
Le placenta est un organe temporaire qui relie l'embryon (puis le fœtus) à la paroi utérine de la mère pendant la gestation. Pour la majeure partie du développement intra-utérin du fœtus, le placenta apporte l'eau, les nutriments et le dioxygène dont il a besoin. Il évacue aussi le dioxyde de carbone et les déchets métaboliques tels que l'urée, excrétés par l'embryon. Il produit et sécrète des hormones qui maintiennent la grossesse et « manipulent » la physiologie maternelle au profit du fœtus.
Dans la classification du vivant traditionnelle, le placenta définit les mammifères placentaires, dont l'être humain fait partie. En réalité, il s'agit d'un organe commun aux thériens, bien que plus rudimentaire chez les métathériens (dont les marsupiaux), ces derniers naissant au stade larvaire et poursuivant la majeure partie de leur développement hors de l'utérus maternel, tandis que les euthériens se développent principalement à l'intérieur de l'utérus grâce à un placenta plus élaboré. On trouve aussi une sorte de placenta chez quelques espèces de reptiles et lézards vivipares.
Placenta signifie « gâteau » en latin, ce mot venant lui-même du grec ancien πλακόεντα, πλακούντα / plakóenta, plakoúnta, accusatif de πλακόεις, πλακούς / plakóeis, plakoús, « plat, en forme de plaque », probablement en référence à sa forme aplatie chez la femme.

Le placenta est un organe dont l'origine est à la fois fœtale et maternelle. En effet, il provient de la fusion partielle d'un tissu maternel de l'endomètre, qu'on appelle la caduque basale, et d'un tissu fœtal issu du trophoblaste (donc de la multiplication cellulaire du blastocyste), dénommé chorion (chorion frondosum). On qualifie parfois le placenta d'annexe embryonnaire ou faisant partie des membranes extraembryonnaires.
C'est un organe éphémère qui se développe dès la nidation du blastocyste dans l'utérus[réf. souhaitée], et qui persiste pour toute la durée de la gestation (9 mois chez l'humain). À l'accouchement, il est naturellement expulsé hors de l'utérus : on parle de « délivrance du placenta ».
Le processus de création du placenta aurait commencé il y a environ 150 millions d’années, lorsque l’ancêtre des mammifères, qui pondait encore des œufs, a été infecté par un virus. Le matériel génétique de cet agent infectieux s’est alors inséré dans le génome de l’hôte. Ce virus, un rétrovirus, possède la capacité d'intégrer la séquence génétique de l'hôte afin de se reproduire ou d'exprimer une nouvelle protéine. Certaines modifications sont mortelles, telles celles apportées par le virus du VIH, d'autres sont silencieuses. Une des séquences virales ainsi piratées a permis la fabrication de protéines indispensables à la formation du placenta,,. Si la séquence modifiée s'intègre dans les cellules reproductives (ovule ou spermatozoïde) et qu'elle est viable, elle peut passer à la descendance.
L'analyse de la séquence d'ADN de mammifères a mis en évidence la présence d'au moins deux séquences d'origine virale. En effet, une étude publiée en 2000, a permis de révéler l'importance d'un gène d'origine rétrovirale, le gène de la syncytine, pour la placentation chez l'humain. Les séquences, codantes pour des protéines syncytines, sont utiles aux virus pour infecter la surface des cellules avec lesquelles ils fusionnent. Cette fabrication de syncytine a pu avoir pour conséquence de fusionner un grand nombre de cellules entre elles, formant la base du placenta.
Un second mécanisme viral est probablement intervenu en parallèle, permettant au fœtus de ne pas être reconnu comme un corps étranger durant la grossesse.
Différentes analyses ont permis de mettre en évidence différentes séquences virales dans les génomes, introduites dans les organismes des mammifères de −150 Ma (millions d'années) à −50 Ma, voire −20 Ma chez les rongeurs, laissant supposer des remplacements échelonnés dans le temps selon les espèces.

Le placenta, chez les mammifères, est un tissu fœtal, constitué par des annexes extraembryonnaires, interfacé avec la muqueuse utérine de la mère.
La formation et croissance du placenta accompagnent toute l'embryogenèse. Elle commence par une prolifération cellulaire au niveau du trophoblaste.
Ce trophoblaste se différencie ensuite en un cytotrophoblaste cellulaire (7e jour chez la femme), avec apparition périphérique d'un syncytiotrophoblaste. Ce dernier a des capacités protéolytiques lui permettant d'attaquer l'épithélium maternel (tissu conjonctif mais aussi la paroi endothéliale des vaisseaux sanguins dont une partie du flux sera détournée au profit du fœtus). Cette phase dite de « nidation » dans l'endomètre dure 12 à 14 jours chez l'humain.
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Chez la plupart des primates et d'autres groupes comme les rongeurs, le placenta est « hémochorial » : les villosités placentaires fœtales pénètrent jusque dans les vaisseaux sanguins maternels et sont directement en contact avec le sang.
Chez la plupart des carnivores, le placenta est « endothéliochorial » : les villosités placentaires traversent l'épithélium de l'endomètre et arrivent jusque dans l'endothélium sous-jacent mais ne pénètrent pas dans les vaisseaux sanguins maternels.
Chez les ruminants, les chevaux, les baleines et les lémuriens, le placenta est « épithéliochorial » : les villosités placentaires viennent simplement au contact de l’épithélium de l'endomètre.



Le placenta des humains est organisé en cotylédons ou unités fonctionnelles du placenta situés sur la face utérine de ce dernier. Ils ne sont donc pas physiologiquement en contact avec la poche des eaux. Ils sont généralement individualisés et forment sur la face externe une galette bien identifiable. Ces cotylédons sont fragiles, et sont souvent lésés au moment de la délivrance du placenta. On trouve occasionnellement des cotylédons aberrants, qui peuvent faire craindre à l'accouchement des saignements importants en raison de leur position et de leur forme atypique. La surface des villosités est de l’ordre de 14 m2.
La plupart des jumeaux des primates, dizygotes ou monozygotes, naissent de manière bichoriale, c'est-à-dire avec chacun leur placenta. Mais ces derniers peuvent être séparés ou au contraire fusionnés par l'une de leurs faces latérales (les deux cavités amniotiques restant séparées par une cloison formée par l'accolement de deux structures membranaires).
Tous les jumeaux dizygotes et 30 % des jumeaux monozygotes se développent dans un système biamniotique, 80 % des jumeaux bichoriaux sont dizygotes et 20 % sont monozygotes. Rarement, deux jumeaux partagent le même placenta (la grossesse est alors dite monochoriale ; Elle est monochoriale biamniotique si chaque jumeau a sa propre cavité amniotique). La grossesse gémellaire monochoriale monoamniotique est la plus rare (moins de 1 % des cas de grossesse multiple).
Un placenta commun à plusieurs embryons implique qu'ils proviennent tous du même œuf lors de la formation du trophoblaste ; de tels embryons sont donc monozygotes. Dans ce dernier cas, si les jumeaux se sont formés trop tardivement, ils constituent des jumeaux conjoints (dits siamois).
Les placentas de grossesses gémellaires monochoriales présentent toujours des anastomoses entre les voies de circulation sanguine des deux jumeaux, source de complications (dont le syndrome transfuseur-transfusé).
Le placenta grandit considérablement au fur et à mesure de la gestation. Au début des années 1960, Snoeck a évalué comme suit sa croissance :
| Jour (de gestation) | Surface du placenta (en m2) |
|---|---|
| 100 | 1,5 |
| 120 | 2,5 |
| 170 | 4,7 |
| 190 | 4,9 |
| 220 | 7,3 |
| 240 | 14 |
| 270 | 15 |
Bien plus qu'un simple organe protecteur, via le cordon ombilical et avec le liquide amniotique, le placenta assure plusieurs fonctions essentielles pour le développement fœtal. Ces fonctions évoluent au fil du temps en réponse à l'évolution du fœtus.
C'est via le placenta que l'eau, les sucres, acides aminés, peptides et minéraux sont apportés à l'embryon (les protéines sont par contre trop grosses pour passer la barrière placentaire ; la diffusion de l'eau permise par une différence de pression osmolaire, l'embryon extrait du sang de sa mère jusqu'à 3,5 litres par jour à 35 semaines). Les nutriments sont transférés sous le contrôle d'hormones (dont la GH (Growth Hormone) et TSH (Thyroid Stimulating Hormone) qui présentent une concentration 2 à 3 fois plus élevée chez le fœtus que chez la mère). Lipides et triglycérides franchissent la barrière, sont décomposés dans le placenta qui synthétise selon ses besoins et ceux de l'embryon de nouvelles molécules lipidiques. Le cholestérol traverse la barrière placentaire ainsi que ses dérivés (dont les hormones stéroïdes). Pour les vitamines, seules celles qui sont hydrosolubles traversent facilement la membrane placentaire, à la différence des vitamines A, D, E, K (liposolubles), qui sont peu présentes dans le sang fœtal.
Le placenta joue un rôle de « poumon fœtal ». Il est 15 fois moins efficace (à poids tissulaire équivalent) que le poumon d'un adulte, mais ne nécessite pas la même consommation d'énergie (pas de cycle musculaire inspiration/expiration comparable) et l'embryon n'a pas à brûler de calories pour maintenir sa température ; de plus, l'hémoglobine fœtale (Hbf) diffère légèrement de l'hémoglobine adulte par une plus grande affinité pour l'oxygène (due à la présence de deux sous-unités γ au lieu des deux sous-unités β de l'hémoglobine adulte).
Le métabolisme embryonnaire produit des déchets (urée, acide urique, créatinine, dioxyde de carbone, acide carbonique…). Ils sont exportés — via le sang de la mère — et pris en charge par les poumons, foie, reins, globules blancs, etc. de l'organisme maternel.
Le placenta produit des hormones, dont la progestérone qui contrôle en la réduisant la contractilité de l'utérus. Il reçoit les hormones produites par le fœtus ou l'embryon et celles de la mère. Durant la grossesse normale, le placenta humain commence à sécréter ses propres hormones de croissance dès la 10e semaine de grossesse et atteint 1 à 3 g/jour en fin de grossesse.
Parmi les hormones placentaires existent :
Ces hormones diminuent aussi la sensibilité tissulaire de la mère à l'insuline (jusqu'à 80 % de diminution), ce qui permet à son organisme de faire circuler plus de sucre, ce qui est nécessaire à l'embryon, mais aussi à la préparation de la lactation[réf. souhaitée]. Ceci est l'effet d'antagonistes spécifiques de l'insuline (principalement l'hPL). La grossesse mime ainsi certains effets du diabète.
La fonction immunitaire se joue à l'interface des systèmes immunitaires mère et enfant : le placenta forme en quelque sorte à la fois une barrière immunologique et un filtre biochimique vis-à-vis de l'extérieur. Il laisse passer les anticorps de la mère vers le fœtus, ce qui lui permet d'acquérir des défenses immunitaires avant que son propre système immunitaire se développe.
Le placenta crée une sorte de no man's land immunitaire où l'organisme de la mère tolère le corps immunologiquement semi-étranger qu'est le fœtus. En particulier, via la sécrétion de plusieurs facteurs, le placenta bloque les effets des cellules cytotoxiques maternelles. En outre, dans le contexte de la grossesse, plusieurs hormones stéroïdes placentaires (dont la progestérone) sont immunodépresseurs pour les lymphocytes de la mère. Ce rôle immunosuppressif semble médié par la protéine PIBF (Progesterone Induced Blocking factor)[réf. nécessaire].
Par ailleurs, il y a absence d'antigènes HLA classique, présence d'un HLA particulier peu polymorphe, le HLA-G, mais aussi présence sur le syncytiotrophoblaste de Fas-ligant, ou encore déplétion
locale en tryptophane (un acide aminé), qui font que les macrophages tueurs (cellules NK, pour l'anglais : Natural Killer) n'attaquent pas les cellules embryonnaires et du placenta. Les NK sont en effet dotées d'un système de reconnaissance du marqueur HLA-G qui inhibe leur action cytolytique. Grâce à cela, quel que soit le groupe HLA paternel, le fœtus et le placenta sont épargnés par l'arsenal immunitaire de la mère. Toute défaillance de ces mécanismes se traduit par un avortement dit « immunitaire » correspondant à un rejet d'allogreffe.
Le placenta sert d'intermédiaire d'échange entre la mère et le fœtus. À l'image d'autres barrières biologique comme la barrière hémato-encéphalique (au niveau du cerveau) ou la barrière alvéolo-capillaire (au niveau des poumons), le placenta assure des échanges sélectifs tout en maintenant une séparation physique entre la circulation sanguine maternelle et fœtale.
Le placenta produit des hormones qui préparent l'organisme de la mère à l'accouchement et à la lactation[réf. souhaitée].
La barrière placentaire protège l'embryon puis le fœtus d'une grande partie des toxines et pathogènes (bactéries, virus) auxquels la mère est exposée. Par exemple, Mycobacterium tuberculosis (bacille de Koch, agent de la tuberculose) ne passe pratiquement pas la barrière placentaire[réf. souhaitée].
Cette barrière ne peut cependant être totalement étanche puisque c'est au travers du placenta que se font les échanges de substances entre mère et embryon. En fonction de leur poids moléculaire et de leur plus ou moins grande solubilité dans le sang, certaines substances toxiques (alcool, drogue, métaux lourds ou métalloïdes tels que le plomb, ou l'arsenic, médicaments, toxines microbiennes, virus, parasites) peuvent traverser la barrière et causer une tératogénie ou des malformations chez l'embryon (retard de développement, retard mental, anomalies de formation des organes).
Des métaux toxiques présents sous forme ionique, des nanoparticules et même des suies ont été retrouvées récemment dans le placenta (pour les suies, on ignore encore si elles peuvent atteindre directement le fœtus, dans ce cas sur 5 placentas de femmes non fumeuses dont la grossesse s'est bien déroulée, tous en contenaient dans certaines cellules immunitaires placentaires).
Chez l'humain, en cas de grossesse extra-utérine pathologique, le placenta se développe ailleurs, presque toujours dans la trompe de Fallope[réf. souhaitée]. D'autres complications et pathologies reliées au placenta comprennent :
Emplacements ectopiques du placenta :
Défaut de placentation :
Maladies du trophoblaste :
Autres :
Dans Bulles (Sphères 1), le philosophe allemand Peter Sloterdijk consacre un chapitre à l'accompagnateur originel (Requiem pour un organe rejeté) (placenta et nombril).

Le placenta de diverses espèces a été ou est encore utilisé comme médicament ou remède puerpéral, dans la médecine occidentale et asiatique, avec des avantages (apport en oligo-éléments, hormones) et de possibles risques (pathogènes, potentiellement), encore discutés.
Chez les humains, le placenta a fait l’objet de diverses pratiques, associées à des rituels, légendes, mythes et croyances conférant à cette « annexe de l'embryon et du fœtus » une importante charge symbolique, associée à l'enfant avec lequel il a grandi dans l'utérus et au principe de fécondité :
Puis progressivement, dans la période post-industrielle, alors qu'on accouche de plus en plus en clinique ou à l’hôpital de devenir du placenta n’est plus entre les mains des communautés qui aidaient la femme à accoucher au domicile (femmes de la famille ou proche, sages-femmes) mais plutôt entre celles du corps médical, qui cherche généralement à le cacher à la mère, aux parents et aux proches dès son expulsion. Ces derniers ignorent alors généralement ce qu'il devient ensuite. Autrefois, et jusqu'aux années 1960 environ, toute la population rurale voyait couramment les femelles de mammifères domestiques mettre bas, et manger le placenta (dit arrière-faix), la placentophagie étant un phénomène qui semble universel chez les mammifères euthériens, y compris chez les primates non humains. Michèle Gersant, sage-femme qui s'est intéressée aux aspects historiques et anthropologique du placenta, rappelle en 2020 que « les ruraux confortés au XIXe siècle par les recommandations des vétérinaires s’opposent à cette pratique en soustrayant le placenta dès son expulsion, convaincus du risque subséquent de voir la femelle dévorer ses petits (Gélis, 1984). De la même façon redoute-t-on dans notre espèce cette attitude de la femme mangeant son placenta, considéré comme le double symbolique de l’enfant qu’elle vient de mettre au monde. Dès lors, en effet, le risque existe du glissement (fantasmatique ?) vers la mère dévorant ses petits ».
Dans le monde contemporain, de plus en plus urbain et cloisonné, un nombre croissant de femmes ou de couples n'ont jamais vu de placenta avant leur accouchement. Les reportages télévisuels, pédagogiques, l'éducation sexuelle et les ouvrages sur la reproduction et les médias en général ne montrent généralement pas le placenta. « En le faisant disparaître rapidement, en le soustrayant à la vue, cherchons-nous à dénier ces pratiques faisant douter de notre humanité ? Les différentes appellations du placenta évoquent bien cette notion d’ingestion » s'interroge Michèle Gersant, qui, citant Gélis (1984), note qu'il été dénommé « tourteau », « tarte », « galette », (…) « gâteau placentaire », mots à connotation alimentaire.
Une étude récente (2018), large (appuyée sur 23 242 dossiers médicaux anonymisés), a porté sur les femmes américaines ayant pratiqué un « accouchement communautaire » (accouchement hors d'une clinique/hôpital, à domicile ou parfois dans une maison de naissance, avec l’aide d’une sage-femme ou d’un autre professionnel de santé qualifié) : 30 % d'entre elles ont consommé leur placenta. 85,3 % de ces dernières ont décidé de le manger sous forme encapsulée (en gélule de placenta cru et déshydraté dans 48,4 % des cas).
Les auteurs de l'étude rappellent qu'il n'y a pas de preuves « appuyant cette stratégie », et notent que :
On a attribué au placenta des vertus fertilisantes (ibid.). L’opothérapie placentaire pratiquée depuis l’Antiquité s'éteint en occident au xVIIIe siècle, où le placenta devient un objet répugnant dont il faut rapidement se débarrasser. Certains théologiens des religions du livre se sont longtemps demandé quelle a été « l’attitude d’Adam et Ève face au placenta de Caïn ? », un sujet qui a divisé religieux et accoucheurs jusqu’à l’aube du XIXe siècle, qui selon « redécouvre les vertus immunitaires et galactogènes du placenta »
Vers le milieu du XXe siècle, le placenta est tantôt perçu comme une ressource, commercialisable (« Il était aussi parfois utilisé tel quel, lors des soins apportés aux personnes gravement brûlées et à celles qui souffraient d’escarres, afin de faciliter le bourgeonnement de la peau et sa cicatrisation car il est constitué de cellules épithéliales. Congelé, il était vendu à des laboratoires et entrait dans la composition de produits cosmétiques ou de produits pharmaceutiques. Par le biais des farines animales, il a même été introduit dans la chaîne alimentaire », par exemple pour plusieurs centaines de kilogrammes de placenta humain provenant d'hôpitaux de Zurich, avant le scandale du prion et d'autres crises sanitaires aient fait interdire cette pratique), ou comme déchet biologique, éventuellement à risque (cf. maladies émergentes telles que l’hépatite B et C, ou le Sida). Il peut donc être envoyé au crématorium ou vendu à des laboratoires pharmaceutiques. Dans les deux cas, l’autorisation de la patiente n’est pas demandée, cette dernière n’ayant aucun droit sur le placenta. Il faudra attendre la loi du pour que le statut du placenta change et ne soit plus considéré comme un déchet. De nos jours, il devient de plus en plus important dans la recherche identitaire. Il est souvent consommé par les mères ou alors donné en comprimés aux nouveau-nés pour renforcer leur défense immunitaire.
Son statut juridique est encore flou et varie selon les pays ; en tant qu'organe et « pièce anatomique d’origine humaine », c'est-à-dire partie du corps (en réalité partie de l'embryon et du fœtus), il est parfois considéré comme propriété des parents, ou plutôt de la mère. Au Canada, une circulaire semble élargir le droit de propriété conféré à la mère par la Cour supérieure à tout « parent », ce qui peut être compliqué quand il y a par exemple recours à une fécondation artificielle et/ou à une mère porteuses, en cas d'homoparentalité, d'adoption ou familles d’accueil (la notion de « parent » excède celle de « mère » et de « père » ; Cette circulaire ne mentionnait en outre pas la nécessité du consentement de la mère ou de la femme qui expulse le placenta lors de l'accouchement, mais il semble sous-entendu. Le placenta est parfois conservé pour des raisons médicolégales, médicales (source de cellules souches hématopoïétiques) ou scientifique, et quand il est « destiné à l'abandon » ou qu'il est porteurs de pathogènes il a statut de déchet biomédical, et doit alors être incinéré en respectant la règlementation en vigueur dans la juridiction concernée.
Il a également un statut symbolique et éventuellement transitionnelle,, et selon « comme le nouveau-né lui-même, on comprend aisément qu’il puisse être la cible de sentiments ambivalents de la part de la mère qui peut éprouver des difficultés à penser dans le même temps son bébé qu’elle s’apprête à mettre au monde et cet organe qui peut susciter un sentiment d’inquiétante étrangeté. On peut penser qu’il puisse aider la mère à supporter le bébé réel, en projetant sur lui, plutôt que sur le nouveau-né, des réactions de recul, de réticence ou de franche hostilité (…). Il confronte le sujet à la question de sa propre animalité et de sa propre analité. La placentophagie étant la règle dans le monde animal, il est la source d’un interdit puissant qu’il réactive : l’interdit du cannibalisme qui nous fonde humainement (Gélis, 1984) ».

Chez la plupart des espèces de mammifères (y compris herbivores), le placenta est toujours mangé par la mère, ce qui donne à cet organe un deuxième rôle nutritif et hormonal pour celle-ci. Le mâle n'a pas cet instinct, dont les origines sont depuis longtemps discutées.
Un tel comportement, dit « placentophagie » a pu être sélectionné au cours du temps pour plusieurs raisons :
Pour Young et Bernyshek (2010), « l'absence flagrante de traditions culturelles associées à la placentophagie maternelle dans les archives ethnographiques interculturelles soulève des questions intéressantes concernant son omniprésence chez presque tous les autres mammifères, et les raisons de son absence (ou de son extrême rareté) dans les cultures humaines préhistoriques/historiques et contemporaines ».
Si les observations chez les autres mammifères sont universelles, le phénomène ayant notamment été bien étudié chez des espèces utilisées comme modèle animal, dont espèces de laboratoire qui ne sont plus exposées à des prédateurs mais ont conservé ce comportement, dont la souris, le hamster, le rat, le lapin,, mais aussi chez des ongulés, et divers carnivores domestiqués dont le chien, ou chez les primates non humains dont par ex. le Macaque, la placentophagie et ses témoignages anthropologiques ou historiques semble aujourd'hui étonnamment rare chez les humains, et on ignore ce qu'il en était à la préhistoire :
Une première étude scientifique publiée durant la 1re guerre mondiale (1917) fait état d'une augmentation de la teneur en protéines et en lactose du lait maternel dans les 11 jours suivant l'accouchement chez celles de femmes allaitantes ayant consommé leur placenta (déshydraté).
Dans les années 2010, la placentophagie semble gagner en popularité dans le monde (deux célébrités : Kim Kardashian West et l’actrice January Jones l’ont testé et apprécié notamment contre la dépression post-partum) et il existe des livres de cuisine donnant des conseils pour stocker le placenta et le préparer (en smoothies ou dans un repas) ; le placenta est généralement broyé et déshydraté puis intégré à une pilule vitaminée, alors que les autres animaux le mangent immédiatement après la naissance.
Selon le site Allodocteur En 2017, une étude ayant comparé les effets du placenta (transformé en pilules) à un placébo, n’a pas décelé de changement significatif d’humeur, du niveau d'énergie, du taux hormonal ou de leur relation au nouveau-né (par rapport aux mères ayant reçu un placebo). Dans ce cas Sharon Young avait recruté 27 femmes adultes enceintes en bonne santé (ayant choisi de consommer leur placenta avant de s'inscrire à l'étude) ; elles ont été rencontrées 4 fois entre leur 36e semaine de grossesse et la troisième semaine après l'accouchement, ont fourni des échantillons de salive (pour y mesurer le taux d’hormones) et ont répondu à des questionnaires. Certaines ont pris des pilules contenant leurs propres placentas tous les jours durant 3 semaines, et d’autres un placebo à base de bœuf ou de bœuf végétarien. Les auteurs n’ont pas constaté d’effet global significatif sur la fatigue ni la dépression post-partum. Les facteurs de dépression, l'anxiété et de stress étaient dans les deux cas plutôt la fatigue, un sommeil dégradé, un faible soutien social et familial et une moindre satisfaction conjugale. Les auteurs eux-mêmes reconnaissent toutefois la faiblesse de l’échantillonnage de l'étude (par ailleurs auto-sélectionné), qui pourrait induire des biais. Il n’y avait pas non plus de groupe témoin n’ayant reçu ni placenta, ni placébo, et un éventuel soulagement de la douleur ne faisait pas partie des questions posées, ce qui invite à des études complémentaires.
La culture fait que l'Homme se distingue volontiers de la nature en s'opposant à l'animal. Le tabou est souvent également religieux, et dans certaines cultures liées au sang (que le placenta évoque car il est richement vascularisé). Ainsi le Lévitique, dans la Bible interdisait aux hommes d'Israël d'imiter les païens qui mangent du sang (ou l'offraient aux satyres).
De nombreuses sociétés traditionnelles éloignent le placenta pour l'enterrer ; l'enterrement du placenta est parfois cérémonial, comme chez les maoris.
Voir Human placentophagy (en)