En France, la première démonstration de l'avortement par la méthode de Karman a lieu dans l'appartement de Delphine Seyrig en en présence de militantes du MLF, de Pierre Jouannet, et du médecin à qui elle doit son nom, Harvey Karman, psychologue et militant pour la liberté de l'avortement en Californie depuis les années 1950. Les médecins du Groupe information santé vont ensuite permettre à d'autres femmes de l'utiliser illégalement. La lutte pour l'avortement a été facilitée avec l'apparition de cette méthode de Karman, dite aussi d'avortement par aspiration.
Le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) est créé le après le manifeste des 331 médecins. C'est un mouvement mixte rassemblant médecins et non-médecins, voulant que l'avortement soit exercé à la simple demande de la femme et remboursé par la sécurité sociale, en tant qu'acte médical. Ces deux objectifs seront les piliers de la loi Veil de 1975.
En , la Charte du MLAC est signée. Les objectifs cités sont: la diffusion d'une information sexuelle, la liberté de la contraception et la liberté de l'avortement. Le mouvement veut créer des centres mettant à disposition des informations sur la contraception, la sexualité et l'avortement. Ces centres seront gérés par les usagers.
Organisation
L'association s'organise autour d'un comité central et de comités locaux implantés dans toute la France. Des groupes sont formés dans les hôpitaux, les universités ou encore dans les entreprises. Ils pratiquent des permanences et des avortements. Le mouvement est présent dans les moyennes et grandes villes. L'ouest et le massif central (de forte tradition catholique) contiennent très peu de comités. À l'inverse, Paris et ses banlieues sont très couverts. Le bureau de l'association, à sa création, est composé de cinq membres:
Trésorier: Robert Szpirglas (dentiste et militant au GIS),
Secrétaire générale: Claudine Baschet (médecin et psychothérapeute, signataire du manifeste des 331).
Actes
Le MLAC pratique:
L'interruption volontaire de grossesse;
L'apprentissage de la méthode de Karman. Le mouvement donne une visibilité à ces actions et une couverture juridique aux pratiquants ;
L'organisation de voyages collectifs vers Londres ou Amsterdam pour les femmes enceintes de plus de 12 semaines. 248 femmes sur 338, regroupées au centre d’orthogénie de Bayeux, auront recours à cette pratique entre 1973 et 1974. Les voyages s'arrêtent le lors de la discussion au parlement de la loi Veil.
Pour plus de visibilité, un «Tour de France du MLAC» a été organisé lors de l'été 1974. Ce tour s'est fait dans un car avec des banderoles et des haut-parleurs. Le départ est organisé le au camp de Canjuers. Le , le car s'arrête à Romans et soutient une grève de femmes dans un atelier de chaussures. Le a lieu un arrêt à Besançon et un soutien est organisé autour des ouvrières de LIP. Ce tour de France s’achève le sur le plateau du Larzac.
Le MLAC dans les films et la littérature
Documentaires
Le film Histoires d'A, de Marielle Issartel et Charles Belmont, sort en 1973 durant la période d'activité de l'association. Initialement interdit à la diffusion, il contribue à faire connaître l'action du MLAC . Les cinéastes qui ont réalisé le film à la demande du Groupe information santé ont donné leur recette au MLAC.
Regarde... elle a les yeux grand ouverts, réalisé par Yann Le Masson, est sorti en 1980.
Le jour où j'ai découvert que Jane Fonda était brune est un documentaire réalisé par Anna Salzberg en 2022. Elle interroge un groupe de femmes qui étaient militantes au MLAC, dans les années 1970.
Fiction
Le film Annie colère, sorti en 2022, met en scène une cellule du MLAC en 1974-1975. Il présente les actions du MLAC à travers le parcours du personnage fictif d'Annie, une ouvrière et mère qui va progressivement s'impliquer dans le combat pour le droit à l'avortement.
Livre
En paraît le témoignage d'Annie ChemlaNous l'avons fait. Récit d'une libération féministe. Dans cet ouvrage, préfacé par la sociologue Lucile Ruault, Annie Chemla, la militante des droits des femmes, raconte son engagement au sein du MLAC dans les années 1970-1980.
Notes et références
Notes
↑Une partie du mouvement a cependant continué son activité pendant plusieurs années, notamment en faisant pression pour l’application de la loi dans les hôpitaux publics.
↑Vincent Porhel et Michelle Zancarini-Fournel, 68’, révolutions dans le genre?, Toulouse, Presses Univ. du Mirail, coll.«Clio», , 288p. (ISBN978-2-8107-0043-1, lire en ligne), p.80.
↑Pauline Rameau, «Pratiques illégales de l'avortement dans les années 68 à Dijon et à Saint-Étienne», Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol.111, no3, , p.133–146 (ISSN0294-1759, DOI10.3917/vin.111.0133, lire en ligne, consulté le )
12MONTREYNAUD, Florence, Le XXesiècle des femmes, Paris, Nathan, 1989
↑Bibia Pavard, Si je veux, quand je veux: contraception et avortement dans la société française (1956-1979), Rennes, PUR, 2012, p.172.
1234Bibia Pavard «Genre et militantisme dans le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception. Pratique des avortements (1973-1979)», Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 29|2009, mis en ligne le 11 juin 2009. URL: http://clio.revues.org/9217; DOI: 10.4000/clio.9217
↑GAUTHIER Xavière, Naissance d'une liberté: avortement, contraception: le grand combat des femmes au XXesiècle,Paris, R.Laffont, 2002
Monique Antoine, Une histoire du M.L.A.C. - Le féminisme et ses enjeux, 27 femmes parlent, Paris: Edilig, 1988. - P. 243-249.
Naghette Arghnia, Le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception [mémoire de maîtrise]. - Paris: s.n., 1999.
Bibia Pavard, Si je veux, quand je veux : contraception et avortement dans la société française, 1956-1979, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll.«Archives du féminisme», (ISBN9782753520264).
Bibia Pavard, «Genre et militantisme dans le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception. Pratique des avortements (1973-1979)», Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 29|2009, mis en ligne le . URL: http://clio.revues.org/9217; DOI: 10.4000/clio.9217 .
Anne-Marie Devreux et Ferrand-Picard Michèle, 1982, «La libération de l’avortement. Chronologie des événements et des prises de position», Revue française de sociologie, XXIII, juillet-septembre.
Xavière Gauthier, Naissance d'une liberté: avortement, contraception: le grand combat des femmes au XXesiècle, Paris, R.Laffont, 2002.
Éliane Gubin (dir.), Le Siècle des féminismes, Paris, les éditions de l'atelier, 2004.
Le Naour et Valenti, 2003, Histoire de l’avortement, Paris, Le Seuil.
Lucile Ruault, «Apprendre à (s’)avorter. À propos des modes d’élaboration et de validation des savoirs dans des groupes profanes de pratique abortive militante», Zilsel, vol. 9, no. 2, 2021, pp. 257-270.
Lucile Ruault, Le spéculum, la canule et le miroir. Avorter au MLAC, une histoire entre féminisme et médecine, Lyon, ENS Éditions, 2023.