Relexification et resyntactification

La relexification et la resyntactification sont deux modèles explicatifs distincts du changement linguistique accéléré qui, partant d'un état donné d'une langue, amène la formation de nouvelles variétés linguistiques :

Le type de changement dépend du contexte social dans lequel s’élabore la nouvelle variété. Le remodelage de la syntaxe d’une variété linguistique est liée à l’élaboration d’une koinè véhiculaire universellement accessible à une population nouvellement constituée d’origines linguistiques diverses. Le processus d’élaboration d’une variété relexifiée, par contre, n’exige aucun changement de langue de la part des locuteurs mais résulte, au contraire, de pratiques sociales fermées caractéristiques de l’édification d’une identité collective séparée.

On qualifie les produits de la resyntactification de « créoles » quand ceux-ci deviennent une langue maternelle pour certains locuteurs, et de « pidgins » quand ce n’est pas le cas. Dans le cas de la relexification, on parle de « jouals » lorsque le nouveau lexique a été élaboré sur le modèle d’une autre langue, étrangère à la communauté, et d’« argots » lorsqu'il résulte d’une transformation interne à la langue considérée.

Toute langue étant essentiellement du vocabulaire coulé dans une syntaxe, relexification et resyntactification, de par leur modus operandi, sont mutuellement exclusifs. Il découle de leur incompatibilité qu’un créole ou un pidgin n’est pas un joual ou un argot et qu’un joual ne peut pas être un créole. Cependant, les véritables cas de relexification ont été peu documentés de sorte que le phénomène reste mal exploré. La récupération récente de cette notion par la créologie peut aboutir à reclasser certains créoles comme non créoles sans que les créologues ne s'en aperçoivent réellement.

"relexification et resyntactification, de par leur modus operandi, sont mutuellement exclusifs" il me semble que cette affirmation est fautive : dans le cas de l'italien contemporain, on peut observer les deux phénomènes à l'œuvre en même temps : création et acceptation de néologismes (par ex : opportunità) ainsi que prise en charge de structures lexicales venues de l'anglais pour s'exprimer en italien ; actuellement chez les locutrices.teurs italien.ne.s se mêlent et cohabitent l'emploi de structures lexicales italiennes traditionnelles avec celui de structures lexicales importées de l'anglais dans lesquelles elles et ils s'expriment avec un vocabulaire italien. Hypothèse d'explication : ces entrées massives adviennent probablement par le vecteur que constitue la fréquentation assidue de séries d'origine américaine et sont le symptôme d'une langue qui se "défend moins bien" (que d'autres) face au soft (pas si soft que ça, en fait) power d'une langue hégémonique.

Bibliographie

Voir aussi