Mukhammas

Un mukhammas (en arabe : مخمس) est une forme poétique classique de la littérature arabe adoptée ensuite dans le Moyen Orient et en Asie centrale. Il s'agit d'un poème composé de strophes de cinq vers.

Description

Forme

La littérature orientale distingue deux types de poèmes : ceux composés de couplets ou distiques, comme les ghazals et les qasidas, de ceux composés de strophes. Le mukhammas fait partie des poèmes strophiques ou musammat. Parmi ces derniers, certains sont définis par le nombre de vers que comporte chaque strophe. Ainsi, le mukhammas (du verbe arabe khammas, « partager en cinq ») est composé de strophes de cinq vers. Le schéma de la rime est le suivant : aaaaa, bbbba, cccca....,. Les vers de la premières strophe riment ensemble, les quatre premiers des strophes suivantes obéissent à une nouvelle rime, sauf le cinquième qui répond à la rime de la première strophe. Le mukhammas est composé dans un mètre du système prosodique aruz. La règle veut que le poète mentionne son takhallus (nom de plume) dans la dernière strophe.

Mukhammas et takhmis

Une variante du mukhammas est le takhmis (de la même racine arabe qui signifie cinq). Du point de vue de la structure, rien ne les distingue. La particularité du takhmis, c'est de reposer sur un autre poème, en général un ghazal, auquel deux des vers de chaque strophe sont empruntés. Ainsi, dans chaque strophe, deux vers sont d'emprunt, tandis que les trois qui précèdent sont ajoutés par le poète. Tout l'art du takhmis est d'assurer la cohérence des vers d'emprunt et des nouveaux, aussi bien du point de vue de la rime et du rythme que du sens. Le takhmis peut être écrit dans un esprit de compétition ou dans le but de rendre hommage à un prédécesseur, dont le nom est cité dans la dernière strophe en plus de celui de l'auteur. Le takhmis intéresse les historiens parce qu'il permet de préciser la chronologie des poètes et d'identifier les relations d'influence entre eux.

Histoire et évolution

Le mukhammas est apparu dans la poésie arabe à une période tardive, sous le califat abbasside. Les poètes ont éprouvé le besoin de formes plus souples que le ghazal et la qasida, qui reposent sur une rime unique. Ils souhaitaient se libérer de cette contrainte, qui rend difficile l'évitement de la répétition de mêmes rimes. Le mukhammas a été adopté dans la poésie azérie, ouzbèke, en persan et en turc.

Le mukhammas classique est lyrique et romantique. Mais au cours de son évolution, les poètes ont utilisé cette forme pour aborder d'autres thèmes. Dans la littérature azérie ont progressivement été introduits des sujets sociaux, philosophiques, patriotiques, historiques, réalistes (empruntés à la vie quotidienne) et satiriques.

Exemples dans les diverses littératures orientales

Le plus ancien mukhammas connu dans la littérature azérie est composé par Nasir Bakuvi au XIVe siècle. Kishvari en écrit au siècle suivant, il est l'auteur du premier takhmis connu. Le genre connaît un développement au XVIIIe siècle. Molla Panah Vagif élargit l'éventail des thèmes abordés , en accord avec la tendance au réalisme qui anime alors la poésie azérie. Le succès du genre ne se dément pas au XXe siècle, où Mirza Alakbar Sabir le renouvelle en y apportant des modifications formelles - il n'inclut pas son nom de plume dans le texte, et répète les derniers couplets comme un refrain. Ali Nazmi et Aliaga Vahid sont les poètes azéris qui ont écrit le plus de mukhammas. Dans la littérature ouzbèke, c'est le poète Alisher Navaï qui introduit le mukhammas. Khabibi, Sabir Abdulla (en) et Chustiy perpétuent la tradition du mukhammas dans la poésie ouzbèke du XXe siècle. En persan, Khadjou Kirmani et Bedil Dehlavi ont écrit de nombreux mukhammas. Dans la poésie turque, les premiers exemples de mukhammas sont de Hafiz Khorezmi et Yusuf Amiri,. Parmi les auteurs arabes, Ibn Zaydoun a eu recours au mukhammas.

Notes et références

  1. 1 2 Naila Balabey Mustafayeva 2025, p. 16.
  2. 1 2 3 4 (en) Ortiqova Aziza Bahriddin Qizi et Bekova Nazzora Jo’rayevna, « About the Mukhammas genre », Eurasian Research Bulletin, vol. 20,‎ , p. 146–148 (ISSN 2795-7675, lire en ligne, consulté le )
  3. ↑ Naila Balabey Mustafayeva 2025, p. 14.
  4. 1 2 3 4 5 6 (uz) Shahnoza Muhitdinovna Rakhmonova, « MUHAMMASES AND THEIR METRIC FEATURES IN UZBEK POETRY IN THESECOND HALF OF THE TWENTIETH CENTURY. », Ўзбекистонда хорижий тиллар” илмий-методик электрон журнал,‎ (DOI 10.36078/1577701249, lire en ligne, consulté le )
  5. ↑ Naila Balabey Mustafayeva 2025, p. 26.
  6. 1 2 Naila Balabey Mustafayeva 2025, p. 9.
  7. ↑ Naila Balabey Mustafayeva 2025, p. 3-4 et 6.
  8. ↑ Naila Balabey Mustafayeva 2025, p. 9 et 19.
  9. ↑ Naila Balabey Mustafayeva 2025, p. 33-35.
  10. ↑ Naila Balabey Mustafayeva 2025, p. 11.
  11. ↑ (ar) Khalid Omer Mohammed Bawazir, « المخمس الشعري عند ابن زيدون "دراسة فنية إيقاعية". » [« Le mukhammas dans l'œuvre d'Ibn Zaydun : Une étude rythmique et artistique »], Irbid Journal for Research & Human Studies, vol. 26, no 3,‎ , p. 166 (ISSN 1681-3510, lire en ligne Accès limité, consulté le )

Bibliographie