Pierre Mertens

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Pierre Mertens
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Pierre Mertens, né le à Berchem-Sainte-Agathe (Brabant) et mort le à Watermael-Boitsfort (Bruxelles), est un écrivain belge de langue française, professeur d’université, avocat, poète et critique littéraire au quotidien Le Soir.

En 1989, il est élu membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et nommé chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres de la République française.

Il est en outre docteur en droit, spécialiste du droit international, directeur du Centre de sociologie de la littérature à l'université libre de Bruxelles.

En 2009, il reçoit le prix Prince-Pierre-de-Monaco pour l'ensemble de son œuvre.

Biographie

Né de père résistant et de mère juive, il a vécu la Seconde Guerre mondiale comme « enfant caché », révélation qu'il a faite lors de son 70e anniversaire, le , dans un entretien au journal Le Soir.

À 11 ans, Pierre Mertens écrit déjà de petites pièces pour les fêtes scolaires. Avec le problème algérien, il s'éveille à la « conscience politique ». Tandis qu'il étudie à l'Athénée d'Etterbeek, il entreprend une autobiographie en plusieurs tomes. Il se forme à l'Université libre de Bruxelles pour y étudier le droit.

Influencé par Franz Kafka, Mertens commence à publier romans et nouvelles en 1969 et reçoit le prix Médicis en 1987 pour Les Éblouissements. Il poursuit néanmoins ses activités de juriste, attentif aux combats pour les Droits de l'homme. En 1989, il entre à l'Académie royale de langue et littérature de Belgique. Il est également nommé Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres de la République française.

Art d'écrire

Reconnu et engagé, Pierre Mertens amoureux des littératures, notamment allemande et française, a réfléchi sur la fonction sociale de l'écrivain. Pour lui, vie privée, fiction et Histoire paraissent indissociables. C'est ainsi qu'il accorde une place centrale à la mémoire : le romancier trouve la matière de son œuvre dans un passé personnel et historique. Lui-même est particulièrement marqué par les activités de ses parents (un père journaliste et mélomane, une mère biologiste et pianiste), par l'occupation allemande, l'exécution des Rosenberg ou encore la tragédie des mineurs du Bois du Cazier à Marcinelle en 1956. Plus tard, l'observateur du droit international dénoncera le génocide au Biafra, la torture en Irlande et les prisons de Pinochet.

Dans ses romans, on retrouve, d'une part, l'influence de la musique par les leitmotivs qui les traversent (la figure du tigre, par exemple). Ses références musicales sont solidement ancrées dans les œuvres de Schubert, Alban Berg,, Bartók, Scarlatti, Part, Bach, entre beaucoup d'autres. La musique s'imprègne dans ses oeuvres de façon indissociable: dans Lettres clandestines, Mertens se glisse dans la voix d'Alban Berg mourant pour explorer, de l'intérieur, les tensions secrètes — entre Hélène et Martha, entre Schoenberg et lui-même — qui habitaient le compositeur jusqu'à ses derniers jours viennois. Il est aussi l'auteur d'un livret d'opéra, La Passion de Gilles (1982) mis en musique par Philippe Boesmans. Les Bons Offices (1974) référencent amplement Mozart. D'autre part, ses voyages et sa formation universitaire lui permettent une ouverture à un univers plus large que son pays. Dans Les Bons offices (1974) et Terre d'asile (1978), par exemple, l'histoire belge est présentée sous le regard d'un étranger et prend un sens nouveau. Mertens voit d'ailleurs dans son pays une synthèse fascinante des problèmes européens.

Sur fond d'Histoire, les personnages de Mertens se reconstruisent après une cassure, une rupture, une tragédie. L'écriture fait entendre ce déchirement par la structure et le style : monologues délirants avec ellipses temporelles pour dire les contradictions de l'individu dans le monde.

Le message de Mertens est cependant positif : le doute est fécond, il ne doit jamais être source de résignation et il faut préférer l'homme de terrain aux cyniques. Quant à la littérature, son rôle est primordial dans la lutte contre l'obscurantisme :

« Je m'en remets à la culture pour nous sauver. Le droit à la littérature est un droit de l'homme. »

— P. Mertens

Pierre Mertens déclencha la controverse et le battage médiatique dans son pays avec son livre Une paix royale, publié en 1995. Le livre raconte une histoire romancée, mélangeant fiction et réalité : un narrateur plus que quadragénaire se souvient de sa jeunesse et ses amours, du lieu de rencontre avec sa compagne actuelle et des activités de sa mère, de sa grand-mère dans sa roulotte et du premier vélo qu'il reçut d'elle pour son anniversaire. Il ne peut oublier la perte de ce cher premier vélo car le cycliste adolescent qu'il était fut bel et bien renversé par une grosse voiture de course conduite par deux membres éminents de la famille royale de Belgique. Une passion jubilante d'enquêteur le mène vers l'approfondissement de ces multiples thèmes encombrant trop légèrement sa mémoire. Il en vient à refaire à roue libre l'Histoire ou à retrouver d'autres histoires, en passant du cyclisme belge à la couronne belge à laquelle le lie cette rencontre fortuite. La princesse Lilian Baels et le prince Alexandre de Belgique, que l'auteur avait rencontrés au domaine royal d'Argenteuil, lui intentèrent un procès très médiatisé pour imposture. Mertens fut jugé et contraint de retirer quelques pages des éditions suivantes de son livre. Il reçut également le prix Jean-Monnet de littérature européenne du département de la Charente pour cet ouvrage.

Engagements


Comme l'évoquait Agnès Triebel, directrice du Comité international Buchenwald-Dora, toute la carrière de Mertens — aussi bien en tant que juriste qu'en tant qu'écrivain — s'est ancrée dans la mémoire des victimes des barbaries nazies.

"Les camps ne sont pas morts, ils font encore terriblement partie de notre monde." - P. Mertens

Pendant une grande partie de sa vie, il s'engage dans le combat contre l'antisémitisme,. Agnès Triebel rappelle également que ses engagements politiques sont intimement liés a la littérature:

Semprun, Levi, Antelme, Kertesz, d’une écriture à l’autre, nous livrent leur héritage, dont  Pierre Mertens, en sa qualité d’écrivain et de juriste, est un relais fort, doublement attaché à la justice de la mémoire. Nous saluons son combat contre le négationnisme, pour que justice soit rendue aux doubles victimes de la haine : celles des nazis d’alors et des négationnistes d’aujourd’hui.

Pour Jean-Pierre Orban, Pierre Mertens fut une figure importante de la vie culturelle belge d'après la Seconde Guerre mondiale. Il participe ainsi à d'importants débats politiques belges notamment autour de la belgitude.

Bibliographie

Romans


Nouvelles

Essais

Théâtre

Opéra

Cinéma

Sources

Notes et références

  1. ↑ @la-redaction-237, « L’écrivain belge Pierre Mertens est décédé ce dimanche à l’âge de 85 ans », sur RTBF, RTBF Actus, (consulté le ).
  2. 1 2 Cécile Mazin, « Le prix Prince-Pierre-de-Monaco 2009 à Pierre Mertens : Pour une œuvre, entière, tout entière... », sur actualitte.com via Internet Archive, (consulté le ).
  3. ↑ « Pierre Mertens | Objectif plumes », sur objectifplumes.be (consulté le )
  4. ↑ Musiq3, « Axelle Thiry rend un très bel hommage à l’écrivain belge Pierre Mertens, décédé à l’âge de 85 ans - RTBF Actus », sur RTBF (consulté le )
  5. ↑ « LE SUICIDE INAVOUE D'ALBAN BERG LA REVANCHE D'UN ART POETIQUE COMPOSITE », sur Le Soir, (consulté le )
  6. ↑ « Les derniers jours d'Alban Berg », Le Soir,‎ (lire en ligne Accès payant)
  7. ↑ Axelle Thiry, « Il y a un an, disparaissait l’écrivain belge Pierre Mertens, juriste engagé et grand mélomane - RTBF Actus », sur RTBF (consulté le )
  8. ↑ Axelle Thiry, « Rencontre avec Pierre Mertens », (consulté le )
  9. ↑ « Les derniers jours d'Alban Berg » Accès payant, (consulté le )
  10. ↑ « Site officiel du Prix Jean Monnet des littératures européennes », sur litteratures-europeennes.com via Wikiwix, www.actunet.com.
  11. ↑ Agnès Triebel, « Agnès Triebel: Accueil », dans Pierre Mertens ou La quatre-vingtaine, Chatelineau, Le Taillis Pré, (ISBN 978-2-87450-178-4)
  12. ↑ Pierre Mertens, Écrire après Auschwitz?, Tournai, La Renaissance du Livre, (ISBN 2-8046-0783-6)
  13. 1 2 Daniel Delas, « Jean-Pierre Orban, Pierre Mertens. Le siècle pour mémoire. Biographie, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, coll. « Traverses », 2018, 543 p. », Continents manuscrits [En ligne], Comptes-rendus de parutions, mis en ligne le 01 février 2019, consulté le 24 décembre 2020. URL : http://journals.openedition.org/coma/3290 ; DOI : https://doi.org/10.4000/coma.3290
  14. ↑ Jean-Pierre Stroobants, « La déportation des juifs de Belgique au coeur d'un procès opposant le dirigeant flamand De Wever à un écrivain » Accès payant, sur LeMonde.fr, (consulté le )
  15. ↑ Agnès Triebel, « D’un écrivain européen à l’autre L’hommage de Pierre Mertens à Jorge Semprun », Le Serment, no 338,‎ , p. 9 (lire en ligne [PDF])
  16. ↑ Annuaire du film belge 1980/81 — Jaarboek van de Belgische film 1980/81 (Bruxelles, Cinémathèque royale de Belgique, 1981), Le court en dit long 1990-1991 (Bruxelles, Direction de l'Audiovisuel du Ministère de la Culture et des Affaires sociales, 1991), p. 127.

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes