Parole

La parole est la production de langage articulé, principalement au moyen de sons, qui permet aux êtres humains de communiquer des informations, des pensées, des sentiments et des intentions. Elle est étudiée dans plusieurs disciplines, notamment la linguistique, la phonétique, la psychologie, les neurosciences, la philosophie et l'anthropologie.

La parole se distingue du langage, qui désigne notamment la faculté d'utiliser un système de signes, et de la langue, qui correspond à un système linguistique partagé par une communauté. Le terme « parole » peut également désigner, dans un sens plus large, le fait de s'exprimer ou les propos tenus par une personne.

Définition et fonctions

La parole est une activité qui mobilise plusieurs mécanismes, notamment la préparation linguistique, la respiration, la production de la voix et l'articulation des sons. Elle repose sur la coordination du système respiratoire, du larynx et des organes articulatoires, comme la langue, les lèvres et le palais.

La parole permet de transmettre des informations, de formuler des demandes, de poser des questions, de raconter des événements et d'exprimer des émotions. Elle peut également servir à convaincre, à argumenter, à négocier ou à participer à un débat.

Il convient de distinguer plusieurs notions :

La parole peut être adressée à un interlocuteur ou être formulée mentalement, sans être prononcée à voix haute. Cette dernière forme est appelée parole intérieure ou langage intérieur

Parole et communication animale

La communication n'est pas propre à l'espèce humaine. De nombreuses espèces animales échangent des informations grâce à des vocalisations, des gestes, des postures ou des signaux chimiques.

Les primates font notamment l'objet de recherches portant sur leur communication gestuelle. Certains comportements permettent d'attirer l'attention d'un congénère, de solliciter une interaction ou de transmettre des informations concernant un objet ou une situation. Ces observations contribuent à l'étude des capacités de communication qui ont pu intervenir dans l'évolution du langage humain.

Certains oiseaux, notamment les perroquets, sont capables d'imiter des sons humains. Des expériences ont également étudié leur capacité à associer certains sons à des objets ou à des catégories. Toutefois, l'imitation vocale ne suffit pas à démontrer qu'un animal possède un langage comparable au langage humain.

Il est donc nécessaire de distinguer la communication animale, l'imitation des sons et les capacités linguistiques propres à l'être humain.

Origines et évolution de la parole

L'apparition de la parole humaine constitue un sujet de recherche interdisciplinaire. Les chercheurs étudient notamment l'évolution de l'anatomie vocale, les capacités cognitives, les mécanismes cérébraux et les comportements sociaux des ancêtres humains.

La parole ne laisse pas de traces fossiles directes permettant de dater précisément son apparition. Les fossiles, les outils préhistoriques et les représentations symboliques apportent des informations sur l'évolution humaine, mais ne permettent pas de reconstituer directement les paroles prononcées par les populations anciennes.

L'évolution de l'anatomie vocale

Imagerie par résonance magnétique (IRM) en temps réel montrant les mouvements de la langue, des lèvres et du larynx lors de la parole.

La production de la parole repose sur la coordination du système respiratoire, du larynx et des organes articulatoires. La forme du conduit vocal influence les sons qui peuvent être produits, mais elle ne suffit pas à expliquer l'ensemble des capacités nécessaires au langage.

Une hypothèse longtemps défendue attribuait un rôle déterminant à la descente du larynx dans le cou. Selon cette théorie, cette évolution anatomique aurait permis la production de voyelles suffisamment distinctes pour favoriser l'apparition de la parole.

Des recherches ultérieures ont remis en question l'idée selon laquelle une position basse du larynx serait indispensable à la production de sons articulés. Une étude pluridisciplinaire publiée en 2019 dans la revue Science Advances a notamment réexaminé les données anatomiques et acoustiques utilisées dans les débats sur l'évolution de la parole.

Ces recherches montrent que la position du larynx ne peut pas, à elle seule, expliquer l'apparition de la parole. Les mouvements de la langue, des lèvres et de la mâchoire, ainsi que les capacités de contrôle moteur, jouent également un rôle important.

Les capacités vocales des primates

Une étude publiée en 2016 par W. Tecumseh Fitch et ses collègues a examiné les capacités anatomiques du conduit vocal des macaques. Les auteurs ont conclu que leur appareil vocal pouvait potentiellement produire une gamme de sons plus étendue que ne le laissaient penser certaines hypothèses antérieures.

Cette interprétation a fait l'objet d'une discussion scientifique. Philip Lieberman a notamment contesté certaines conclusions de l'étude concernant les possibilités acoustiques du conduit vocal des primates non humains.

Ces travaux montrent que les capacités anatomiques et acoustiques des primates doivent être étudiées avec précision. Ils ne démontrent pas que les singes possèdent le langage humain, dont le fonctionnement dépend également de mécanismes cognitifs et neuronaux.

Les indices préhistoriques

Les outils, les objets ornés et les représentations pariétales constituent des indices importants pour l'étude des capacités techniques et symboliques des populations préhistoriques.

Ces vestiges renseignent sur certaines formes de transmission culturelle et sur l'évolution des comportements humains. Ils ne constituent cependant pas des preuves directes de la forme exacte de la parole utilisée à ces époques.

L'apparition et l'évolution du langage doivent donc être étudiées à partir de plusieurs types d'indices complémentaires, notamment archéologiques, anatomiques, génétiques et comportementaux.

Parole, pensée et société

Schéma des fonctions du langage selon Roman Jakobson, illustrant le rôle de la parole dans l'échange d'informations entre un émetteur et un récepteur.

La parole permet de transmettre des connaissances, de raconter des expériences et de partager des représentations du monde. Elle joue un rôle important dans les relations sociales, l'apprentissage et la transmission culturelle.

Les langues et les usages linguistiques varient selon les communautés et les contextes. Le choix des mots peut notamment exprimer une appartenance sociale ou culturelle et influencer la manière dont un message est reçu.

La parole peut également servir à défendre une opinion, à contester une décision ou à participer à un débat public. Son rôle dépend du contexte de communication, des interlocuteurs et des conventions sociales.

Parole et éducation

Dans le domaine éducatif, la parole contribue à la transmission des connaissances, à l'explication des règles et à la construction des relations entre enseignants et élèves.

Le philosophe de l'éducation Eirick Prairat étudie notamment la dimension relationnelle et éthique de la parole professorale. Dans un article publié en 2020 dans la revue Recherches en éducation, il examine le rôle du langage dans la relation pédagogique et souligne l'importance du tact dans la manière de s'adresser à autrui.

La parole joue également un rôle dans les situations disciplinaires. L'explication d'une règle et la présentation des raisons d'une décision peuvent permettre de distinguer une sanction éducative d'une réaction fondée uniquement sur la vengeance. Cette dimension est notamment abordée par Prairat dans ses travaux sur la sanction éducative.

Parole et neurosciences

Localisation de l'aire de Broca et de l'aire de Wernicke, deux zones du cerveau impliquées dans la production et la compréhension du langage.

La production et la compréhension du langage mobilisent plusieurs régions cérébrales ainsi que les connexions qui les relient.

L'aire de Broca et l'aire de Wernicke occupent une place importante dans l'histoire des recherches sur le langage. Les travaux classiques ont associé certaines régions cérébrales à la production et à la compréhension linguistiques.

Les recherches contemporaines montrent cependant que le fonctionnement du langage ne peut pas être réduit à deux régions isolées. Les processus linguistiques reposent sur des réseaux cérébraux distribués, dont les différentes composantes interagissent entre elles et avec d'autres systèmes cognitifs.

La production de la parole comprend notamment la préparation des énoncés, la sélection des mots, l'organisation des sons et la coordination des mouvements articulatoires. La compréhension nécessite également le traitement des informations linguistiques et leur interprétation en fonction du contexte.

Les troubles de la parole et du langage, notamment certaines formes d'aphasie, constituent un domaine de recherche permettant d'étudier les relations entre les fonctions linguistiques et le fonctionnement cérébral.

Dans la tradition chrétienne

Dans la tradition chrétienne, la parole possède également une signification théologique particulière.

Dans le prologue de l'Évangile selon Jean, le terme grec λόγος (logos), généralement traduit par « Verbe » dans certaines traductions françaises, occupe une place centrale. Le texte présente le Verbe comme étant auprès de Dieu et identifie le Verbe à Dieu (Jean 1:1).

Dans la théologie chrétienne, ce passage est traditionnellement interprété en relation avec la personne de Jésus-Christ. La parole divine joue également un rôle important dans le récit de la Création du livre de la Genèse, où Dieu crée par sa parole (Genèse 1:3).

Ces conceptions relèvent de la tradition religieuse et de l'interprétation théologique des textes bibliques. Elles constituent un sens particulier de la notion de parole, distinct de son étude linguistique et scientifique.

Parole intérieure

La parole intérieure, également appelée langage intérieur ou endophasie, désigne les formes de langage produites mentalement sans être nécessairement prononcées à voix haute.

Elle peut prendre la forme d'un monologue intérieur, d'un dialogue imaginé ou de formulations verbales plus fragmentaires. Son expérience varie selon les individus et les situations.

Les recherches contemporaines étudient la parole intérieure comme un processus linguistique susceptible de contribuer à différentes fonctions cognitives. Elles portent notamment sur ses liens avec la réflexion, la planification et la régulation des comportements.

La parole intérieure constitue ainsi un domaine de recherche qui contribue à l'étude des relations entre langage, pensée et cognition.

Notes et références

  1. ↑ (en) Louis-Jean Boë, « Which way to the dawn of speech? Reanalyzing half a century of debates and data in light of speech science », Science Advances, vol. 5, no 12,‎ (DOI 10.1126/sciadv.aaw3916)
  2. ↑ Laure Cailloce, « Depuis quand parlons-nous ? », CNRS Le Journal,‎ (lire en ligne)
  3. ↑ (en) W. Tecumseh Fitch, Bart de Boer, Neil Mathur et Asif A. Ghazanfar, « Monkey vocal tracts are speech-ready », Science Advances, vol. 2, no 12,‎ (DOI 10.1126/sciadv.1600723)
  4. ↑ (en) Philip Lieberman, « Comment on "Monkey vocal tracts are speech-ready" », Science Advances, vol. 3, no 7,‎ (DOI 10.1126/sciadv.1700442)
  5. ↑ Eirick Prairat, « Le tact au cœur de la parole professorale », Recherches en éducation, no 39,‎ (lire en ligne)
  6. ↑ (en) Peter Hagoort, « Nodes and networks in the neural architecture for language: Broca's region and beyond », Current Opinion in Neurobiology, vol. 28,‎ , p. 136-141 (DOI 10.1016/j.conb.2014.07.013)
  7. ↑ (en) Ben Alderson-Day et Charles Fernyhough, « Inner Speech: Development, Cognitive Functions, Phenomenology, and Neurobiology », Psychological Bulletin, vol. 141, no 5,‎ , p. 931-965 (DOI 10.1037/bul0000021)

Bibliographie

Articles scientifiques