Il est difficile de mesurer ce que le mouvement Mingei doit précisément à William Morris et au mouvement anglais Arts and Crafts.
Le rejet affirmé,
par son fondateur Sōetsu Yanagi,
de toute inspiration étrangère, n'est sans doute pas sans relation avec son nationalisme exacerbé.
Historique
Créé en 1925 au Japon pour la revalorisation d'un artisanat issu d'une longue tradition, son style est lui aussi une réaction à l'urbanisme grandissant, prônant le réveil des traditions et la beauté dans les objets de tous les jours, fabriqués en céramique, en bois, en laque, en ferronnerie, en vannerie et en textile.
Ses trois premiers maîtres furent le philosophe Sōetsu Yanagi(柳宗悦, Yanagi Muneyoshi?), qui réaffirmait la valeur de l'artisanat traditionnel japonais, et les potiers et céramistes Shoji Hamada et Kanjirō Kawai(河井寛次郎, Kawai Kanjirō?). Par la suite, le céramiste anglais Bernard Leach, le graveur sur bois Shikō Munakata(棟方志功, Munakata Shikō?) et le peintre sur tissu Keisuke Serizawa(芹沢銈介, Serizawa Keisuke?) rejoignirent le mouvement.
Dans L'Idée du Mingei (1933), Sōetsu Yanagi définit ainsi le mouvement:
«Il doit être modeste mais non de pacotille, bon marché mais non fragile. La malhonnêteté, la perversité, le luxe, voilà ce que les objets Mingei doivent au plus haut point éviter: ce qui est naturel, sincère, sûr, simple, telles sont les caractéristiques du Mingei.»
Yanagi fut grandement inspiré par les poteries coréennes, particulièrement celles de la dynastie Yi, à la suite de plusieurs séjours en Corée. Il convient également de préciser, comme le rappelle l'historien de l'art Michael Lucken, déplorant du même coup la méconnaissance en France à ce sujet, que le mouvement Mingei se situe dans le prolongement de l’«extraordinaire aventure humaine et intellectuelle» que constitua la publication de la revue Shirakaba à laquelle Yanagi Sōetsu prit une part active de même qu'il en subit fortement l'influence. Il fondera en 1936 le musée de l'Art populaire japonais (日本民藝館, Nihon mingei-kan?) à Komaba dans l'arrondissement de Meguro à Tokyo, avant que ses idées ne deviennent finalement populaires dans les années 1950. Il inspira également Isamu Noguchi, la Française Charlotte Perriand, et bien sûr son fils, Sōri Yanagi(柳宗理, Yanagi Sōri?).
Ko-mashiko ware mado-e dobin (théière), vers 1915-1935, Brooklyn Museum.
Oshi-e (estampe en découpes de tissus) représentant une geisha, XIXesiècle, Brooklyn Museum.
Exposition temporaire 2021
Une exposition temporaire, «Simplicité japonaise», ayant pour thème le mouvement Mingei était visible à l'occasion de la réouverture du musée Guimet le et jusqu'au . Une visite virtuelle et un texte cartel pédagogique étaient accessibles en ligne,.
Notes et références
↑(en) Yuko Kikuchui, Japanese Modernisation and Mingei Theory: Cultural Nationalism and Oriental Orientalism, Routledge, , 309p. (ISBN978-0-415-40582-9), p.2-3
↑Son prénom peut se lire Muneyoshi —lecture usitée au Japon—, ou Sōetsu car c'est ainsi qu'il est connu à l'étranger.
12345Dauphine Scalbert, «Portrait de Yanagi et concept du Mingei», Yanagi et le Mingei.
↑Michael Lucken, «À la poursuite infinie des désirs intérieurs: Yanagi Sōetsu avant le Mingei», Cipango [en ligne], mis en ligne le 15 novembre 2011, consulté le 8 janvier 2021 (lire en ligne).
Beauté du quotidien au Japon, collections de Jeffrey Montgomery, [catalogue d'exposition], Nice, musée des Arts asiatiques, 2000, 142 pages, 179 illustrations en couleur, textes de Marie-Pierre Foissy-Aufrère, Dominique Buisson, Robert Moes et Anna Jackson.
(fr + en) Hiroshi Kashiwagi, Masafumi Fukagawa et Shû Hagiwara et al., Wa, l'harmonie au quotidien. Design japonais d'aujourd'hui [exposition], Tokyo; Paris: Fondation du Japon, , 165p., 26 cm (ISBN978-4-87540-098-1)
Christophe Marquet et Jean-Michel Butel (dir.), «Dossier: l’invention des «arts populaires»: Yanagi Sōetsu et le Mingei», Cipango - INALCO, no16, (lire en ligne, consulté le ).
Christophe Marquet, «Yanagi Sōetsu et l'invention des arts populaires», Cipango, Publications INALCO, no16 «L’invention des «arts populaires» Yanagi Sōetsu et le Mingei», , p.13-22 (lire en ligne, consulté le ).
Germain Viatte (dir.) et Ryu Niimi (exposition), L'Esprit Mingei au Japon, Arles: Actes Sud; Paris: Musée du Quai Branly, , 143p., 20 x 26 cm (ISBN978-2-7427-7849-2 et 978-2-915133-95-0, lire en ligne), p.4e de couv..