Qero

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Un q'ero péruvien précolombien au Musée Roemer et Pelizaeus.

Le Qero est un type de vase d'or, d'argent ou de bois contenant les offrandes votives offertes lors de cérémonies rituelles, ou servant pour les libations, dans le Pérou ancien.

Ils s'utilisent par paire, chaque qero représentant l'un des deux mondes connus, celui d'en-haut et celui d'en-bas. À l'époque inca, ils servaient également d'élément d'échange entre familles.

Ils sont fabriqués en grand nombre en Bolivie et dans le sud du Pérou, aux époques inca et coloniale (essentiellement du XVe au XVIIIe siècle) par des artisans appelés querocamayocs (c'est-à-dire « charpentiers »).

Origines et diffusion

Bien qu'associé en priorité à la civilisation inca (XVe-XVIe siècle), le qero trouve son origine dans la culture Tiwanaku (VIe-IXe siècle), dans l'actuelle Bolivie. Des vases de ce type se retrouvent également dans d'autres sociétés andines, notamment Wari (VIIIe-Xe siècle), Sicán (Xe-XIe siècle), Chancay (XIIe-XIVe siècle) et Chimú (XIVe-XVIe siècle), sur le territoire de l'actuel Pérou.

Matériaux et hiérarchie sociale

Le terme quechua keru désignait à l'origine un « gobelet de bois », matériau le plus répandu pour ce type de vase. Il en existe également des exemplaires en or ou en argent (appelés alors plus précisément aquillas), ainsi qu'en pierre ou en céramique. Le matériau n'était pas neutre dans la société andine : les vases en or, associés à la lumière du soleil, étaient réservés au souverain inca, tandis que les vases en argent, reflétant la lumière lunaire, avaient une haute valeur dans la société andienne. Les vases en bois ou en pierre pouvaient aussi rehausser le statut social de leur propriétaire selon le degré de raffinement de leur décoration, tandis que les vases simples ou non décorés étaient utilisés par la population commune dans leur vie quotidienne ou lors de petites cérémonies.

Production : les querocamayocs

La fabrication des qero était assurée par des artisans spécialisés, les querocamayocs (ou kerukamayoq), qui bénéficiaient d'une position exceptionnelle dans la société andaine, notamment l'exemption de travaux agricoles. Même après la conquête espagnole, la production des qero est restée réservée à ces artisans indigènes. À l'époque inca, la fabrication des qero était contrôlée par l'État et fortement standardisée, montrant une uniformité de taille et de décor.

Usage rituel et politique

Le qero n'était pas un simple récipient à boire, mais un vase cérémoniel utilisé lors de rituels et de cérémonies politiques destinés à établir et renforcer les relations religieuses, sociales et politiques. Lors de cérémonies publiques, le Sapa Inca échangeait des paires de qero identiques remplies de chicha (bière de maïs) avec le Soleil, son « père », dans un toast divin. Le pouvoir symbolique des qero s'étendait également au domaine politique : l'échange de qero avait lieu entre le Sapa Inca et des futurs alliés, communément les dirigeants provinciaux, pour formaliser un accord. Pour consolider la relation entre les communautés locales et l'État inca, des toasts étaient échangés lors de cérémonies officielles et des paires de qero, souvent accompagnées de textiles fins, étaient offertes aux chefs provinciaux en signe de la générosité inca.

Les qero étaient traditionnellement fabriqués en paires assorties en raison de la nature réciproque de leur utilisation lors des célébrations. Dans certains cas, une personne fournissait les deux vases tandis que l'autre apportait la chicha. Cette pratique s'est perpétuée après l'invasion espagnole du XVIe siècle, en raison de l'importance religieuse persistante de ces vases pour les cultures indigènes.

L'historien de l'art Thomas Cummins a souligné l'importance politique du qero à travers une relecture de la rencontre de 1532 à Cajamarca entre Francisco Pizarro et l'empereur inca Atahualpa. Tandis que les récits habituels de cet événement mettent l'accent sur le rejet d'un livre sacré par Atahualpa, un récit transmis par l'héritier inca Titu Cusi situe au cœur de la scène politique l'échange de qero, le rejet du livre par Atahualpa ayant suivi le refus des Espagnols d'accepter un des deux qero remplis de chicha que l'empereur leur proposait selon la coutume rituelle inca.

Iconographie

À l'époque préhispanique, le décor des qero se limitait le plus souvent à des motifs géométriques monochromes gravés (rectangles, losanges, triangles, lignes), avec de rares figures abstraites comme des lamas. Sur les exemplaires incas, ces motifs incisés forment des registres horizontaux, généralement au nombre de deux à quatre, le registre supérieur représentant parfois des visages de face traités dans un style linéaire et géométrique caractéristique de l'esthétique inca.

Après l'arrivée des Espagnols, le décor évolue vers des scènes figuratives peintes représentant des personnages reconnaissables : couples royaux incas, scènes de la vie quotidienne andine, ou même des rituels coloniaux introduits comme le marquage du bétail. Certains de ces motifs comportaient une signification symbolique réservée aux initiés, dont les querocamayocs. Selon Thomas Cummins, cette bascule vers un répertoire figuratif s'opère principalement à partir des années 1570, dans des ateliers de production tenus par des artisans indigènes installés dans des villes espagnoles et dirigés par des artisans indigènes.

Répression à l'époque coloniale

Les Espagnols ont d'abord toléré l'usage des qero. Selon l'historienne de l'art Peggy Goede Montalván, les autorités coloniales en vinrent par la suite à se méfier de ces objets, s'interrogeant sur la possibilité qu'ils véhiculent, à travers leur iconographie, des messages liés à l'identité inca susceptibles d'alimenter une contestation du pouvoir colonial. Le vice-roi Francisco de Toledo, dans le cadre de réformes menées entre les années 1570 et 1580 pour asseoir le pouvoir espagnol, a mené des campagnes de destruction visant de nombreux qero, aux côtés d'autres objets incas tels que les unkus (tuniques) ou des figurines religieuses en métaux précieux, fondues en lingots. Les qero en or et en argent ont ainsi en grande partie disparu, tandis que les exemplaires en bois ont mieux survécu, en partie parce qu'ils étaient prisés dans la société coloniale comme objets de curiosité, cadeaux ou marchandises d'échange.

Thomas Cummins propose une explication complémentaire à cette survie sélective : à mesure que les qero en bois basculaient dans le registre de l'objet esthétique - assimilables à des objets d'art ou à des souvenirs de l'exotisme andin, comparables à l'art touristique - ils auraient échappé aux campagnes d'extirpation visant les pratiques jugées idolâtres. Devenus objets de collection prisés tant par les caciques (seigneurs indigènes, qui y voyaient un marqueur de distinction sociale dans le monde colonial) que par des Espagnols eux-mêmes, les qero circulaient alors comme de véritables marchandises. Cummins en veut pour preuve la découverte de qero et d'aquillas dans l'épave du galion espagnol Nuestra Señora de Atocha, naufragé en 1622.

Conservation et collections muséales

Des qero sont conservés dans de nombreuses collections publiques et privées à travers le monde, notamment au Brooklyn Museum, au British Museum, au Metropolitan Museum of Art et au Musée Roemer et Pelizaeus. En raison des destructions historiques et de la détérioration naturelle du bois, les exemplaires conservés à des fins scientifiques sont relativement peu nombreux, et certains continuent aujourd'hui de faire l'objet d'un commerce sur le marché des antiquités.

Bibliographie

Notes et références

  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Peggy Goede Montalván, « Keru Vessel », sur Smarthistory, (consulté le )
  2. 1 2 3 (en) « Kero », sur The Metropolitan Museum of Art (consulté le )
  3. 1 2 (en) « Qero », sur Virginia Museum of Fine Arts (consulté le )
  4. 1 2 3 (en) Thomas A. Abercrombie, « Thomas B. F. Cummins. Toasts with the Inca: Andean Abstraction and Colonial Images on Quero Vessels », The American Historical Review, vol. 109, no 5,‎ , p. 1614-1615 (DOI 10.1086/ahr/109.5.1614)

Liens externes

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