Un aliment industriel est un aliment conditionné et transformé par l'industrie agroalimentaire à partir de produits agricoles comme les aliments simples (viande, légumes..) mais aussi d'additifs alimentaires et d'auxiliaires technologiques.
Le terme d'aliment industriel fait référence au transformateur qui en est à l'origine : un industriel. Dans la famille des transformateurs d'aliments, on distingue :
Agroalimentaire est un terme caractérisant l'industrie des produits agricoles conditionnés ou transformés. Selon sa définition les légumes en boites, le pain, le fromage ou la charcuterie sont potentiellement autant des aliments industriels que les pizza surgelées ou les soupes dès lors qu'ils sont produits dans une usine.
Le développement des aliments industriels est étroitement lié à celui des techniques de conservation et du système de distribution des produits alimentaires.
Les technologies de conservation des aliments ont déjà été utilisées par de nombreuses civilisations antiques, notamment les méthodes consistant à saler, fumer, fermenter ou sécher. La révolution industrielle a accéléré le développement de l'industrie alimentaire, à cause d'une demande importante pour des aliments peu chers et stockables en corrélation avec un mode de vie plus urbain et à cause des avancées techniques et scientifiques.
Une des premières technologies développées à cette époque a été l'appertisation initialement développée pour les militaires mais qui est peu a peu introduite dans la vie de tous les jours jusqu'à devenir une commodité. La réfrigération trouve son origine dans le marché de la glace déjà présent depuis longtemps.
Le développement de la réfrigération et de la congélation artificielles après la première guerre mondiale a d'abord eu lieu en industrie mais s'est lentement propagée dans les ménages dans la deuxième moitié de XXe siècle pour devenir une technologie domestique. L'infrastructure de la chaîne du froid et des systèmes de distribution, l'adoption du four à micro-ondes par les consommateurs et les nouvelles technologies agroalimentaires comme la lyophilisation ont finalement créé l'aliment ultratransformé (par exemple les repas surgelés, plats instantanés…) tel qu'il est connu aujourd’hui.
Le développement des technologies alimentaires a été décrit comme étant un élément majeur de l'émancipation des femmes. Ce point de vue est aujourd'hui très critiqué. En effet les mouvements de rationalisation du début du XXe siècle ont été accélérés par les visions tayloristes de l'épouse comme femme au foyer profitant des avancées technologiques pour cuisiner. Notamment le développement de la cuisine de Francfort, initialement développée pour assurer l'émancipation de la femme, a eu l'effet contraire car il assurait la séparation de la femme de la vie quotidienne en l'isolant dans la cuisine. La quantité de travail réalisée par les femmes a aussi augmenté à cause de la disparition des serviteurs au tournant du XXe siècle occasionnée par le travail des femmes de la classe ouvrière dans l'industrie. Elles devaient dès lors s'occuper du foyer. Cette combinaison de développements ainsi que la hausse des attentes en matière d'hygiène imposée par les politiques de santé publique et les publicités ont eu comme effet de créer la femme au foyer moderne.
En France ces produits se sont particulièrement développés depuis les années 1960-1970 avec la diffusion des réfrigérateurs et de l'industrie du surgelé dans les années 1970 ainsi que de la grande distribution depuis 1963.
La consommation est également influencée par les évolutions sociologiques telle que le travail des femmes et la multiplication des ménages (au sens de la comptabilité nationale), notamment en milieu urbain (célibat tardif, divorces, etc.).
La liste des produits alimentaires de l'INSEE comprend les "produits manufacturés" comestible par les humains, par les animaux ainsi que ceux utilisés comme produits de base dans la transformation dévolues à d'autres préparations alimentaires . Cette liste fait apparaître que parmi l'ensemble des aliments existant, presque tous sont fabriqués par l'industrie.
La classification NOVA permet de classer les aliments en quatre groupes selon leur degré de transformation, les aliments du groupe 1 étant les aliments peu ou pas transformés et les aliments du groupe 4 étant les aliments ultratransformés.
Les agriculteurs via les syndicats agricoles critiquent la puissance d'achat des industries agroalimentaires.
Ces critiques portent principalement sur :
L'aliment industriel a provoqué des scandales tel que celui concernant la viande de cheval, ou l'introduction du lygomme ACH Optimum pour constituer la garniture des pizzas, lasagnes, cheeseburgers...
Le secteur agroalimentaire est un acteur économique et social majeur en France, en Europe et dans le monde.
En 2014, les industries agroalimentaires (IAA) françaises employaient 418 332 salariés au sein de 17 647 entreprises. Elles réalisaient un chiffre d'affaires de 171 milliards d'euros.
La qualité des aliments industriels - aliments manufacturés issus de l’industrie agroalimentaire (IAA) - est évaluée diversement par les consommateurs.
Plusieurs études réalisées dans les pays industrialisés ont montré l’importance de la sémantique dans la manière dont les consommateurs évaluent la qualité des produits alimentaires, en Europe et aux États-Unis,,.
Selon ces études, le mot "naturel" évoque, dans l'esprit du consommateur, des valeurs intrinsèquement positives telles que la nature, la pureté et la santé,, alors que le mot "industriel" est généralement associé à des valeurs négatives. Les consommateurs continuent à préférer les aliments naturels aux aliments industriels même lorsqu’il leur est démontré que ces deux aliments sont chimiquement identiques.
Une étude réalisée en Suisse, en 2011, indique que les produits agroalimentaires sont perçus comme de moins bonne qualité et moins sains, en raison :
Selon d’autres études, les consommateurs jugent également les produits manufacturés de moins bonne qualité et moins sains que les produits naturels en raison :
Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), l’alimentation industrielle, combinée à un manque d’exercice physique, serait pour responsable du nombre croissant de cas d’obésité dans le monde. Une maladie qui touchait 500 millions d'adultes et 42 millions d'enfants de moins de cinq ans dans le monde en 2014. Une maladie qui, toujours selon l’OMS, constitue un facteur de risque majeur pour certaines maladies comme les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers.
L'alimentation industrielle est aussi perçue comme moins respectueuse de l'environnement que l'alimentation naturelle dont les produits sont issus directement de la terre, sans transformation par l'industrie agroalimentaire.
Souvent confondue avec l'alimentation biologique (qui est notamment garantie sans pesticides et sans additifs chimiques), l'alimentation naturelle (c'est-à-dire non manufacturée) n'est pourtant pas garantie sans pesticides et herbicides, autant de substances chimiques qui polluent les sols et les eaux,.
Si l'usage de produits chimiques dans les produits du quotidien, et en particulier dans l'alimentation (additifs, pesticides, antibiotiques), suscite l'inquiétude de tous les consommateurs, les études indiquent que les femmes sont plus inquiètes et se sentent plus concernées par leurs effets sur la santé que les hommes. Elles ont aussi une préférence plus marquée pour l'alimentation naturelle ou biologique que les hommes. Les femmes sont également moins sensibles à l'influence de la dose d'un produit chimique (dose-response) sur la santé.
Les études indiquent qu'il n'existe pas de corrélation entre la perception des risques liés à l'alimentation industrielle et les comportements alimentaires des consommateurs.
Les consommateurs peuvent exprimer une crainte par rapport aux aliments industriels et continuer à consommer ce type d'aliments, ce qui peut expliquer que les produits issus de l’industrie agroalimentaire représentaient en 2010 plus de 80 % des dépenses alimentaires des ménages français.
Selon une étude de l’International Food Information Council (IFIC) menée en 2016, les choix alimentaires des Américains sont d’abord influencés par le goût (84 %) et le prix (71 %). La santé n’arrive qu’en troisième position (64 %).
Les aliments fonctionnels ou alicaments sont des produits alimentaires dans lesquels ont été introduits des éléments considérés comme particulièrement bénéfiques pour la santé.
Une étude réalisée en Uruguay en 2009 a déterminé que les consommateurs sont plus enclins à consommer certains aliments fonctionnels si ceux-ci comportent sur leur emballage une phrase vantant leur effet bénéfique sur la santé. Les femmes et les personnes âgées sont les groupes les plus sensibles à cet effet. L’utilisation sur l’emballage du nom scientifique (e.g. polydextrose) d’un ingrédient plutôt que son nom commun (e.g. fibres) diminue en revanche fortement la tendance à vouloir consommer l’aliment.
Le concept d'aliment naturel est parfois amalgamé avec celui d'aliment biologique. Les consommateurs perçoivent les aliments naturels comme intrinsèquement meilleurs que les aliments non-naturels.
Une étude réalisée en Suisse alémanique en 2010 a montré que les consommateurs qui ne se rendent pas compte de l'influence de la dose sur l'effet d'un produit chimique (dose-response insensitivity en anglais dans le texte) percevaient des risques plus élevés associés aux contaminations dans la nourriture mais des risques identiques pour les additifs. Ceci suggère que les consommateurs pensent pouvoir contrôler les risques liés aux additifs mais pas ceux liés aux contaminations. Les risques perçus étaient plus grands chez les femmes que chez les hommes.