
La primatie (du latin prima sedes episcoporum, « premier siège des évêques ») est la dignité d'un « primat », évêque qui possède une suprématie, au moins honorifique, sur tous les évêques et archevêques d'une région. Le terme désigne aussi l'étendue du ressort de la juridiction ecclésiastique du primat, et le siège de cette juridiction. L'église cathédrale du primat reçoit le titre d'église « primatiale ».
La primatie, généralement due à l'ancienneté du siège épiscopal, s'exerçait sur d'autres métropolitains ainsi que sur leurs suffragants. En France, jusqu'en 1801, certains primats avaient une officialité primatiale qui jugeait les appels interjetés de l'official métropolitain.
La primatie ne comporte plus, habituellement, aucun pouvoir de gouvernement, en dehors de prérogatives honorifiques.
En France, au XXIe siècle, seul le titre honorifique de primat des Gaules est reconnu par Rome. Les titres de primat de Lorraine (supprimé en 1801) et de primat de Normandie (jamais reconnu par Rome) sont utilisés par les évêques respectifs de Nancy et Rouen sans reconnaissance officielle de Rome. Les autres titres primatiaux sont tombés en désuétude depuis les années 1960-1970.
Dans les Églises d'Orient, le titre de primat est porté par l'évêque (patriarche ou archevêque) qui préside le synode permanent d'une Église autocéphale ou autonome. Le mot primatie est très rarement utilisé ; on parle plutôt de primauté. Les notions de primat et de primauté n'ont pas de rapport avec celle d'exarchat. Il n'y a pas de primat à titre simplement honorifique comme en Occident.
Le titre de primat fut, à partir du IXe siècle, attribué à quelques sièges épiscopaux de l'Occident. Il correspondait à celui d'exarque qui existait en Orient.
Le pape est « primat d'Italie ». Dès le concile d'Arles (314), il est évident que « Rome a une primatie », qui « s’étend à toute l’Italie, y compris la Sardaigne et la Sicile : l’évêque de Rome est l’évêque des évêques d’Italie ». Le ressort métropolitain du pape sur toute l’Italie et ses îles fut réduit au bénéfice de Milan, qui reçut pouvoir d’instituer et ordonner les évêques du « vicariatus Italiæ », plus tard subdivisé par la création des provinces de Ravenne et Aquilée. Si la partie septentrionale de la péninsule reçut entre le IVe et le Ve siècle une organisation métropolitaine stable, les papes restèrent pendant des siècles seuls métropolitains de l'Italie du Sud: « le Siège apostolique remplit pour les provinces suburbicaires le rôle que dans les autres provinces remplit le métropolitain ou primat ». Sur ces régions privées de métropolitain et de concile provincial, le pape exerçait donc « une autorité immédiate quasi monarchique : il ordonne leurs évêques, au besoin il les juge et les dépose : il les surveille : il les admoneste, il les tient dans une sujétion affectueuse, mais étroite ». Il reste de cette antique prépondérance le titre de primat d'Italie, répertorié, comme tous les autres titres pontificaux (patriarche d'Occident...) dans les versions successives de l'Annuaire pontifical en 1850-1851 et depuis 1863, et revendiqué par Pie XI, Paul VI, Jean-Paul II...
Le premier primat est celui de Carthage, qui présidait aux Églises du Nord de l'Afrique. Avec saint Cyprien (248-258) l'Église de Carthage acquit un grand rayonnement, notamment par la tenue fréquente de conciles (251, 252, 254, 255, 256). Une vie conciliaire intense se développa avec la christianisation de l’empire, marquée notamment par saint Aurèle de Carthage(392-430), continua sous la tyrannie vandale (484, 525) et la domination byzantine (535, 646). Souvent un nombre important d’évêques répondirent aux convocations des évêques de Carthage : 87 en 256, 67 en 416, 214 en 418. C’est l’évêque de Carthage « qui de droit présidera toujours le concilium universale d’Afrique ». Le concile de Carthage (397) statua que tous les évêques d’Afrique recevraient de l’Église de Carthage la date pascale (canon 1) et reconnut « comme une coutume établie le privilège de l’évêque de cette ville de nommer des titulaires aux évêchés, de confirmer et sacrer les élus chaque fois que l’église vacante lui en fait la demande » (canon 45). Cette autorité exceptionnelle fut encore proclamée lors du concile de Carthage (), appuyée par l’épiscopat local auprès du pape et confirmée par Grégoire le Grand (591).
Paradoxalement, la primatie des évêques de Carthage, reconnue par tous, ne s'exprima pas d'abord dans les titres de métropolitain, d'archevêque ou de primat. Ce n'est qu'entre 530 et 532 que le pape Agapet Ier confirme les privilèges de l'évêque de Carthage en le qualifiant du titre, nouveau pour lui, de « métropolitain », et il faut attendre Léon IX qui, rappelant les droits de Carthage dans la consécration des évêques et la présidence du concile provincial (), pour voir apparaître les titres de « premier archevêque et […] métropolitain suprême de toute l’Afrique » qui « seul reçoit le pallium de l'Église apostolique, qui seul et à jamais est le métropolitain de toute l'Afrique, le primat incommutable de tous les autres évêques de l'Église d'Afrique ». L'archevêché de Carthage s'éteignit après 1076, et ne fut restauré qu'en 1884: par la bulle Materna Ecclesiæ caritas () Léon XIII décida de « relever le siège archiépiscopal de Carthage », ce siège qui avait « présidé aux débuts de l’Église africaine », avec « une puissance qui primait celle des autres », vraie « tête de l’Afrique », mais sans lui donner le titre de primat d'Afrique. Cependant, les cinq archevêques français de Carthage (1884-1964) portèrent tous le titre primatial, et « pratiquement le Saint-Siège le reconn[ut], car toutes les lettres d'affaires émanant des Cong[régations] romaines et de la Secrétairerie d’État qualifi[èrent] l'archevêque de Carthage de primat d'Afrique », jusqu'à ce que Paul VI, par la bulle Prudens Ecclesiæ (), supprime l'archevêché de Carthage pour le remplacer par la prélature territoriale de Tunis.
La juridiction de l'évêque de Carthage comme primat d'Afrique couvrait le diocèse (civil) d'Afrique qui comprenait les provinces (civiles) de Maurétanie Césarienne, Maurétanie Sitifienne, Numidie, Zeugitane, Byzacène et Tripolitaine. Chacune d'elles fut progressivement érigée en province ecclésiastique, avec à sa tête non un métropolitain mais l'évêque le plus anciennement consacré, qui portait le titre de « primat » (episcopus primae sedis). L'existence d'un primat de la province ecclésiastique est attestée en Numidie (concile de Cirta de 305), en Byzacène (avant 349), en Maurétanie Sitifienne (concile d'Hippone de 393), en Maurétanie Césarienne (probablement avant 349, ou entre 397 et 401), en Tripolitaine (403).
Au Ier concile du Vatican, furent reconnus comme primats, en vertu d'anciennes coutumes, les archevêques suivants : Antivari/Bar (Monténégro), Braga (Portugal), Esztergom (Hongrie), Gniezno (Pologne), Salzbourg (Autriche), Salerne (Italie), Malines (Belgique), São Salvador de Bahia (Brésil), Armagh (Irlande), Tarragone (Espagne), Lyon (France).
Les attributions des primats différaient considérablement selon les régions. C'est en Afrique du Nord qu'elles étaient le plus étendues. Le primat y exerçait un droit de vigilance et de contrôle, comme il ressort des conciles de Carthage en 397 et du concile de Milève, en Numidie en 402. Le primat d'Esztergom possédait également certains droits de juridiction sur les évêchés.
Ailleurs, diverses prérogatives pouvaient être reconnues aux primats : droit de convoquer les conciles nationaux et de les présider, droit de couronner les rois, droit de recevoir les instances d'appel. Mais généralement leurs prérogatives étaient purement honorifiques.
Le droit actuel de l'Église, sauf exceptions dues à la coutume ou en vertu d'un privilège accordé par le Siège apostolique, ne reconnaît que ces prérogatives honorifiques et exclut tout pouvoir de gouvernement des primats.

Les armoiries des primats comportent une rangée de houppes de plus que celles des archevêques.
Comme celles des archevêques, les armes des primats sont timbrées d'une croix à deux traverses, et du chapeau avec plusieurs rangées de houppes (les archevêques en ont quatre, les primats en ont cinq). Si le primat n'est pas cardinal, le chapeau et les houppes restent verts, sinon ils sont rouges. Les armoiries des primats de Lorraine (qui ne sont pas archevêques), ont quatre rangées de houppes, soit une rangée de houppes de plus qu'un évêque.
Tous les signes de noblesse ou de dignités temporelles qui ne sont pas liés à leur siège et toutes les décorations sont interdits, à l'exception des croix des ordres chevaleresques, tels que l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et le Saint-Sépulcre.