Le Plan Barre annoncé par le Premier ministre Raymond Barre à la fin septembre 1976, après la démission de son prédécésseur Jacques Chirac, est un ensemble de mesures d'austérité appelées politique de « la rigueur » marquant la fin de la relance Chirac menée depuis un an après la sortie du SME de plusieurs monnaies, franc, lire, livre et peseta, lors de la crise monétaire européenne de l'année 1976
Ce plan vise à combattre les hausses simultanées du chômage et de l'inflation liées à la crise économique mondiale du premier choc pétrolier, qui déclenchent l'utilisation d'un nouveau mot, la « stagflation », mais le combat contre l'inflation est considéré comme sa priorité absolue, alors que très les forts écarts d'inflation en Europe après le premier choc pétrolier ont fait émerger et converger de très intenses spéculations sur le marché des changes
Le , Jacques Chirac décide que la France va sortir du serpent monétaire européen, la Banque de France s'étant « épuisée, en vain, à défendre le franc ».
C'est l'un des épisodes importants de la crise monétaire européenne de 1976. La baisse du franc qui en découle renchérit le coût des importations.
La France avait été le seul pays de l’OCDE « opposé aux changes flottants jusqu’à la fin ». Mais en , après une longue négociation secrète avec les Américains, elle décide finalement d’accepter ce « non-système » monétaire international.
Lors du comité intérimaire du FMI de Kingston (Jamaïque) en , « les changes flottants ont été légalisés ». El Europe, les fluctuations sont censées être contenues par le serpent monétaire européen existant depuis 1972 et qui sera remplacé par la création du SME en 1979.
Le "Plan Barre" semble ainsi aux économistes « inséparable » et « intégré » avec la future création du SME, censé pallier les insuffisances du serpent monétaire européen, conçu par Valéry Giscard d’Estaing et créé en à son initiative et à celle d'Helmut Schmidt. Commissaire européen, Raymond Barre avait pris des mesures dès 1969 avec l'espoir de mieux coordonner les politiques dans ce domaine, afin de rétablir de la stabilité, en créant pour y contribuer une unité de compte européenne.
Mais le consensus des experts anticipe, en milieu d'année 1976, une inflation de 13% pour la France, auto-entretenue car la progression des salaires est indexée sur celle des prix.
En Angleterre, où l'inflation a culminé à 28 % dès , restant très élevée, à 24,2 % en , le chef du gouvernement travailliste Harold Wilson démissionne le lendemain, remplacé par James Callaghan qui doit emprunter fin septembre au Fonds monétaire international (FMI) 3,9 milliards de dollars, montant inégalé à l'époque, pour reconstituer des réserves de change nécessaires pour maintenir la valeur de la livre sterling, dont seulement une partie sera utilisée. L'Italie demande elle aussi un prêt important du FMI, qu'elle obtient peu après l'Angleterre.
Le haut fonctionnaire Michel Albert, qui vient d'être nommé commissaire adjoint au Plan, fut le premier à entreprendre une percée vers un changement radical de la politique économique. Dans un projet de note confidentielle datée du adressée à Jacques Chirac, il l’avertit qu’à l’automne prochain, le dérapage inflationniste « le plus grave depuis le début de la Ve République » commencera et qu'il faut lancer « une opération choc de style gaullien […] un plan de rééquilibre analogue au plan Pinay-Rueff », de caractère néolibéral.
En juillet, Jean Ripert, commissaire au Plan, et cinq directeurs aux Finances (Prévision, Budget, Concurrence et des Prix, Trésor et Insee) adressent des notes au ministre Jean-Pierre Fourcade pour réclamer des changements majeurs aux orientations de la politique économique.
Celle du , signée par Jacques de Larosière estime que « la reprise dépendra essentiellement des perspectives que les industriels se feront sur la solidité de la monnaie et sur les chances d’une croissance dans la stabilité » des prix.

Le président de la République Valéry Giscard d'Estaing doit faire face à la démission imprévue du gouvernement de Jacques Chirac, ce dernier claquant la porte, et le décide de nommer Premier ministre, l'économiste Raymond Barre, avec qui il avait des réunions régulières à Bruxelles plusieurs années auparavant.
Il le présente à la presse comme « l'un des meilleurs économistes de France », compliment arrivé déformé par la presse à son bénéficiaire: de l'expression « l'un des meilleurs », elle a gardé « le meilleur ». Il est au même moment nommé ministre de l'Économie et des Finances, soit la première fois que, sous la Ve République, un chef de gouvernement exerce en même temps une autre fonction ministérielle. Mais il ne cumulera les deux fonctions que jusqu'en .
Le nouveau Premier ministre résume les problèmes économiques du pays le par la formule « la France vit au-dessus de ses moyens », et souhaite à la fois se distancier du plan de refroidissement Fourcade de 1974 et de la relance Chirac de .
Parmi les mesures annoncées dans ce « plan Barre » le , qui fera "les gros titres des journaux",,:
Face à la « stagflation », le plan a « choisi sa cible, l'inflation »,, qu'il faut « freiner » pour « retrouver compétitivité, croissance et emploi » car « quand les prix s'élèvent plus rapidement en France qu'ailleurs, les produits français deviennent moins compétitifs ».
En Angleterre, l'inflation a culminé à 28 % dès , restant très élevée, à 24,2 % en . En Italie, la tendance est semblable, et en France, les experts craignent que l'inflation ne grimpe à 13% rapidement, la situation dans ces trois pays poussant les investisseurs et spéculateurs à jouer des avantages comparatifs de la monnaie allemande, portée par une inflation beaucoup plus raisonnable.
Les motivations du Plan Barre comportent ainsi une importante dimension monétaire, même si la sortie du franc du SME en mars 1976 est déjà effectuée.
Dès le début septembre, la préparation de ce plan occupe plusieurs pages presque tous les jours dans le quotidien de centre-gauche Le Monde. Le plan est perçu comme « marquant une discontinuité avec la ligne de conduite précédente de la politique économique » et « le début d’un tournant majeur dans l’histoire de la politique économique française ». Puis le journal y consacre cinq colonnes à la Une le jour de son adoption, même s'il avait déjà obtenu l'essentiel de son contenu les jours précédents.
Les syndicats programment une grande journée d'action le ce qui amène Giscard à tenter de rassurer les Français le à la télévision, mais seulement un sur trois pense que le plan va réussir.
La CFDT dénonce une « opération de sauvetage des intérêts patronaux », la CGT une « régression sociale », et la Fédération de l'éducation nationale (FEN) appelle à une « riposte globale ».
Même la Bourse sombre dans la morosité tandis que Jacques Chirac fonde le RPR en décembre, face à l'impopularité du gouvernement,.
Raymond Barre décide de coordonner un plan de restructuration de la sidérurgie française en 1979, consistant à quasi-nationaliser les usines concernées, dans le but de sauvegarde une industrie sidérurgique en France, qui contribuera plus tard à la naissance du groupe Arcelor, dans le cadre d'une fusion avec des concurrents espagnols et luxembourgeois puis indiens.
En 1979, ce plan de sauvetage implique la suppression de plusieurs dizaines de milliers d'emplois, et de violents mouvements de protestations en découlent, et sa politique est contestée par la gauche, mais aussi par le parti gaulliste, l'obligeant durant ses fonctions à engager dix fois la responsabilité de son gouvernement devant l'Assemblée nationale, ce qui fait que Raymond Barre conservera longtemps une rancœur personnelle contre le RPR de son prédecesseur Jacques Chirac.