Aspects juridiques
La problématique juridique du « multiethnisme » pose ipso facto la question du repérage et du dénombrement des populations. Conformément au « droit du sang » certains pays recensent leur population par communautés en distinguant l'identité ethnique de la citoyenneté, tandis que d'autres, conformément au « droit du sol », définissent l'identité par la citoyenneté et ne prennent en compte ni les langues usuelles, ni les croyances, ni les traditions qui, généralement, définissent une ethnie.
- La France fait partie du second groupe car sa législation ne reconnaît pas officiellement le multiethnisme : tous les citoyens français, quelles que soient leurs origines, langues maternelles ou usuelles, croyances, traditions, physionomies, forment constitutionnellement un seul peuple et les statistiques ethniques ne sont pas autorisées en métropole : dans l'état civil français, l'origine ethnique n'est pas indiquée et n'a pas d'existence juridique. Par exception, les statistiques ethniques existent en Nouvelle-Calédonie où le multiethnisme est officiellement reconnu.
- Divers pays reconnaissent le multiethnisme sans que cela implique des différences de droit entre leurs citoyens : c'est le cas de l'Espagne, de l'Allemagne ou de la Pologne. En Italie et Roumanie, tous les citoyens sont égaux en droits mais la loi reconnaît des « minorités linguistiques historiques » dont les langues sont, localement, co-officielles,.
- En Israël, c'est principalement la religion qui définit le caractère multiethnique de l'État, comprenant des citoyens Juifs, Arabes (musulmans ou chrétiens), Druzes, Baha'i… ; en dehors de l'ensemble des citoyens israéliens, il y a parmi les habitants du pays des « résidents permanents non-citoyens » (hébreu : תושב קבע toshav keva) comme les Palestiniens de souche non-juive d'Israël et de Cisjordanie-Gaza ou encore les Syriens du plateau du Golan. Selon les lois fondamentales d'Israël, deux termes définissent le caractère multiethnique de la population israélienne : les Eda (pl. Edot) et les Le’om. Les Eda concernent les juifs shevatim qui se réclament des tribus israélites bibliques selon le droit du sang (citoyenneté par filiation). Les Le’om concernent le multiethnisme israélite selon le droit du sol (citoyenneté par lieu de naissance) : ce sont par exemple les guéruzim originaires de Géorgie, les sefardim originaires d'Espagne, les ashkenazim originaires d'Europe centrale et orientale, les mizrahim originaires des pays musulmans, les juhuri originaires du Caucase, les ourfalim originaires de la région turque autour d'Urfa et bien sûr les sabra nés en Palestine avant l'indépendance d'Israël. Le multiethnisme selon le droit du sang s'applique aussi à des groupes qui ne sont pas forcément définis par la religion, mais par une origine géo-historique : c'est le cas des Arméniens d'Israël ou des Circassiens d'Israël.
- Plusieurs pays d'Europe centrale et orientale ont légalisé le multiethnisme en permettant la représentation au parlement de leurs communautés ethniques en tant que telles.