Loi portant sur l'adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité

Loi Perben II
Présentation
Titre Loi du 9 mars 2004 portant sur l'adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité
Abréviation NOR: JUSX0300028L
Référence Loi n°2004-204
Pays Drapeau de la France France
Type Loi ordinaire
Branche Droit pénal
Adoption et entrée en vigueur
Législature XIIe législature
Adoption
Version en vigueur Version consolidée au 12 mars 2010

Lire en ligne

La loi Perben II sur le site de légifrance

La loi du portant sur l'adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité, dite loi Perben II, est une loi française essentiellement destinée à lutter contre la délinquance et la criminalité organisée. Elle a été publiée le dans le Journal officiel et tire son nom du garde des Sceaux du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, Dominique Perben (UMP).

Cette loi a introduit diverses notions inédites, telles que le « plaider coupable », le « stage de citoyenneté » ou la création d'un mandat de recherche d'une part, et d'autre part d'un fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes, tandis qu'elle a modifié diverses dispositions du Code de procédure pénale (régime de la garde à vue, prolongation possible de l'enquête de flagrance, etc.).

Elle a introduit dans le Code de procédure pénale un livre cinquième, intitulé « des procédures d'exécution », et relatif au droit de l'exécution des peines.

Saisine du Conseil constitutionnel

Controversé, le projet de loi a fait l'objet d'une saisine du Conseil constitutionnel par l'opposition.

L'opposition contestait bien des mesures créées par la loi, notamment la prolongation de la garde à vue à 96 heures, dont la durée leur paraissait « manifestement excessive et disproportionnée au sens de l'article 8 de la Déclaration de 1789, violant ainsi la liberté individuelle telle que garantie par l'article 2 de la Déclaration de 1789 ». Cet argument a été rejeté par le Conseil constitutionnel, au motif que l'encadrement de la prolongation de la garde à vue par le juge des libertés et de la détention (JLD) ou le juge d'instruction était suffisante à préserver les libertés publiques (considérant 26).

Périmètre d'application en matière de criminalité organisée

L'article 706-73 du Code de procédure pénale précise les domaines restrictifs auxquels s'applique la loi Perben II en matière de criminalité organisée : meurtre, torture et actes de barbarie, trafic de stupéfiants, enlèvement et séquestration, traite des êtres humains, proxénétisme, vol, extorsion, destruction ou dégradation ou détérioration d'un bien, fausse monnaie, actes de terrorisme, armes, aide à l'entrée et à la circulation et aux séjours irréguliers d'un étranger en France, blanchiment et recel, association de malfaiteurs se rapportant aux domaines sus-cités.

Cette loi crée au sein de huit tribunaux de grande instance (Paris, Lyon, Marseille, Lille, Nancy, Bordeaux, Rennes et Fort de France) les juridictions inter-régionales spécialisées qui ont pour vocation de traiter des phénomènes de criminalité de grande complexité visés à l'article 706-73 du code de procédure pénale, à dimension trans-régionale ou internationale.

Sont exclus de la loi la criminalité financière et la corruption financière, le législateur ayant considéré que « par nature, la corruption est rarement le fait de bandes organisées » (déclaration du sénateur François Zocchetto rapporteur du projet de loi[réf. nécessaire]).

Diverses mesures et innovations

« Stage de citoyenneté »

La loi a créé l'article 131-5-1 du Code Pénal, qui introduit la notion d'un « stage de citoyenneté » comme peine alternative à la prison :

« Lorsqu'un délit est puni d'une peine d'emprisonnement, la juridiction peut, à la place de l'emprisonnement, prescrire que le condamné devra accomplir un stage de citoyenneté, dont les modalités, la durée et le contenu sont fixés par décret en Conseil d'État, et qui a pour objet de lui rappeler les valeurs républicaines de tolérance et de respect de la dignité humaine sur lesquelles est fondée la société. La juridiction précise si ce stage, dont le coût ne peut excéder celui des amendes contraventionnelles de la troisième classe, doit être effectué aux frais du condamné. »

Prises de position

Cette loi et ces instigateurs ont reçu le prix Orwell 2003 du Big Brother Awards France :

« Explications : Dominique Perben, garde des Sceaux, et Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, sont nommés pour le projet de loi sur la "criminalité organisée", dit Perben II, qui porte gravement atteinte à l’indépendance de la justice et introduit de nombreuses mesures remettant en cause les libertés et les droits fondamentaux. »

Selon Françoise Martres, vice-présidente du Tribunal de grande instance de Bordeaux et membre du Syndicat de la magistrature,

« Sous couvert d’adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité, il s’agit en fait d’une loi fourre-tout dont les pans essentiels sont : l’affirmation des pouvoirs du ministre de la Justice dans le cours des affaires pénales même individuelles ; la création d’une procédure d’exception pour la grande criminalité ; le plaider coupable. On y trouve aussi le fichier des délinquants sexuels, des réformes de procédure pénale, le mandat d’arrêt européen, la création de nouveaux délits, une nouvelle réforme de l’application des peines, etc. »

Mme Martres souligne que la procédure d'exception pour la grande criminalité « s’applique également à la petite et moyenne délinquance (vols, extorsions, destructions et dégradations de biens) dès lors qu’elle est commise en bande organisée », notion « sujette à interprétation » Enfin, Martres insiste sur la divergence de traitement entre la petite et moyenne délinquance et la délinquance en col blanc, qui n'est pas ciblée par cette loi : « La grande criminalité n’est pas celle des cols blancs. »

Enfin, selon Christophe Regnard, président de l'Union Syndicale des Magistrats : « On voit bien la logique qui est celle du gagnant-gagnant : pour le délinquant qui finalement se repent ou empêche une infraction et qui va y gagner soit une peine inférieure, soit un changement d'identité et une réinsertion ; et pour la justice et la société, [cela] évite des infractions et (...) permet d'interpeller des auteurs d'infractions potentiellement graves. »

Références

  1. ↑ Conseil constitutionnel, décision no 2004-492 DC, 2 mars 2004, Loi portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité Journal officiel du 10 mars 2004, p. 4637, NOR : CSCL0407180S
  2. ↑ Article 706-73 du Code de procédure pénale sur Légifrance
  3. ↑ Écoute Canard enchaines
  4. ↑ Art. 3, qui modifie la loi du 21 janvier 1995 en créant l'art. 15-1 sur les indics
  5. ↑ Charles Sapin, « Michel Neyret ou le procès de la rémunération des « indics » », sur lopinion.fr, .
  6. 1 2 3 4 5 Entretien avec Françoise Martres (alors vice-présidente du Tribunal de Grande Instance de Bordeaux) par Jean-François Meekel, Loi Perben II, Le Passant Ordinaire, n°49 (juin 2004 - septembre 2004).
  7. ↑ "Le statut de repenti sera bientôt effectif", par Franck Johannès, Le Monde, publié 13/9/13 - consulté 11/11/13.
  8. ↑ Gagnant Orwell 2003
  9. ↑ "Bientôt un statut du repenti", reportage Itélé diffusé le 12/9/13 - consulté le 11/11/13 - http://www.itele.fr/france/video/bientot-un-statut-du-repenti-55105

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes