Campagne du Coquelicot

Un coquelicot à deux pétales en papier, dit « coquelicot du souvenir » (Remembrance poppy), porté au Royaume-Uni (sauf en Écosse, où il est traditionnellement constitué de quatre pétales) dans les deux semaines précédant le 11 novembre, Jour du Souvenir, ou le Remembrance Sunday, dimanche du Souvenir, deuxième dimanche de novembre, s'il tombe au-delà du 11.

La Campagne du Coquelicot (en anglais : Poppy Appeal) est un appel aux dons lancé chaque année par la Royal British Legion au Royaume-Uni et dans certains pays du Commonwealth, visant à soutenir les familles des soldats morts ou blessés au combat. Dans les pays du Commonwealth, la campagne se traduit par le port d'un coquelicot en papier, moyennant un don pour venir en aide aux vétérans et à leur famille. La pratique est similaire à celle du bleuet de France.

Éléments historiques

Origine de la tradition

Timbre commémoratif de Moina Michael, la Poppy Lady qui inventa la tradition.

Le coquelicot a été associé au XXe siècle, en particulier dans les pays du Commonwealth (Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande…) au souvenir des combattants, et tout spécialement des soldats tombés lors de la Première Guerre mondiale, à l’instar du Bleuet de France.

Cette allégorie du coquelicot découle d'un poème, écrit le par le lieutenant-colonel John McCrae, un médecin du Corps de santé royal canadien qui fut témoin de la terrible seconde bataille d'Ypres. Il s'intitule In Flanders Fields (Au champ d'honneur). En fait, les coquelicots fleurissaient sur le bord des tranchées et sur les tombes des soldats (phénomènes remarqués dès les guerres napoléoniennes), et leur couleur rouge était un symbole approprié pour le bain de sang de la guerre de tranchées. En 1918, Moina Michael, universitaire membre de la YWCA, découvre ce poème et promeut l'usage des coquelicots comme symbole de mémoire. Cette pratique est adoptée par l'American Legion en 1920 lors d'un congrès auquel participe Anna Guérin, membre du YMCA en France, qui propose de vendre, à l'occasion de l'anniversaire de l'Armistice, des coquelicots en tissus faits à la main, afin de recueillir de l'argent pour les orphelins de guerre. En 1921, une délégation de veuves françaises rend visite au maréchal britannique Douglas Haig, fondateur de la Royal British Legion, et le convainc de vendre ces coquelicots pour amasser des fonds pour les anciens combattants blessés et au chômage. Dès 1922, les divers pays qui ont adopté ce symbole entreprennent de fabriquer les coquelicots en papier chez eux. La tradition se poursuit depuis de vendre ces fleurs le jour du Souvenir.

Plusieurs variantes du coquelicot existent. Le coquelicot violet commémore les animaux morts à la guerre, notamment les chevaux. Le coquelicot noir commémore les personnes noires qui ont participé à l'effort de guerre, comme soldats ou comme civils. Le coquelicot blanc est un symbole pacifiste.

Royaume-Uni

Histoire

En 1934 l'organisation Peace Pledge Union (en) vend des coquelicots blancs comme un symbole pacifiste de commémoration des victimes civiles et militaires des guerres. Les coquelicots blancs sont cependant controversés et Jeremy Corbyn a été critiqué pour en porter un.

L'année 1982 voit un record de ventes de coquelicots, en lien avec la guerre des Malouines.

Depuis les années 2000 et les guerres d’Afghanistan et d'Irak, le port du coquelicot est devenu de façon croissante un symbole de patriotisme plutôt que de souvenir.

En , quelques mois après l'invasion de l'Irak par le Royaume-Uni et ses alliés, pour la première fois des coquelicots sont dessinés sur les maillots de football, lors d'un match opposant Leicester City aux Blackburn Rovers. En quelques années, sous la pression de la presse, en particulier du Daily Mail, et des personnalités politiques, la plupart des clubs de football jouent avec un coquelicot lors du match qui précède le dimanche du souvenir.

De nos jours

Abbaye de Westminster. Lest we forget.

Chaque année, des coquelicots en papier, destinés à être portés sur les vêtements, sont proposés aux passants par des bénévoles en échange d'un don. Ces coquelicots sont fabriqués par des personnes handicapées, dans une usine qui se trouve à Richmond dans la banlieue londonienne. Vendus en Angleterre, au pays de Galles et en Irlande du Nord, ces coquelicots ont deux pétales et une feuille. L'Écosse, cependant, possède sa propre usine à Édimbourg, où les coquelicots en papier sont aussi fabriqués par des personnes handicapées ; mais ces coquelicots spéciaux pour le marché écossais ont quatre pétales et pas de feuille.

Les coquelicots sont vendus dès la fin octobre et se portent jusqu'au , jour de l'Armistice, en souvenir de la fin de la Première Guerre mondiale et, implicitement, de la fin des autres guerres. Les coquelicots se portent après le seulement si le « Remembrance Sunday » tombe après cette date. La date à partir de laquelle on doit commencer à porter un coquelicot fait traditionnellement l'objet d'un débat dans la population. Certains recommandent de le porter dès la fin octobre, d'autres du 1er au , et d'autres enfin ne le portent que la semaine qui précède le « Remembrance Sunday », le dimanche de commémoration.

Certains recommandent aux hommes de porter le coquelicot sur le côté gauche de la poitrine et aux femmes de le porter à droite, cette tradition étant calquée sur l'emplacement des broches et des badges. Une grande partie de la population, hommes et femmes, le porte néanmoins sur le côté gauche de la poitrine, soit symboliquement du côté du cœur, là où l'on accroche par ailleurs les médailles et les décorations. Interrogé sur la question, le porte-parole de la Royal British Legion déclare qu'il n'y a pas de mauvais côté pour porter le coquelicot, l'essentiel étant de le porter « fièrement ».

Cet appel aux dons a sans aucun doute plus de succès qu'aucune autre collecte de fonds au Royaume-Uni ; ces coquelicots sont en effet portés par une grande partie de la population. Les hommes et les femmes politiques de tous bords et les personnalités en général, comme les présentateurs de télévision, se présentent fréquemment avec un coquelicot à la boutonnière.

Polémiques

Certaines personnes ne portent pas le coquelicot.

En 2012, le footballeur James McClean reçoit des insultes et des menaces de mort après son refus de porter le coquelicot, en raison des actions de l'armée britannique lors du conflit nord-irlandais.

Le présentateur de Channel 4 Jon Snow fait scandale en 2010 en parlant de « fascisme » du coquelicot. Il explique qu'il le porte dans sa vie privée mais refuse de l'arborer à l'antenne,,.

En 2011, des adolescents postent sur le réseau social Facebook une photo de coquelicots qui brûlent. Ils sont arrêtés par la police et poursuivis pour incitation à la haine.

En 2012, un jeune homme de 19 ans échappe à la condamnation pour le même motif après avoir suivi un programme de justice restaurative consistant à rencontrer des anciens combattants.

Canada

Les coquelicots, 20 millions écoulés en 2024, sont vendus au profit de la Légion royale canadienne. À partir de 2025 le port des coquelicots artisanaux autochtones est autorisé sur les uniformes des forces armées canadiennes, en mémoire des soldats autochtones du Canada.

Notes et références

  1. ↑ La Légion royale canadienne, Honneur & mémoire : La Campagne du Coquelicot, consulté le 4 novembre 2016.
  2. 1 2 Robert Bevan-Jones, Poisonous Plants. A Cultural and Social History, Windgather Press, , p. 121.
  3. ↑ (en) « In Flanders Fields », sur The Great War (consulté le )
  4. ↑ La longue dormance des graines dans le sol peut être levée lorsque la terre est remuée (tombe, tranchées).
  5. 1 2 Benoît Hopquin, « A l’origine du coquelicot et du bleuet comme fleurs symboles du 11 novembre, des femmes dont l’histoire a oublié les noms », sur Le Monde,
  6. ↑ « Le symbole du Coquelicot », Mémorial du Linge, 63e RAAA, Poste ½ fixe 96, (consulté le )
  7. ↑ (en) « What do the different coloured poppies mean? », sur BBC, .
  8. 1 2 3 4 5 (en) Samira Shackle, « Has poppymania gone too far? », sur theguardian.com, .
  9. ↑ (en) « Royal British Legion Poppy Factory - Industrial Heritage - Richmond », sur Visit Richmond (consulté le )
  10. 1 2 3 (en) « Dos and don'ts of poppy etiquette », sur BBC News, (consulté le ).
  11. ↑ (en) « I won't surrender to 'poppy fascism': C4 News host Jon Snow refuses to bow to viewer demand to wear the emblem », sur Daily Mail, (consulté le ).
  12. ↑ (en) Kate Bevan, « Why I won't be wearing a poppy », sur theguardian.com.
  13. ↑ (en) Abbie Llewelyn, « Revealed: Real reason Channel 4's Jon Snow refuses to wear poppy on air », sur express.co.uk, .
  14. ↑ (en) « Youths charged after Coleraine 'poppy burning' », sur bbc.com, .
  15. ↑ (en) Haroon Siddique, « Poppy burning teenager meets forces personnel in lieu of criminal charges », sur theguardian.com, .
  16. ↑ « Le Canada célèbre le jour du Souvenir : les faits saillants », sur Radio Canada (consulté le ).

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes