Michel Zévaco

Page d’aide sur l’homonymie

Pour les articles homonymes, voir Zévaco (homonymie).

Michel Zévaco
Michel Zévaco vers 1890.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 58 ans)
EaubonneVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nationalité
Formation
Activités
Période d'activité
À partir de Voir et modifier les données sur Wikidata
Rédacteur à
Parentèle
Xavier Zevaco (neveu)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Arme
Grade militaire
Sous-lieutenant (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Genres artistiques
Roman populaire, littérature historique (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Œuvres principales
Tombe du dessinateur et décorateur Michel André Zévaco (1893-1979), fils de Michel Zévaco, de son épouse Madeleine (1898-1983) et du petit-fils de l'écrivain, Jean-Philippe (1932-1956) dans le cimetière de Saint-Jean-aux-Bois (Oise).

Michel Zévaco, né le 1er février 1860 à Ajaccio et mort le 8 août 1918 à Eaubonne, est un journaliste et écrivain français, auteur de romans populaires, notamment de la série de cape et d'épée Les Pardaillan.

Les personnages de ses romans-feuilletons se veulent indépendants dans leurs actes et leurs pensées et rappellent ainsi les convictions de l’auteur.

Biographie

1860-1886 : jeunesse et formation

Né en Corse, Michel Zévaco passe son adolescence en internat au lycée Saint-Louis et obtient son baccalauréat en 1878. Après une courte expérience de professeur à 20 ans, il entre dans l'armée où il reste quatre ans comme sous-lieutenant de dragons. Libéré de toute obligation militaire en , il s’installe à Paris.

1886-1900 : le journaliste engagé

Attiré par les lettres et la politique, Zévaco devient journaliste, puis secrétaire de rédaction à L'Égalité que dirige alors le socialiste révolutionnaire Jules Roques, suspecté alors par certains anarchistes d'être un mouchard de police, avec qui il fonde une Ligue socialiste-révolutionnaire.

Zévaco se présente aux élections législatives de 1889 et mène une campagne « anti-cadettiste, anti-possibiliste et anti-boulangiste », c'est-à-dire opposée à la fois à la franc-maçonnerie (le siège du Grand Orient de France est rue Cadet, à Paris 9e), au parti socialiste dit « possibiliste » dirigé par Paul Brousse, et aux partisans du général Boulanger. À cette époque, il rencontre Louise Michel, Aristide Bruant, Séverine, Sébastien Faure, Émile Pouget, Charles Malato, Emmanuel Chauvière.

En mars 1890, selon plusieurs rapports de police, il participe avec son ami le marquis de Morès à la fondation du groupe antisémite « Morès et ses amis », au 65 rue Sainte-Anne, au sein duquel se rassemblent « une poignée d'anarchistes et d'individus douteux, dont Jules Guérin, Gaston Vallée et Michel Zevaco »,.

Michel Zévaco tâtera à plusieurs reprises de la prison politique à Sainte-Pélagie. Par exemple, il est condamné à quatre mois de détention en pour « provocation au meurtre » en raison d'un éditorial visant le ministre de l'Intérieur Ernest Constans. Libéré fin août, il est à nouveau arrêté, toujours pour « provocation au meurtre », à la suite d'un éditorial de L’Égalité où il incitait les soldats à faire justice eux-mêmes auprès de leurs officiers.

Le , il participe au meeting antisémite de Morès (auquel assistent Zéphirin Camélinat et Auguste Chirac) durant lequel il « demande qu'on extermine tous les juifs »,. Durant l'un de ses séjours en prison, en 1891 où il retrouve Morès, celui-ci nourrit alors l'idée de cofonder un journal associant anarchistes et antisémites. Zévaco en serait une des plumes, avec les anarchistes Constant Martin, Émile Pouget et Charles Malato. Cette offre est repoussée par les intéressés. Une fois sorti, Zévaco garde contact avec Morès avec qui il entretient des relations amicales. Après qu'un journal l'ait présenté comme le « principal lieutenant de Morès », il répondit à un journaliste lors d'une interview :

« Ces insinuations ne me surprennent pas. On trouve moyen de compromettre à la fois l’anarchie et l'antisémitisme ; l’anarchie en l’affiliant à un mouvement blâmable, en ce qu’il soulève les vieilles questions de race et de religion, tandis que l’anarchie n’admet aucune distinction de ce genre (…) Quant à moi, personnellement, et sans que cela puisse engager en rien aucun de mes camarades, j’ai la plus sincère affection pour Morès, que j’ai connu à Sainte-Pélagie, qui est venu me voir souvent à L'Égalité, et que, de mon côté, je vais voir le plus souvent possible chez lui. C’est le meilleur des hommes — toujours prêt à rendre service à tout le monde, loyal, incapable d’une mauvaise action ou d’une méchante pensée (…) Mais, je vous prie, en quoi cela peut-il mêler le mouvement antisémite au mouvement anarchiste ? L’anarchie ne reconnaît aucune distinction de races et d'admet aucune religion. L’anarchie brise les barrières sanglantes que les gouvernements ont élevées entre les peuples sous le nom de frontières. Et puis enfin, en admettant — ce qui n’est pas, ce qui ne saurait être — que je sois, moi Zévaco, un lieutenant de Morès, en quoi cela engagerait-il les anarchistes ? Il faut bien peu nous connaître, nous, indépendants par dessus tout, pour en arriver à soutenir de pareilles sornettes. »

Par la suite, il assistera un certaines réunions au cours desquelles il affrontera les antisémites en débats contradictoires. Il est condamné le par la cour d'assises de la Seine pour avoir déclaré dans une réunion publique à Paris : « Les bourgeois nous tuent par la faim ; volons, tuons, dynamitons, tous les moyens sont bons pour nous débarrasser de cette pourriture ». Il anime la même année, avec Émile Odin, un Groupe Marat du 18e arrondissement et fait paraître le journal Le Gueux : organe de combat et de Révolte, avec le concours de Pouget, Malato et Léon Cladel ; selon Marc Crapez, Zévaco « s'y montre ouvertement antisémite ». En 1898, lors de l'affaire Dreyfus, à la suite de Bernard Lazare, Zévaco s'engage dans la cause dreyfusarde, dénonçant dans l'une de ses dernières publications politiques « le complot des jésuites » contre Dreyfus et les juifs. En 1899, il fonde une feuille hebdomadaire Les Hommes de la Révolution, consacrée à des biographies de personnages politiques. Il publie 7 numéros avant de cesser en 1900.

Les Hommes de la Révolution, numéro 6 consacré à Jean Baptiste Clément.

1900-1914 : le feuilletoniste

En 1900, Michel Zévaco abandonne le journalisme politique pour se consacrer à l'écriture de romans-feuilletons. Il débute dans cette nouvelle carrière avec le roman feuilleton Borgia !, publié dans le journal de Jean Jaurès La Petite République socialiste. Il transpose, sans la plagier, l'histoire du comte de Monte-Cristo dans la Venise des doges du début du XVIe siècle -entre 1509 et 1518- avec Le Pont des Soupirs et Les Amants de Venise. Roland Candiano, le héros évadé du Pont des Soupirs après six ans de détention (et non de quatorze comme dans le comte de Monte-Cristo), assumait sa vengeance sous sa propre identité et gagnait son combat sans fortune ni trésor, mais grâce à l'aide active d'un codétenu évadé avec lui Scalabrino, à sa popularité à Venise et à la protection secrète du père de son ancienne fiancée Léonore Dandolo. Laquelle réalisa un mariage blanc avec le rival envieux, Altieri, sans lui faire d'enfant. Les deux ouvrages sont par ailleurs marqués par l'anticléricalisme des années 1900.

Ainsi l'autre dénonciateur envieux de Roland, Bembo, inspiré d'un homme d'église homonyme, était un religieux haineux et satyrique, très éloigné de l'abbé Faria, et qui poussait de par une tentative de viol au suicide une jeune fille, Bianca. Zevaco introduisait par ailleurs un personnage historique sans équivalent dans l'œuvre de Dumas : l'écrivain, Pierre l'Arétin. Seul grand point commun avec le comte de Monte-Cristo, le suicide final d'Altieri, le Fernand Mondégo des deux romans de Zévaco. Après le succès de ces deux feuilletons, Michel Zévaco crée pour le même journal le personnage du chevalier Jean de Pardaillan.

Couverture illustrée par Gino Starace pour le roman de Michel Zévaco, Les Pardaillan, Paris, Arthème Fayard, collection « Le Livre populaire », no 23, mars 1907.

En 1905, Michel Zévaco passe au journal Le Matin, dont il devient le feuilletoniste attitré avec Gaston Leroux. Entre 1905 et 1918, Le Matin publie neuf feuilletons dont Le Capitan et la série des Pardaillan, lus avec passion par Jean-Paul Sartre enfant qui y percevait « le roman de cape et d'épée républicain ». L'un d'entre eux, L'Héroïne, féminise ce républicanisme en introduisant une jeune bretteuse, Annaïs de Lespars, née dix-huit ans plus tôt du viol de sa mère par Henri IV. Annaïs était déterminée à se venger en 1626 de son ancien complice le cardinal de Richelieu qui venait de faire assassiner sa mère quand celle-ci menaça de révéler l'agression sexuelle.

Ces feuilletons sont édités en parallèle par Fayard dans sa collection Le livre populaire. Il n'oublia peut-être pas complètement le journalisme. Son nom figure dans les encadrés listant les collaborateurs littéraires des anciennes unes de L'Humanité.

Dernières années

Durant la Première Guerre mondiale, Zévaco quitte Pierrefonds où il vivait depuis la fin du siècle pour s'installer à l'abri à Eaubonne, dans le Val-d'Oise. C'est dans cette ville qu'il meurt le et que son enterrement a lieu deux jours plus tard, « avec le convoi des pauvres, sans fleurs ni couronnes » selon ses volontés, dans l'ancien cimetière (5e division).

Il est l'oncle du peintre Xavier Zevaco.

Œuvres — Premières publications en volumes

Cycle Les Pardaillan

Autres œuvres

Le Pont des soupirs, film de 1921, d’après l'œuvre de Michel Zévaco.

Notes et références

  1. ↑ Ségolène le Men, L’art de la caricature, Paris, Nanterre, Presses universitaires de Paris, (lire en ligne), p. 267
  2. ↑ Jean Maitron, « notice de Michel Zévaco », Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (consulté le )
  3. ↑ Bertrand Joly, Nationalistes et conservateurs en France : 1885-1902, Paris, Les Indes savantes, , 390 p. (ISBN 978-2-84654-130-5)
  4. ↑ Bertrand Joly, « Les antidreyfusards avant Dreyfus », Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine,‎ (lire en ligne)
  5. 1 2 3 4 Marc Crapez, La Gauche réactionnaire : Mythe de la plèbe et de la race dans le sillage des Lumières, Berg International Editeurs, , p. 234-235
  6. ↑ Thierry Maricourt, Histoire de la littérature libertaire en France, Albin Michel, , 491 p. (lire en ligne), p. 148.
  7. ↑ Marc Angenot, L'antimilitarisme : idéologie et utopie, Presses Université Laval, , 141 p. (lire en ligne), p. 49.
  8. ↑ Bertrand Joly, Dictionnaire biographique et géographique du nationalisme français (1880-1890), Honoré Champion, , p. 407
  9. ↑ Michel Dreyfus, L'antisémitisme à gauche, Le Découverte, , « Les Juifs, "rois de la République", et la fusillade de Fourmies »
  10. ↑ Charles Malato, De la Commune à l’anarchie, Paris, Stock, 1894, page 272.
  11. ↑ « L'antisémitisme et l'anarchie », Le Petit Clermontois,‎ , page 3 (lire en ligne)
  12. ↑ « Nouvelles du jour : conférence socialiste », Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire,‎ , page 1 (lire en ligne)
  13. ↑ Alexandre Bérard et C.. Lambroso, Documents d'études sociales sur l'anarchie : les mystiques de l'anarchie, Lyon, A.-H. Storck, , 167 p. (OCLC 496300346)
  14. ↑ Thierry Maricourt, Histoire de la littérature libertaire en France, Albin Michel, , 491 p. (lire en ligne), p. 151.
  15. ↑ « Notice », sur Data.bnf.fr
  16. ↑ Jean-Paul Sartre, Les mots, 1964.
  17. ↑ « Michel Zévaco : mort d'un grand romancier », sur Gallica, Le Matin, Paris, (consulté le ), p. 2.
  18. ↑ Philippe Landru, « Eaubonne (95) : cimetière », sur Cimetières de France et d'ailleurs, (consulté le ).

Bibliographie

Liens externes

Sur les autres projets Wikimedia :