Polytétrafluoroéthylène

PTFE

Polytétrafluoroéthylène
PTFE

Structure du PTFE.
Identification
Nom UICPA Poly(difluorométhylène)
Synonymes

Polytétrafluoroéthylène, PTFE, Teflon-PTFE, Teflon, Téflon (dans le langage courant)

No CAS 9002-84-0
No ECHA 100.120.367
SMILES
Apparence solide blanc inodore
Propriétés chimiques
Formule (C2F4)n
Propriétés physiques
T° transition vitreuse 120 °C, ~−100 °C selon certains auteurs
T° fusion 348 °C pur, 327 °C
Solubilité insoluble
Paramètre de solubilité δ 12,7 MPa1/2
Masse volumique 2,2 g cm−3
Conductivité thermique 0,25 W m−1 K−1
Propriétés électroniques
Constante diélectrique 2,1 (60 Hz)
2,1 (1 kHz, 25 °C)
2,1 (1 MHz, 25 °C)
2,1 (1 GHz, 25 °C)
Cristallographie
Structure type semi-cristalline
Propriétés optiques
Indice de réfraction  1,35
Transparence opaque sauf films très minces amorphes
Précautions
SIMDUT

Produit non contrôlé
Classification du CIRC
Groupe 3 : Inclassable quant à sa cancérogénicité pour l'humain

Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

Le polytétrafluoroéthylène (sigle PTFE) est un fluoropolymère issu du tétrafluoroéthylène.

Ce polymère technique a été découvert par hasard en 1938 par le chimiste Roy J. Plunkett (1910-1994) qui travaillait pour la société américaine E.I. du Pont de Nemours and Company, appelée couramment « du Pont de Nemours » et officiellement abrégée en « DuPont ». Il fut introduit commercialement en 1949. Il est commercialisé sous les marques déposées Téflon, Hostalen, Hostaflon, Fluon ou Soreflon. La plus connue est Téflon de Du Pont de Nemours.

Il possède des propriétés remarquables qui le distinguent des autres polymères thermoplastiques, notamment une excellente résistance aux agressions thermiques ou chimiques, ainsi qu'un coefficient de frottement extrêmement faible.

Dans la vie courante, le PTFE est largement utilisé comme revêtement antiadhésif dans les ustensiles de cuisine.

Description

Le PTFE est un matériau tendre, facilement déformable, semi-cristallin, opaque, blanc et alimentaire. L'adjonction d'un agent (le perfluoro-propyl vinyl éther ou l'hexafluoropropylène (HFP)) lui confère une capacité d'allongement élevée (les propriétés mécaniques de type élastomère), mais sa résistance aux contraintes et aux radiations est faible. Il présente une résistance remarquable à la plupart des produits chimiques, un coefficient de frottement extrêmement faible et il reste stable à température élevée (jusqu'à 327 °C). Ces propriétés exceptionnelles lui donnent une valeur inestimable dans un grand nombre d'applications. Son utilisation dans les ustensiles de cuisine est un argument commercial mais n'est pas indispensable. Le polytétrafluoroéthylène est par ailleurs le seul matériau auquel les pattes de la plupart des geckos arboricoles n'adhèrent pas.

Sa fabrication à partir de C2F4 est complexe. Il est polymérisé « n fois » en grains ou dispersion dans de l'eau avec un agent mouillant. Celle-ci sert ou non au transport et sera éliminée lors des moulages[réf. nécessaire] ou autres procédés de mise en œuvre.

Utilisations

Le Téflon s'avère précieux dans les applications où ses propriétés spécifiques sont indispensables (industries chimique et textile, électronique, etc.).

Le PTFE représente environ 90 % de la consommation de fluoropolymères, soit environ 20 000 t/an.

Dans l'industrie, il est utilisé dans les roulements, les joints, l'isolation électrique à hautes températures, les revêtements et garnitures non adhésives pour les cuves, etc. Dans la vie courante, il constitue le revêtement de certains ustensiles de cuisine. Il s'utilise également en ruban afin d'assurer l'étanchéité de montages filetés comme les robinets.

Propriétés

Chimiques

Il a généralement une excellente inertie chimique, notamment avec les acides (oléum, eau régale, acide nitrique fumant), les bases (soude ou potasse concentrées), les alcools, les cétones et les hydrocarbures. Il résiste à l'acide fluoroantimonique, l'acide le plus fort connu actuellement, qui dissout le verre.
Le PTFE n'est pas compatible avec les métaux liquides à haute température, les solutions de métaux alcalins avec des hydrocarbures aromatiques dans un éther (ex. : naphtaléniure de sodium en solution dans le tétrahydrofurane), l'hydrazine, la diéthylamine, le diméthyl-formamide, le fluor et le cyanure aureux. Les gaz formés lors de sa décomposition à haute température sont toxiques.

Thermiques

Physiques

Masse volumique : 2,15 g cm−3 pour 50 % de cristallinité.
Absorption d'eau sur 24 heures : 0,01 % (hydrophobe).
Indice limite d'oxygène (ILO) : 95 % (valeur très élevée, matière ininflammable, auto-extinguible).
Perméabilité au diazote à 25 °C : 1 × 10−13 cm2 s−1 Pa−1.
Perméabilité au dihydrogène à 25 °C : 7 × 10−13 cm2 s−1 Pa−1.
Perméabilité au dioxyde de carbone à 25 °C : 7 × 10−13 cm2 s−1 Pa−1.
Perméabilité au dioxygène à 25 °C : 3 × 10−13 cm2 s−1 Pa−1.
Perméabilité à l'eau à 25 °C : 4 × 10−13 cm2 s−1 Pa−1.
Résistance aux ultraviolets : excellente.

Mécaniques

Le comportement mécanique est de type élastomère et identique entre −80 °C et 250 °C.

Dureté Shore D : 50-65.
Dureté Rockwell : 25.
Module de Young : 300 à 800 MPa.
Résistance à la traction : 10 à 40 MPa.
Allongement à la rupture : 100 à 400 %.
Coefficient de frottement : 0,05 à 0,2.
Résistance au choc Izod : pas de rupture.
Coefficient de Poisson : 0,46.

Électriques

Les propriétés électriques du PTFE sont exceptionnelles.

Permittivité relative à 1 MHz : 2,0 à 2,1
Facteur de dissipation à 1 MHz : 0,0003 à 0,0007
Rigidité diélectrique : 15 à 17 kV mm−1
Résistivité : 1018 à e19 Ω cm

Inconvénients

Les autres fluoropolymères ont été développés pour atténuer ces inconvénients. Par exemple, le polychlorotrifluoroéthylène (PCTFE, issu du monomère CFCl=CF2) (point de fusion d'environ 213 °C) se transforme un peu plus facilement que le PTFE. Il montre un intervalle d'emploi (en usage permanent) de −250 à 150 °C. Il offre une tenue au froid et des propriétés mécaniques meilleures que le PTFE, par contre sa tenue thermique et chimique est moindre.

L'exemple du PCTFE n'est pas forcément le plus approprié ici ; ce dernier a en effet été découvert quelques années avant le PTFE (Farben, 1934). On préfèrera citer les FEP (en), MFA ou PFA, copolymères du PTFE qui ont vu le jour pour permettre notamment la mise en forme à l'état fondu, principal point noir du PTFE pour des applications industrielles.

Toxicité

Le PTFE est chimiquement inerte et non toxique à basse température. La décomposition du PTFE engendre au-delà de 350 °C des émissions parfois mortelles pour les oiseaux, pouvant causer des symptômes s'apparentant à la grippe chez les humains.

Par comparaison, les graisses de cuisine (huiles et beurres) commencent à brûler autour de 200 °C. Une étude de 1959 a conclu que la toxicité des émanations du revêtement (par chauffage sec) était moindre que celle des fumées générées par des huiles de cuisine surchauffées.

Si en utilisation normale ce revêtement antiadhésif est chimiquement stable et ne pénètre pas dans l'organisme, et en comparant avec d'autres types de polymères, sa dégradation mécanique pourrait être de nature à produire « des microparticules voire des nanoparticules capables de pénétrer dans les cellules des organismes vivants ».

Pollution liée à la fabrication

Article détaillé : Téflon.
Articles connexes : Polluant organique persistant#PFAS et PFOA.

L'acide perfluorooctanoïque (APFO ou PFOA en anglais, aussi connu sous le nom de C8), un produit chimique clef employé pour fabriquer le Téflon, est problématique pour l'environnement car il ne se dégrade pas ou difficilement. Il fait partie de la famille des polluants organique persistants PFAS.

Notes et références

  1. ↑ Claude K.W. Friedli, Chimie générale pour ingénieur, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2005 (ISBN 2880744288), p. 471 [lire en ligne sur Google Livres].
  2. ↑ Laurent Mahé, Usure du polytétrafluoroéthylène chargé : approche par les débits de troisième corps solide. Application aux segments de piston de compresseur, sur tribologie.free.fr.
  3. 1 2 Entrée du numéro CAS « 9002-84-0 » dans la base de données de produits chimiques GESTIS de la IFA (organisme allemand responsable de la sécurité et de la santé au travail) (allemand, anglais), accès le 8 février 2009 (JavaScript nécessaire).
  4. ↑ (en) James E. Mark, Physical Properties of Polymer Handbook, Springer, , 2e éd., 1076 p. (ISBN 978-0-387-69002-5 et 0-387-69002-6, lire en ligne), p. 294.
  5. 1 2 3 (en) J.G. Speight et Norbert Adolph Lange, Lange's Handbook of Chemistry, McGraw-Hill, , 16e éd., 1623 p. (ISBN 0-07-143220-5), p. 2.807 et 2.748.
  6. ↑ (en) David R. Lide, CRC Handbook of Chemistry and Physics, CRC Press, , 90e éd., 2804 p., Relié (ISBN 978-1-4200-9084-0).
  7. 1 2 3 4 5 D'après Monnet : conférence CPT avril-mai 1974. Disponible dans : Jean Bost, Matières plastiques : chimie-applications, Technique & Documentation Lavoisier, Paris, 1980 (ISBN 285206068X).
  8. ↑ « Teflon » dans la base de données de produits chimiques Reptox de la CSST (organisme québécois responsable de la sécurité et de la santé au travail), consulté le 25 avril 2009.
  9. ↑ IARC Working Group on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans, « Évaluations Globales de la Cancérogénicité pour l'humain, Groupe 3 : inclassables quant à leur cancérogénicité pour l'humain », sur monographs.iarc.fr, CIRC, (consulté le ).
  10. ↑ Nom et abréviation selon la norme EN ISO 1043-1, Plastiques - Symboles et termes abrégés - Partie 1 : polymères de base et leurs caractéristiques spéciales.
  11. ↑ C'est un exemple classique de découverte par sérendipité.
  12. ↑ Son excellente tenue thermique et chimique est due à la grande stabilité de la liaison C-F (liaison de forte énergie : 485 kJ/mol).
  13. ↑ Richard Rhodes, The making of the atomic bomb, Simon & Schuster, coll. « A Touchstone book », (ISBN 978-0-671-65719-2, 978-0-684-81378-3 et 978-0-671-44133-3)
  14. ↑ Heat deflection temperature en anglais.
  15. ↑ Le PTFE possède la valeur de masse volumique la plus élevée des matières plastiques.
  16. ↑ Son module d'élasticité est supérieur à celui du PTFE.
  17. ↑ (en) Can Teflon make you sick?, Medical News Today.
  18. ↑ (en) Dale Blumenthal, « Is That Newfangled Cookware Safe? » (consulté le ).
  19. ↑ Émilie Rosso, « Loi sur les PFAS : "Dire qu'il n'y a pas de problèmes avec le Téflon est une contre-vérité", affirme Pierre Labadie, directeur de recherche au CNRS », sur FR3, .

Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

Liens externes