En mathématiques et informatique théorique, un mot morphique (ou une suite morphique) est un mot infini obtenu par itération d'un morphisme (appelé le générateur), suivie de l'application d'un morphisme préservant la longueur (appelé le morphisme de codage). Les mots morphiques sont une généralisation des suites automatiques, et comprennent certains mots sturmiens comme le mot de Fibonacci, et d'autres mots comme la suite caractéristique des carrés et des mots sans carré. Une classe particulière est constituée des mots purement morphiques : ce sont les mots où le morphisme de codage est l'identité.
Les mots morphiques sont plus stables pour les transformations simples que les morphismes purement morphiques ; de plus, de nombreuses propriétés sont décidables. Les mots morphiques sont de faible complexité : le nombre de facteurs de longueur donnée croît moins qu'exponentiellement. Il en résulte que le mot de Champernowne n'est pas une suite morphique.
Soit un alphabet. Un morphisme de monoïdes est prolongeable pour une lettre de si est un préfixe propre de , et si de plus, la suite des longueurs de itérés tend vers l'infini lorsque tend vers l'infini.
Si est prolongeable en , il existe un mot non vide tel que . En itérant, on obtient l'expression :
La suite de ces mots converge vers un mot infini noté :
Ce mot est le mot infini engendré par en . Le morphisme est parfois appelé un générateur du mot infini.
Un mot infini sur un alphabet est purement morphique s'il existe un morphisme et une lettre dans tel que
Un mot infini sur un alphabet est morphique s'il est l'image par un morphisme littéral (lettre à lettre) d'un mot purement morphique. Ce morphisme est appelé parfois morphisme de codage.
Ainsi, un mot morphique est défini par un triplet , où est une lettre, est un morphisme prolongeable en , et est un morphisme de codage. Le mot infini engendré par ce triplet est
Un autre exemple de mot morphique sans être purement morphique a été donné par Abram, Hu et Li. Ce sont des mots qui comptent les occurrences de facteurs dans certains développements.
Soit un entier, soit , et soit . La suite de comptage de blocs est le mot infini
qui compte le nombre d'occurrences du mot dans le développement en base des entiers consécutifs et
la suite d'entiers sur définie par
La suite de Thue-Morse peut être définie ainsi : c'est la suite pour le mot . De même, la suite de Rudin-Shapiro est la suite pour le mot .
Les auteurs prouvent le résultat suivant :

À uu morphisme est naturellement associé une -matrice , où est le nombre d'occurrences de la lettre dans le mot . Cette matrice est appelée la matrice d'incidence du morphisme .
Pour la suite de Fibonacci, la matrice est :
pour la suite binaire de Thue-Morse, c'est :
pour la suite ternaire de Thue, c'est:
pour la suite de carrés, la matrice est :
Pour un mot w, on a la formule :
et par itération :
et aussi :
Une matrice à coefficients positifs ou nuls est primitive s'il existe un entier telle que les coefficients de la matrice sont tous non nuls. Si est primitive, un tel entier existe vérifiant , où est l'ordre de la matrice .
Un morphisme est primitif si sa matrice d'incidence est primitive. Seule la matrice du dernier exemple n'est pas primitive.
Dire que est primitif revient à dire que pour un certain entier , tous les mots , pour parcourant l'alphabet , contient chacun toutes les lettres de l'alphabet au moins une fois. Par exemple, pour le morphisme ternaire de Thue
on a .
Un matrice d'ordre est irréductible si le graphe dont les arcs sont les couples tels que est fortement connexe.
Si est prolongeable en une lettre de , et si est irréductible, alors (et donc ) est primitive. En effet, soient et deux lettre de . Il existe, dans le graphe dont est la matrice d'adjacence, un chemin de vers , et un chemin de vers , tous deux de longueur au plus . En parcourant une ou plusieurs fois, si nécessaire, la boucle autour de , on obtient un chemin de longueur de vers . Ceci montre que a toutes ses coordonnées non nulles.
Soit un mot infini sur un alphabet . Le mot est uniformément récurrent si, pour tout entier , il existe un entier tel que tout facteur de longueur de contient tous les facteurs de longueur de .
Réciproquement, on a :
Ceci implique en particulier que le morphisme de codage, dans la définition des mots morphiques, peut être remplacé par un morphisme quelconque, même effaçant, pourvu que l'image du mot soit encore infinie.
Un morphisme est non effaçant si n'est pas le mot vide pour toute lettre .
La fonction de complexité d'un mot infini est la fonction qui, pour tout entier naturel , donne le nombre de facteur de de longueur . Alors que la fonction de complexité d'un mot purement morphique peut se classer en quatre rubriques, les résultats pour les mots morphiques sont moins complets. On sait :
Ce résultat était connu depuis longtemps pour les mots purement morphiques.
Dans un article publié sur Arxiv, Allouche, Cassaigne, Shallit et Zamboni dressent des variantes dans la définition des mots morphiques, et donnent leurs propriétés respectives :
Ces 10 propriétés, comme elles ne sont pas indépendantes, ne donnent lieu qu'à 20 cas distincts pour lesquels les auteurs fournissent des exemples.