persuader le roi de Zhao de remplacer Li Mu et Sima Shang par Zhao Cong et Yan Ju comme généraux, en prétendant que les premiers préparaient une rébellion. Le plan réussit. Li Mu est destitué et, peu après, exécuté ou contraint au suicide sur ordre du roi.
Après la mort de Li Mu, Qin réenvoya ses troupes sur Zhao. Cette fois le nouveau général était incompétent et les soldats sous-nourris, habillés et armés avaient perdu leur moral. L'État fut rapidement anéanti par les forces de Qin. En 222 av. J.-C., l'État de Dai s'effondre à son tour, signant ainsi la fin des derniers vestiges de Zhao.
Au VIe siècle, Zhou Xingsi rédigea le Classique des mille caractères où il y mentionne Li Mu, Bai Qi, Wang Jian et Lian Po comme quatres généraux d'exceptions en leur temps :
«
起翦頗牧
用軍最精
宣威沙漠
馳譽丹青
»
« Qi, Jian, Po et Mu,
ont su mener leurs troupes avec une grande habileté.
Leur démonstration de puissance redoutable s’étendait jusqu’au désert de sable ;
des cavaliers rapides ont répandu leurs louanges, qui ont également été immortalisées dans des peintures. »
Au fil des années, ce texte est devenu un incontournable de la culture chinois par son utilisation fréquente dans l'éducation des caractères chinois aux enfants. Ce passage encra Li Mu dans l'imaginaire chinois, au côtés des trois autres, comme des généraux redoutables, et même comme les quatre plus grands généraux de la période des Royaumes combattants (战国四名将 (zh)), bien que le poème ne les présente jamais comme tels.
Li Mu apparaît parfois comme menshen dans les temples chinois (en) et taoïstes, généralement associé à Bai Qi. Il est également commémoré au temple Zhenbian, situé près de la porte Tianxian au col de Yanmen, dans le Shanxi. Il est l'ancêtre fondateur du clan Li de la commanderie de Zhao (en).
Il est aussi un personnage central, sous le nom de Ri Boku, du manga Kingdom et de son adaptation animée.