Loutre à longue queue, Loutre d’Amérique du Sud
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NT : Quasi menacé
Statut CITES
Répartition géographique
La Loutre à longue queue (Lontra longicaudis) également connue sous le nom de Loutre d’Amérique du Sud, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Mustélidés. Cette loutre (sous-famille des Lutrinés) du genre Lontra, bien que largement répandue sur une grande partie de l'Amérique du Sud, reste considérée comme quasi menacée .
On la trouve dans les réseaux d'eau douce depuis le Mexique et l'Amérique centrale jusqu'au continent sud-américain, ainsi que sur l'île de Trinité. Physiquement, elle ressemble à la Loutre du Canada (L. canadensis) et à la Loutre du Chili (L. provocax), qui occupent respectivement les zones situées directement au nord et au sud de son aire de répartition. La longueur de son corps (tête comprise) varie de 36 à 66 cm, auxquels s'ajoute une queue de 37 à 84 cm. Son poids oscille entre 5 et 15 kg. Elle fréquente de nombreux habitats fluviaux et zones riveraines, notamment dans les forêts tropicales et tempérées, qu'elles soient caduques ou persistantes, les savanes, les Llanos (en Colombie et au Venezuela) ainsi que le Pantanal (en Bolivie, au Brésil et au Paraguay). Elle préfère les rivières et les ruisseaux clairs au débit rapide, de préférence à l'écart de la concurrence de la Loutre géante (Pteronura brasiliensis), plus imposante. Contrairement à d'autres loutres qui vivent en groupes sociaux-familiaux soudés, la Loutre à longue queue est un animal relativement solitaire qui se nourrit principalement de poissons et de crustacés.

L'espèce a été décrite pour la première fois en 1818 par le naturaliste allemand Ignaz von Olfers. Cette description, très succincte, a été titrée sous le nom scientifique de Lutra longicaudis dans un ouvrage intitulé Journal von Brasilien (plus précisément dans le mémoire « Bemerkungen zu Illiger’s Ueberblick der Säugthiere... »), au sein de la collection Neue Bibliothek der wichtigsten Reisebeschreibungen dirigée par Friedrich Justin Bertuch.
Longtemps classée dans le genre Lutra, la loutre à longue queue est formellement transférée vers le genre Lontra suite aux travaux de Cornelis G. van Zyll de Jong en 1972. Cette reclassification, fondée sur des critères morphologiques comme la structure du crâne et du baculum, a été confirmée en 1987 par une analyse phylogénétique démontrant que les loutres américaines forment un groupe monophylétique distinct des lignées eurasiennes.
Les relations de parenté au sein du genre sont illustrées par le cladogramme suivant, fondé sur les données génomiques de 2024 :
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Dans une étude portant sur une zone de 4 140 km2 dans le sud du Brésil, les loutres ont montré une faible variation nucléotidique, mais une diversité haplotypique élevée par rapport aux autres espèces de loutres et d'autres carnivores. L'étude a conclu que les loutres pourraient connaître une augmentation récente de leur diversité. Les résultats montrent également une parenté entre les loutres de proximité et justifient la séparation de l'espèce en sous-espèces.
Une étude de 2024 a révélé que la sous-espèce septentrionale, L. l. annectens, possédait un génome très différent des autres sous-espèces et a proposé de la reconnaître comme une espèce distincte (Lontra annectens). Trois sous-espèces sont reconnues par l'UICN et L. l. annectens soustraite par l’étude de 2024:
La Loutre à longue queue est couverte d'un pelage court, de couleur brun grisâtre foncé. La couleur de la fourrure est plus claire autour du museau et de la gorge. Elle possède une longue et large queue, ainsi que des pattes courtes et robustes avec des doigts entièrement palmés. L'espèce présente un dimorphisme sexuel, les mâles étant environ 25 % plus grands que les femelles. La longueur tête-corps peut varier de 36 à 66 cm, auxquels s'ajoute une queue de 37 à 84 cm. La masse corporelle de cette loutre varie généralement de 5 à 15 cm. Les loutres à longue queue communiquent avec leurs congénères par marquage odorant ; la communication peut également passer par des sifflements, des bourdonnements et des cris.
La formule dentaire varie rarement de celle de la Loutre d'Europe (Lutra lutra), sauf dans les rares cas d'individus présentant des anomalies dentaires. Les femelles et les mâles possèdent la même formule. La formule dentaire (pour une demi-mâchoire) est la suivante :
La Loutre à longue queue possède la distribution la plus vaste de toutes les espèces du genre Lontra. Son habitat s'étend du Nord-Ouest du Mexique jusqu'au centre de l'Argentine. Elle préfère les rivières limpides au débit rapide et s'établit rarement dans les eaux stagnantes et chargées de sédiments des plaines ou dans les zones marécageuses. Bien qu'elle soit principalement présente entre 300 et 1 500 m d'altitude, on a trouvé des populations établies jusqu'à 3 000 m. Elle nécessite une végétation riveraine dense et de nombreux sites de terrier mais, au-delà de ces besoins, la Loutre à longue queue est très polyvalente et tolérante aux changements environnementaux. Ces loutres préfèrent les terriers solides, hauts, secs et à proximité d'eaux profondes.
La Loutre à longue queue est la plus généraliste de toutes les espèces de loutres. En plus des rivières et des ruisseaux, elle peut s'installer et exploiter des habitats assez atypiques, tels que des stations d'épuration, des rizières, des plantations de canne à sucre, des estuaires, des deltas, des fossés de drainage et parfois des marécages. Elle peut habiter les lacs et les ruisseaux glaciaires froids des Andes de l'Équateur et de la Colombie. Les loutres à longue queue s'aventurent également sur le littoral et les plages (maintenant un mode de vie presque « saumâtre »), chassant des créatures marines et jouant dans l'eau très salée.
Le régime alimentaire de la Loutre à longue queue se compose principalement de poissons et de crustacés, qui représentent respectivement 67 % et 28 % de son alimentation totale. Elle se nourrit occasionnellement de mollusques et de petits mammifères, ainsi que d'oiseaux, de gros insectes et de fruits,. Dans les zones où les poissons et les crustacés sont rares, les insectes aquatiques, tels que les larves de corydales, peuvent devenir sa proie principale. Cette loutre est connue pour attaquer occasionnellement les filets de pêche, ce qui nuit à la productivité des pêcheurs. Les individus vivant près de la mer peuvent présenter une proportion de crustacés beaucoup plus élevée dans leur régime.
La saisonnalité affecte également considérablement le choix de la nourriture. Durant la saison sèche, lorsque les poissons et les crustacés sont moins disponibles, une étude a révélé une proportion plus élevée de grenouilles. Cependant, durant cette période, les anoures et les reptiles ne représentent toujours qu'un très faible pourcentage du régime total. Globalement, la répartition des espèces de proies disponibles dans une zone donnée est corrélée au pourcentage de chaque espèce trouvé dans le régime alimentaire de la loutre.
La reproduction a lieu principalement au printemps. La gestation dure 56 jours et donne naissance à une portée de 1 à 5 loutrons. Les petits naissent aveugles mais déjà couverts de fourrure. Ils sortent du nid maternel vers l'âge de 52 jours et commencent à nager à 74 jours. Ils sont élevés exclusivement par leur mère, car les mâles n'apportent aucun soin parental. Le mâle ne passe qu'une seule journée avec la femelle pendant la saison des amours. La femelle doit protéger ses petits de la prédation par d'autres loutres de la même espèce. Dans un cas de reproduction en captivité, un possible acte de cannibalisme par la mère a été suspecté.
Dans un écosystème sain, les abris potentiels sont nombreux. Cependant, des études montrent que tous les abris possibles ne sont pas occupés et qu'ils ne sont pas tous utilisés de la même manière. Un facteur d'influence majeur est le niveau de l'eau, surtout pendant la saison des crues ; un terrier peut être situé au niveau de l'eau, près de la rive, ou à plus de 1,5 m au-dessus du niveau de l'eau.
D'autres facteurs influencent le choix de l'abri : les loutres préfèrent les gîtes à proximité d'eau douce, de nourriture abondante et dans des zones où l'eau est relativement profonde et large. Certaines études montrent que les loutres délaisseront un abri disponible mais moins favorable, comme une rive boueuse, pour passer plus de temps dans un meilleur gîte, comme une rive rocheuse.
Les femelles élèvent leurs petits seules. Un mâle suivi par télémétrie pendant 35 jours a utilisé trois abris différents sans communication entre eux, se déplaçant même entre deux îles séparées par un estuaire d'un kilomètre de large.
Les terriers peuvent avoir plusieurs entrées. Les cavités entre les rochers ou sous les racines des arbres sont privilégiées. Le couvert végétal est crucial : contrairement à d'autres espèces de loutres, les gîtes de la Loutre à longue queue n'ont pas d'entrée directe dans l'eau et n'utilisent pas de végétaux comme litière. La déforestation pour l'agriculture réduit drastiquement les habitats disponibles.
Comme les autres loutres, elles marquent leur territoire par des griffures ou des épreintes (excréments) sur des endroits bien visibles comme des rochers ou sous des ponts. Le marquage est souvent concentré autour des gîtes. Dans les grottes où l'eau ruisselle sur les parois et risque d'effacer les odeurs, les loutres peuvent marquer l'intérieur même de l'abri.
Les niches écologiques et les aires de répartition de la Loutre géante et de la Loutre à longue queue se chevauchent largement. La loutre géante étant beaucoup plus grande et chassant en groupe, elle peut capturer des proies plus imposantes. Dans certaines régions comme le Pantanal, la productivité est suffisante pour que les deux espèces coexistent grâce au partage des niches. De plus, les loutres à longue queue préfèrent des cours d'eau plus profonds et plus larges que les loutres géantes.

La Loutre à longue queue est classée comme quasi menacée par l'UICN . L'espèce est actuellement protégée en Argentine et dans de nombreux autres pays d'Amérique du Sud. Une chasse intensive pour sa fourrure entre les années 1950 et 1970 a entraîné de nombreuses extinctions locales sur l'ensemble de son aire de répartition. La chasse illégale, la destruction de l'habitat par l'exploitation minière et l'élevage, ainsi que la pollution de l'eau affectent encore aujourd'hui les populations de cette espèces. Bien que des tentatives de reproduction en captivité aient eu lieu, elles se sont largement soldées par des échecs.
La plupart des sentiments négatifs à l'égard de ces loutres proviennent des pêcheurs qui entrent en compétition avec elles pour le poisson. La concurrence la plus forte entre les loutres et les pêcheurs survient lors des périodes de sécheresse, lorsque les pêcheurs se déplacent hors de leurs zones habituelles vers des bassins plus profonds où la loutre chasse normalement. Une étude sur l'attitude des pêcheurs locaux a révélé que leurs connaissances concordaient avec les données scientifiques concernant le comportement et la morphologie de l'animal. Les pêcheurs ont rapporté que les loutres endommagent leurs filets de pêche, mais n'attaquent pas les filets à crabes et à crevettes. Des propositions visant à subventionner les pertes de profits dues aux loutres ont été avancées, mais il pourrait être plus bénéfique de rémunérer les pêcheurs pour collecter des données sur l'espèce afin d'améliorer à la fois leur situation économique et les connaissances scientifiques actuelles. Les loutres sont rarement prises dans les filets maillants et, lorsqu'elles le sont, elles meurent très rarement.
L'espèce est menacée par la dégradation de l'habitat liée à l'agriculture, au tassement des sols, à la pollution et au développement routier. Lorsque les forêts sont défrichées pour le pâturage du bétail, la végétation dense près des cours d'eau est souvent piétinée ou supprimée. Cette espèce constitue un indicateur écologique très important car elle privilégie les habitats aquatiques riches et possède un faible potentiel reproducteur.
Un mâle et une femelle ont été capturés près de Caucasia, en Colombie, et transférés au zoo de Santa Fe respectivement en 1994 et 1996 . Le personnel du zoo a observé l'accouplement dans l'eau avant de séparer les animaux. La femelle a eu trois portées, dont une seule a survécu. La mort des petits pourrait avoir été causée involontairement par la mère, peut-être en raison d'un enclos trop étroit et d'un manque d'accès à l'eau par rapport à l'état sauvage. La période de gestation enregistrée dans ce zoo a été de 86 jours pour deux événements distincts, ce qui est bien plus long que l'estimation généralement acceptée d'environ 60 jours. Plusieurs explications sont possibles : des différences entre les sous-espèces, une copulation tardive non observée, ou encore une variation naturelle de la durée de gestation chez cette espèce.