Le millénarisme, ou chiliasme (du grec ancien χιλιασμός / khiliasmós, dérivé de χίλιοι / khílioi, « mille »), est un ensemble de croyances qui soutient l'idée d'un règne terrestre du Messie, après que celui-ci aura chassé l'Antéchrist et préalablement au Jugement dernier. Ce système de pensée attend une rédemption collective débouchant sur un royaume ici-bas qui sera une sorte de paradis terrestre retrouvé.
Cette pensée est présente dans certains courants du judaïsme, dans l'Apocalypse, dans les écrits des Pères apostoliques et dans l'islam sunnite et chiite.
L'eschatologie juive au temps de Jésus de Nazareth peut se ramener à deux systèmes fondamentaux, se distinguant par la durée plus ou moins longue, éternelle ou temporelle attribuée au règne du Messie.
Dans le premier, la venue de celui-ci coïncide avec la fin du monde : à son avènement les méchants se coalisent contre lui, il les défait, le jugement général a lieu, les méchants sont châtiés, les bons triomphent éternellement avec le Messie.
Dans le second, le règne du Messie s'achève avant la fin du monde. Après avoir vaincu ses ennemis, il gouverne un certain temps le peuple des justes, puis l'univers est transformé, les morts ressuscitent et sont jugés, chacun reçoit sa récompense ou sa peine : l'éternité commence.
Les points suivants se retrouvent dans les deux systèmes, bien que dans un ordre différent :
« 20:1 Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clef de l'abîme et une grande chaîne dans sa main. 20:2 Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans. 20:3 Il le jeta dans l'abîme, ferma et scella l'entrée au-dessus de lui, afin qu'il ne séduisît plus les nations, jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis. Après cela, il faut qu'il soit délié pour un peu de temps. 20:4 Et je vis des trônes ; et à ceux qui s'y assirent fut donné le pouvoir de juger. Et je vis les âmes de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus et à cause de la parole de Dieu, et de ceux qui n'avaient pas adoré la bête ni son image, et qui n'avaient pas reçu la marque sur leur front et sur leur main. Ils revinrent à la vie, et ils régnèrent avec Christ pendant mille ans. 20:5 Les autres morts ne revinrent point à la vie jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis. C'est la première résurrection. 20:6 Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection ! La seconde mort n'a point de pouvoir sur eux ; mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans. 20:7 Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison. 20:8 Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre ; leur nombre est comme le sable de la mer. »
Chapitre 15 :
D'après les fragments de ses écrits transmis par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique, Papias, évêque de Hiérapolis au début du IIe siècle, soutenait l'idée d'un règne terrestre du Christ.
Irénée de Lyon , docteur de l'Eglise né vers 140 en Asie mineure, rapporte d'autres fragments de l'oeuvre de Papias, dont une citation de son livre des exégèses dans laquelle Papias décrit ce que les saints mangeront lors du millenium :
(Adv. Hae. V, 33, 3): « Il viendra des jours où des vignes croîtront, qui auront chacune dix mille ceps, et sur chaque cep dix mille branches, et sur chaque branche dix mille bourgeons, et sur chaque bourgeon dix mille grappes, et sur chaque grappe dix mille grains, et chaque grain pressé donnera vingt-cinq métrètes de vin. Et lorsque l'un des saints cueillera une grappe, une autre grappe lui criera : Je suis meilleure, cueille-moi et, par moi, bénis le Seigneur ! De même le grain de blé produira dix mille épis, chaque épi aura dix mille grains et chaque grain donnera cinq chénices de belle farine ; et il en sera de même, toute proportion gardée, pour les autres fruits, pour les semences et pour l'herbe. Et tous les animaux, usant de cette nourriture qu'ils recevront de la terre, vivront en paix et en harmonie les uns avec les autres et seront pleinement soumis aux hommes. » (trad. A. Rousseau).
Par son Dialogue avec Tryphon rédigé vers 148, Justin de Naplouse est l'un des grands témoins de la croyance au millenium dans les premières générations chrétiennes.
« Pour moi, et les chrétiens d'orthodoxie intégrale, tant qu'ils sont, nous savons qu'une résurrection dans la chair arrivera pendant mille ans dans Jérusalem rebâtie, décorée et agrandie, comme les prophètes Ezéchiel, Isaïe et les autres l'affirment. »
Justin annonce un royaume de mille ans, d'où l'injustice sera bannie et où l'humanité régénérée continuera à procréer, mais seulement pour la bénédiction ;
« Mes élus ne peineront pas en vain, ils ne procréeront pas pour la malédiction, ils seront une race juste et bénie par le Seigneur et leurs enfants avec eux. »
Justin met les paroles de Pierre : « Pour le Seigneur, un jour est comme mille ans » (2 Pierre 3:8) en rapport avec l'histoire du monde qui, dans le plan de Dieu, selon lui, doit récapituler la création ; les 6 jours correspondraient à 6000 ans, et le 7ème jour du repos divin serait alors le millénaire attendu.
Grand défenseur du millénarisme chrétien des premiers siècles, Irénée de Lyon, né vers 140 en Asie Mineure, reprend le raisonnement de Justin selon lequel au terme de six mille années qui représentent les six jours de la création, et après une période d'épreuves, Dieu apportera un temps de repos et de paix qui sera le septième millénaire.
« Or, après que l'Antéchrist aura réduit le monde entier à l'état de désert... le Seigneur viendra du haut du ciel, sur les nuées, dans la gloire de son Père, et il enverra dans l'étang de feu l'Antéchrist avec ses fidèles ; il inaugurera en même temps pour les justes le temps du royaume, c'est-à-dire le repos, le septième jour sanctifié. »
Selon Irénée, l'acheminement des justes vers la vie céleste comprend une série d'étapes ; d'abord l'envoi des âmes justes dans un lieu d'attente, le paradis terrestre retrouvé au-delà de la mort, puis la résurrection corporelle de ces élus pour le royaume de mille ans, et enfin, après le jugement dernier, l'entrée dans la Jérusalem céleste.
Le livre V de Contre les hérésies traite du règne du Christ sur la terre avec ses élus.
Adv. Hae. V, 33, 2 :
Adv. Hae. V, 28, 2 :
Adv. Hae. V, 28, 3 :
Car autant de jours a comporté la création du monde, autant de millénaires comprendra sa durée totale. C'est pourquoi le livre de la Genèse dit : « Ainsi furent achevés le ciel et la terre et toute leur parure. Dieu acheva le sixième jour les œuvres qu'il fit, et Dieu se reposa le septième jour de toutes les œuvres qu'il avait faites. » Ceci est à la fois un récit du passé, tel qu'il se déroula, et une prophétie de l'avenir : en effet, si « un jour du Seigneur est comme mille ans » et si la création a été achevée en six jours, il est clair que la consommation des choses aura lieu la six millième année.
Les premiers Pères de l'Église que furent saint Justin de Naplouse, Lactance, Papias, Irénée, mais aussi Tertullien, croyaient en une première résurrection de la chair. Les nombreuses références au repas ou à la nourriture en témoignent.
Cette croyance repose aussi sur l'interprétation du Sabbat ou septième jour comme le règne terrestre du Messie.
Cette première résurrection aura lieu après que le Christ aura repoussé la coalition des rois de la terre dirigée par l'Antéchrist et que Satan aura été lié pour mille ans.
Pendant cette période les martyrs sont associés au règne du Messie.
À la fin de ce règne, Satan suscitera une deuxième rébellion qui amènera la venue de Dieu, le Jugement dernier et une nouvelle terre.
Les premiers chrétiens considéraient donc les textes selon leur sens littéral, traitant d'événements qui auront lieu dans les derniers temps.
Selon le spécialiste Jean Delumeau, le millénarisme a perduré au sein de l'Église chrétienne jusqu'à Augustin. Celui-ci a fait reculer la croyance millénariste en raison des perspectives d'avenir trop charnelles ou matérielles et pas assez spirituelles. Augustin proposa donc une lecture symbolique de l'Apocalypse et enseigna que la naissance du Christ avait fait commencer les mille ans de son règne terrestre. Les instances officielles de l'Église catholique (romaine) entérinèrent cette interprétation.
Dans le prolongement de Joachim de Flore, moine cistercien du XIIe siècle, certains mouvements franciscains (Pierre de Jean Olivi, Ubertin de Casale, Ange Clareno) développent une théologie de l'histoire en trois temps selon laquelle François d'Assise serait la figure qui introduit le nouvel ordre identifié avec l'Ordre franciscain.
La postérité de Joachim de Flore perdurera à travers la Réforme protestante, puis avec une vision de l'accomplissement historique de l'eschatologie.
Depuis que Augustin d'Hippone décida qu'un symbolisme spirituel était préférable à la lecture littérale, plusieurs conceptions du millénium sont apparues, que l'on peut classer globalement en trois catégories.
Les amillénaristes refusent la pensée d'un règne de Jésus-Christ sur Terre. Ils assimilent le millénium au règne éternel (chapitres 21 et 22 de l'Apocalypse) et appliquent les prophéties concernant le rétablissement d'Israël à l'Église. C'est la doctrine de l'Église catholique, de l'Église orthodoxe, de l'Église anglicane, de l'Église réformée, de l'Église luthérienne, et de certaines Eglises évangéliques.
Les postmillénaristes situent la parousie, le retour du Messie, après les mille ans de règne.
Cette période prospère et bénie correspondrait à une victoire provisoire de l'Église du Christ après la chute de l'Empire romain (cf. Ap 18,21). En somme un temps de chrétienté, avant un retour offensif de l'esprit du mal (cf. Ap 20,7).
Parmi ceux-ci, Gaston Georgel (1899-1988) exposa sa thèse dans Les quatre âges de l'Humanité. Il situe le millénium comme étant compris entre l'édit de Milan (313, phonétiquement 1 000 ans) et la destruction de l'ordre du Temple (1313). Cette thèse basée sur les travaux d'un ecclésiastique, Mgr Decouvoux, fait du millénium l'âge d'or du christianisme, et conclut à un prélude au déchaînement de Satan à la fin du cycle.
Plus proches de la lecture littérale, les prémillénaristes conçoivent le retour de Jésus-Christ avant le millénium.
Un grand nombre de prémillénaristes associent le millénaire et l'Enlèvement de l'Église selon trois courants doctrinaux majeurs: pré-tribulationisme, mid-tribulationisme et post-tribulationisme (chacun dépendant du moment où l'Église sera enlevée, soit avant, au milieu ou à la fin des tribulations telles que décrites dans l'Apocalypse de Jean). Selon le courant le plus répandu, le pré-tribulationisme, dans un premier temps, l'Église sera enlevée (1 Thessaloniciens 4.16-18) et ainsi préservée des jugements qui frapperont le monde (Apoc 3.10) pendant 7 ans, puis sera unie au Messie (Apoc 19.7-8) avant que celui-ci ne vienne effectuer le millénium (Apoc 20.1-6), c'est-à-dire un règne de paix de 1 000 ans sur la terre. Après quoi viendra le Jugement dernier (Apoc 20.11-15), la fin du monde et l'entrée dans un monde nouveau (Apoc 21.1). C'est la conception des dispensationalistes (Darby, Ryrie...) en vigueur dans la plupart des églises évangéliques: Assemblées de Frères, églises baptistes et pentecôtistes...
Voici brièvement l'enseignement concernant le millénium, tel que compris jusqu'à ce jour[Quand ?] par l'Église adventiste du Septième jour, depuis ses débuts :
Dans le vocabulaire politique, l'expression « millénarisme » peut désigner, de manière métaphorique, une forme de doctrine aspirant à une révolution radicale, qui aboutirait à la mise en place définitive d'un ordre social supposé plus juste, et sans commune mesure avec ce qui a existé jusqu'à présent. Dans cette acception, le terme a pu servir à qualifier aussi bien le communisme avec « le Grand Soir » que le nazisme.