Pierre Staner

Pierre Staner, de son nom complet Pierre-Joseph Staner, né à Rochefort le 28 mai 1901 et mort à Woluwe-Saint-Lambert le 24 septembre 1984, est un botaniste, mycologue, professeur d'université et haut fonctionnaire belge. Spécialiste de la phytopathologie tropicale, il mène une partie importante de sa carrière scientifique au Congo belge, où il étudie les champignons et les maladies des plantes cultivées. Il occupe ensuite plusieurs fonctions dans les institutions botaniques belges, dans l'administration coloniale et au ministère belge des Affaires étrangères. Après sa retraite administrative, il s'engage dans plusieurs organisations consacrées à la protection de la nature,,.

Biographie

Formation et débuts scientifiques

Pierre-Joseph Staner est le fils de Pierre Staner et de Julie Sovet. Il est le troisième fils et le quatrième enfant de la famille. Son père, originaire du Grand-Duché de Luxembourg, est établi comme boucher à Rochefort depuis environ vingt-quatre ans au moment de sa naissance.

Après ses études secondaires au collège de Bellevue, à Dinant, il entreprend des études de sciences botaniques à l'Université catholique de Louvain (UCL). Il se distingue également dans la vie étudiante, notamment comme président de l'Amicale namuroise des étudiants et vice-président de la Fédération wallonne des étudiants. Le 23 juillet 1925, il obtient un doctorat en sciences botaniques pour un travail consacré à la méiose chez Listera ovata, une orchidée, sous la direction du chanoine Victor Grégoire.

Il effectue ensuite un stage d'un an à l'Institut agronomique de l'État, à Gembloux, sous la direction du professeur Raymond Mayné. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, il poursuit également sa formation scientifique à Wageningue, Paris, Berlin, Londres et Bonn,.

Recherches au Congo belge

En 1926, Staner part au Congo belge pour trois ans en qualité de mycologue du gouvernement. Il travaille dans le domaine de la phytopathologie, c'est-à-dire l'étude des maladies des plantes, et contribue au développement de cette discipline dans les régions tropicales. Il réalise des inspections phytopathologiques, étudie les champignons parasites et participe à la lutte contre les maladies affectant les plantes cultivées. Il travaille notamment au laboratoire du Jardin botanique d'Eala,.

Entre 1928 et 1930, il publie dix-neuf notes consacrées à la phytopathologie congolaise. Ses recherches portent sur les maladies des cultures et sur les champignons responsables de certaines d'entre elles. Il poursuit cet intérêt au cours de sa carrière, notamment dans ses travaux relatifs aux maladies des plantes cultivées au Congo belge.

En 1929, à son retour en Belgique, il est nommé maître de conférences à l'Université catholique de Louvain, où il est chargé d'enseigner la phytopathologie tropicale. Il retourne au Congo en 1930 afin d'y organiser la recherche botanique,.

Carrière scientifique et universitaire

En 1932, Staner devient chef de la section botanique du Musée du Congo belge, à Tervuren. En 1934, cette section est transférée au Jardin botanique de l'État, à Bruxelles. Il y travaille d'abord comme assistant, puis comme conservateur de 1936 à la fin de 1939.

Ses recherches portent notamment sur la flore d'Afrique centrale, les plantes à fleurs du Congo belge et les plantes utiles. Entre 1930 et 1934, il publie de nombreux travaux de floristique, dont plusieurs études consacrées aux plantes cultivées, à leurs usages et à leurs maladies. Il s'intéresse notamment aux plantes à fruits comestibles, aux plantes médicinales et aux plantes tinctoriales. Il contribue également à des travaux de synthèse sur la flore du Congo belge et du Ruanda-Urundi.

Ses travaux botaniques comprennent des études sur différentes familles et différents genres de plantes d'Afrique centrale. Il publie notamment des recherches consacrées aux plantes du genre Eriosema, en collaboration avec A. De Craene.

Staner poursuit parallèlement sa carrière universitaire à l'UCL. Après sa nomination comme maître de conférences en 1929, il devient chargé de cours en 1941, professeur extraordinaire en 1950, puis professeur ordinaire en 1962. Il accède à l'éméritat en 1970.

Il enseigne notamment la phytopathologie, l'entomologie tropicale, la sylviculture, la botanique générale, la chasse et la pêche, la cynégétique des régions tropicales et l'anatomie générale. Il donne des cours dans les deux sections linguistiques de l'université à partir de 1934. Il enseigne également à l'Institut supérieur de commerce de Mons entre 1942 et 1946,.

En 1942, l'Académie royale des sciences de Belgique lui décerne le prix Émile Laurent pour ses travaux de floristique en Afrique centrale. Il devient également secrétaire du comité exécutif chargé de la flore du Congo belge et du Ruanda-Urundi.

Carrière administrative

À partir de 1939, Staner mène parallèlement une carrière dans l'administration coloniale belge. Il exerce successivement les fonctions de directeur puis d'inspecteur royal des Colonies jusqu'en 1960. À ce titre, il participe à la gestion de l'économie générale du Congo belge, notamment dans les domaines agricoles et économiques,.

Il assume des responsabilités dans plusieurs organismes scientifiques et économiques liés au Congo belge. Il participe notamment aux activités de l'Institut national pour l'étude agronomique du Congo belge (INEAC) et à des travaux consacrés à l'agriculture, aux sols et aux ressources naturelles. En 1948, il organise et préside une conférence africaine des sols à Goma, dans le Kivu.

Staner prend également part à la création de la Société des pêches maritimes du Congo, dont il est administrateur bénévole. Un chalutier de cette société porte son nom.

En 1955, il intervient dans les discussions consacrées au commerce du café et propose la création d'une association interafricaine des producteurs de café. Il participe ensuite aux négociations internationales relatives à ce produit et contribue à l'élaboration de l'Accord international du café au début des années 1960.

Diplomatie et missions internationales

Après l'indépendance du Congo en 1960, Staner poursuit sa carrière dans l'administration belge. Il rejoint le ministère des Affaires étrangères, où il exerce les fonctions de directeur général de 1962 à 1966.

Il participe à de nombreux voyages d'études à l'étranger, notamment pour le compte de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), de l'Organisation internationale du café et de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD). Ces missions portent notamment sur les questions agricoles, économiques et sur l'organisation de la recherche dans les pays en développement,.

Staner collabore également à des expéditions scientifiques organisées en Amérique du Sud par le roi Léopold III. En 1962, il accompagne notamment le souverain lors d'un voyage en Amérique latine, avec des étapes au Chili, en Argentine, au Brésil, à Trinidad et à Tobago.

Au début de 1963, il préside une délégation de professeurs d'universités belges à la conférence des Nations unies consacrée à l'application de la science et de la technique au bénéfice des régions peu développées, tenue à Genève. En 1964, il participe à Rome, à l'invitation de la FAO, à une réunion d'experts sur l'organisation et l'administration du développement agricole, de la recherche et de la vulgarisation agronomique dans les pays en développement.

Il effectue également des missions d'étude en Amérique centrale et dans plusieurs pays d'Afrique et d'Asie. Il poursuit certaines activités de coopération internationale après sa retraite administrative en 1966,.

Protection de la nature

Après sa retraite de l'administration en 1966, Staner consacre une part importante de ses activités à la protection de la nature et de l'environnement. Son engagement s'inscrit dans la continuité de ses intérêts scientifiques pour les plantes, les écosystèmes et les ressources naturelles.

Il devient président de l'association Ardenne et Gaume, consacrée à la protection du patrimoine naturel, en 1967. Il participe également aux travaux de la Commission royale des Monuments et des Sites, dont il devient membre en 1968, puis vice-président de la section des sites en 1970. Il contribue aux activités de plusieurs organismes belges consacrés à la conservation de la nature.

À partir de 1970, il exerce des responsabilités au sein du Fonds Léopold III pour l'exploration et la conservation de la nature dans le monde, dont il est l'un des fondateurs. Il en devient vice-président et administrateur délégué. De 1972 à 1975, il est l'un des trois coprésidents de l'Entente nationale pour la protection de la nature,.

Il participe à l'organisation de rencontres et de journées consacrées à la protection de la nature, notamment la Journée nationale pour la protection de la nature organisée à Dinant en 1972. Il s'intéresse aussi à la protection des sites et à l'aménagement des cours d'eau en Wallonie.

Sous sa présidence, l'association Ardenne et Gaume crée dix-neuf nouvelles réserves naturelles et agrandit deux réserves existantes, selon la notice biographique publiée après son décès.

Activités scientifiques et associatives

Staner participe à de nombreuses sociétés savantes et organisations scientifiques belges et internationales. Il devient membre associé de l'Institut royal colonial belge en 1949, puis membre titulaire en 1957. Cette institution devient par la suite l'Académie royale des sciences d'outre-mer.

Il y exerce plusieurs responsabilités : vice-directeur de la Classe des sciences naturelles et médicales en 1961, directeur de cette classe en 1962, puis secrétaire perpétuel à partir de 1970. Il contribue également aux travaux d'organismes de coopération technique et scientifique en Afrique, ainsi qu'à ceux de comités consacrés à la recherche agronomique et à la botanique.

Il préside notamment le Centre de documentation économique et sociale africaine en 1964 et l'Association pour les études et les recherches de zoologie appliquée et de phytopathologie en 1965.

En dehors de ses activités professionnelles, Staner reste attaché à Rochefort. Il préside l'Amicale des Rochefortois de Bruxelles et participe à des initiatives de soutien à sa ville natale après les destructions de la bataille des Ardennes. Il devient également administrateur du Cercle culturel et historique de Rochefort.

Publications scientifiques

Les publications de Staner portent principalement sur la phytopathologie tropicale, la floristique d'Afrique centrale, les plantes cultivées et les plantes utiles, ainsi que sur la botanique systématique. Ses premiers travaux concernent les maladies des plantes au Congo belge. Ses recherches ultérieures comprennent de nombreuses études descriptives sur les plantes à fleurs et sur les usages de différentes espèces végétales.

Il publie notamment des études sur les plantes congolaises à fruits comestibles, les plantes médicinales et les plantes tinctoriales. Il contribue également à des travaux sur la flore du Congo belge et du Ruanda-Urundi et rédige des instructions sur la préparation des herbiers en Afrique équatoriale.

Une liste bibliographique préparée par J.-M. Dumont et publiée en 1985 recense 192 publications de Staner. André Lawalrée précise toutefois que cette liste est incomplète. Staner rédige également plusieurs notices biographiques, ainsi qu'un hommage au roi Léopold III, publiés dans la série de la Biographie belge d'Outre-Mer.

Fin de vie

En 1983, Staner fait don de sa bibliothèque à l'Université catholique de Louvain. Celle-ci comprend des ouvrages scientifiques ainsi que des notes, des lettres et divers documents. Les papiers personnels sont confiés aux Archives de l'UCLouvain ; ils documentent principalement sa carrière scientifique et administrative, mais ne couvrent pas sa carrière professorale.

Pierre Staner meurt à Woluwe-Saint-Lambert le 24 septembre 1984, à l'âge de 83 ans. Plusieurs hommages lui sont consacrés après son décès dans des publications scientifiques et naturalistes belges,.

Distinctions

Archives

Archives de l'Université catholique de Louvain

Les Archives de l'Université catholique de Louvain conservent le fonds Pierre Staner, coté BE A4006 FI 018. Ce fonds couvre la période 1928-1979 et comprend 33 articles. Il a été constitué à la suite du don de sa bibliothèque à l'UCL en 1983. Les documents conservés concernent principalement sa carrière scientifique et administrative, notamment ses activités en faveur de l'environnement, le Fonds Léopold III, la Commission royale des Monuments et des Sites et l'aménagement des cours d'eau en Wallonie. Le fonds ne contient pas de documents relatifs à sa carrière professorale.

Archives de l'AfricaMuseum

Un autre fonds Pierre Staner est conservé aux archives du Musée royal de l'Afrique centrale, à Tervuren, sous la cote HA.01.0213. Il rassemble notamment des relevés de missions auprès d'organisations coloniales et internationales, de la correspondance, des notes et des rapports relatifs à des comités, conférences, commissions et institutions scientifiques. Les documents concernent notamment l'Académie royale des sciences d'outre-mer, le comité exécutif de la flore du Congo belge, l'INEAC et différentes missions à l'étranger. La majeure partie des documents date de 1927 à 1973,.

Notes et références

  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 « Staner, Pierre », sur Archives de l'UCLouvain (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 « Staner, Pierre », sur Archives de l'AfricaMuseum (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 André Lawalrée, « Staner (Pierre-Joseph) », Biographie belge d'Outre-Mer, vol. IX,‎ , p. 350-354 (lire en ligne)
  4. ↑ « Staner, Pierre Joseph », sur Biodiversity Heritage Library (consulté le )
  5. 1 2 3 « Archives de Pierre Staner, fonds FI 018 », sur Archives de l'UCLouvain (consulté le )

Bibliographie

Liens externes