
Rhampsinit (Ῥαμψίνιτος) est un roi légendaire d’Égypte antique, dont la vie est évoquée notamment dans ses Histoires d'Hérodote.
L'historien grec Hérodote le nomme dans ses Histoires, le présentant comme un successeur de Protée (en). Selon l'historien, il fit faire le vestibule du temple d'Héphaïstos qui est à l’ouest ; il fit aussi élever vis-à-vis de ce vestibule deux statues de vingt-cinq coudées de haut : l’une au nord, appelée Été ; l’autre au sud, Hiver. Ils adorent la première et lui font des offrandes, alors qu'ils traitent l'autre d’une manière tout opposée.
Il aurait possédé plus de richesses que tous les rois égyptiens après lui. Pour les conserver, il aurait fait construire dans son palais un édifice en pierre, dont un mur donnait sur l'extérieur. L'architecte aurait secrètement arrangé une des pierres de manière qu'elle puisse être déplacée, pour permettre l'accès à l'intérieur. À sa mort, il confia le secret à ses deux fils, qui puisèrent allègrement dans les trésors du roi. Mais un jour, celui-ci entra voir son trésor et fut étonné de voir que les vases qui devaient le contenir étaient grandement diminués. Or, les sceaux étant entier et tout était bien fermé, il ne sut qui accuser. Pire : au cours de ses trois visites suivantes, il constata que sa richesse continuait à diminuer, les visites clandestines se poursuivant. Il eut alors l'idée d'installer des pièges autour des vases ; lors du pillage suivant, un des voleurs resta coincé dans l'un d'eux. Ne pouvant s'en sortir, il demanda à son frère de le décapiter et d'emporter sa tête afin que leur identité ne soit pas découverte.
Découvrant le corps sans vie ni tête, le roi eut une nouvelle idée : il le fit pendre sur la muraille, protégé par des gardes qui aurait pour ordre d'arrêter quiconque manifesterait son émotion devant ce cadavre. Indignée, la mère des voleurs demanda à son fils survivant de s'arranger pour le dérober et lui donner une sépulture, faute de quoi elle raconterait toute la vérité au pharaon. Le jeune homme mit au point une ruse : chargeant sur des ânes des outres à vin, il les fit passer près des gardes et fit mine de renverser accidentellement sa marchandise. Se lamentant, il attira l'attention des hommes qui se précipitèrent afin de recueillir pour eux la boisson coulant à flot. Faisant semblant de s'énerver sur eux, ils tentèrent de le consoler ; il les remercia en leur offrant une outre pleine. Ils l'encouragèrent à rester boire avec eux et il leur donna plus de vin, afin de vraiment les enivrer. Tard dans la nuit, il profita de l'indisponibilité des gardes pour leur soustraire le corps de son frère et leur raser la joue par dérision.
En colère, Rhampsinit prostitua sa propre fille dans un lieu de débauche, lui ordonnant de recevoir tout le monde, mais de n'offrir ses faveurs à ses clients que s'ils lui avouaient ce qu’ils avaient fait dans leur vie de plus subtil et de plus méchant. Si elle rencontrait quelqu'un se vantant d'avoir enlevé le corps du voleur, elle devait l'arrêter et l'empêcher de s'échapper. Le voleur, ayant eu vent de ce stratagème, voulut malgré tout montrer qu'il était plus habile que le roi. Coupant près de l'épaule le bras d'un homme récemment mort, il le mis dans son manteau et alla rencontrer la princesse à qui il raconta ses précédents stratagèmes. Alertée, elle voulut l'arrêter dans le noir en attrapant sa main, mais elle ne pris que celle du mort que le voleur lâcha pour s'enfuir.
Lorsque le pharaon apprit cela, il fut impressionné par la ruse et la hardiesse du jeune homme et fit savoir dans toutes les villes sur lesquelles il régner qu'il serait près à le gracier et le récompenser généreusement. Se fiant à sa parole, le voleur se présenta à lui. Rhampsinit l'admira tellement qu'il lui donna sa fille en mariage, « le regardant comme le plus habile de tous les hommes, parce qu’il en savait plus que tous les Égyptiens, qui sont eux-mêmes plus ingénieux que tous les autres peuples ».
D'après les mêmes prêtres qui racontèrent cette histoire à Hérodote, Rhampsinit descendit vivant aux Enfers, où il joua aux dés avec Déméter, qui, de retour sur la terre, lui fit don d'une serviette d'or. Ces prêtres lui expliquèrent que les Égyptiens ont institué une fête qui durait autant de temps que ce séjour chez les morts et elle perdurait encore lors de la visite de l'historien en Égypte, mais il « ne puis assurer s’ils l’ont établie pour ce sujet ou pour quelque autre ». Pendant cette fête, un des prêtres enfile un manteau en tissu fait le jour même de la cérémonie, et, lui couvrant les yeux d’un bandeau, ses collègues le mettent dans le chemin qui conduit au temple de la déesse, avant se retirer. Ensuite, deux loups conduisaient le prêtre jusqu'au temple, qui est éloigné de la ville de vingt stades, et qu’ensuite ils le ramenaient au même endroit où ils l’avaient rencontré. Selon Hérodote, Déméter et Dionysos sont les maîtres des Enfers. Enfin, les prêtres déclarèrent que, jusqu’à Rhampsinite, la justice et l’abondance régnaient dans toute le pays, là où son successeur Khéops se distinguait dans sa méchanceté.
L'égyptologue français Gaston Maspero date le conte sur Rhampsinit de l'époque saïte et indique que la plus ancienne version conservée connue est celle d'Hérodote. Ce conte est présent chez la plupart des peuples d'Orient et d'Occident. S'il n'est pas d'origine égyptienne, il était égyptianisé depuis longtemps lorsque l'historien grec le recueillit. D'ailleurs, Franz Anton Schiefner a recensé ses différentes variantes en 1870 dans le Bulletin de l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg. Aussi, le nom de ce personnage (aussi appelé ici Rhampsinitos) a été donné au héros de plusieurs aventures merveilleuses. L'histoire de son passage aux Enfers rappelle singulièrement deux autres contes figurant dans Le cycle de Satni-Khâmoîs (également réunis dans le recueil de Maspero). D'une part, on y retrouve la partie de Satni contre Nenoferképhtah dans L'aventure de Satni-Khâmoîs avec les momies, d'une autre la descente de Satni dans l'Hades par l'intervention de Sénosiris dans L'aventure véridique de Satni-Khâmoîs et de son fils Sénosiris.
Le savant souligne qu'Hérodote, ainsi que d'autres savants suivant son exemple, situent Moiris, Sésostris et Rhampsinit avant les rois constructeurs de pyramides. Les noms de Sésostris et Rhampsinit sont un souvenir des XIXe dynastie et XXe dynastie, tandis que celui de ces rois constructeurs renvoient à la IVe dynastie. Pour comparer, il explique que c'est comme si un historien de la France plaçait Charlemagne après les Bonaparte. Toutefois, la manière cavalière dont les romanciers égyptiens traitent la succession des règnes nous explique l'erreur commise par Hérodote.
Suivant les conjectures, il régnait durant le XIIe siècle av. J.-C.[réf. nécessaire]. Il avait bâti à Memphis un temple au dieu Ptah.
Maspero estime que le conte a bien un fond égyptien, même si Hérodote le pare d'un vêtement grec. Ainsi, il estime que la pierre mobile (celle qui se bouge pour entrer dans la salle du trésor) n'est pas une invention des Égyptiens, qui bâtissent plutôt leurs édifices en très gros appareil. Toute l'habileté possible n'aurait donc pas permis à un architecte de disposé un bloc tel que décrit par Hérodote. Pourtant, Strabon, dans sa Géographie, savait déjà qu'on pénétrait dans la grande pyramide par un couloir dont une pierre mobile cachait l'entrée, tout comme pour des cachettes comportant des objets précieux dont les temples regorgent, tel qu'à Dendérah. Mais ils étaient fermés autrefois par une pierre ad hoc, dont la face externe était sculptée comme le reste de la muraille.
Gaston Maspero reprend cette histoire sous le titre Le conte de Rhampsinit, basée sur la traduction en français par Pierre Saliat de 1556 qu'il a légèrement remaniée ; il le publie dans Les Contes populaires de l'Égypte ancienne. En 1883, il rencontra à Thèbes en Haute-Égypte Nicolas Odescalchi, un Italien qui y était alors maître d'école, puis le retrouva à Erment. Pour le remercier de services rendus, il lui offrit l'année suivante la première édition de ce volume paru en 1882. Le maître raconta alors les parties principales de l'histoire à ses élèves d'Erment et de Gournah, qui le narrèrent à leur tour à d'autres personnes. Dès février 1885, un Européen vivant à Louxor apprit à Maspero qu'il avait entendu un conte semblable dans le village de Neggadeh. Sur place vivait Ibrahim Badir, agent consulaire de France, procura à l'égyptologue une version écrite de la main de son fils Jacques, âgé d'environ quatorze ans. Plus tard, le savant en découvrit une autre copie, aux variantes de mots insignifiantes. Il reproduit alors dans le journal le texte de l'adolescent dans le numéro VI de la huitième série du Journal asiatique de cette année,.
Cette nouvelle version ne nomme pas Rhampsinit, ni ne présente quelconque cadre spatio-temporel. Elle parle juste d'un roi très riche et avare qui souhaitait protéger son trésor. Ce n'est pas lui, mais son vizir qui a l'idée de poser des rets dans la salle pour protéger les richesses, ainsi que des autres stratagèmes royaux de l'histoire. Enfin, il remplace la fille prostituée du texte d'Hérodote en se déguisant en derviche afin d'interroger discrètement. Hormis ce dernier détail majeur, Maspero constate que le récit arabe suit si servilement le texte grec que rapidement, il ne douta pas qu'il s'agissait d'une simple transcription récente. Menant l'enquête, il apprit que l'histoire racontée par le maître transita par Louxor, puis Neggadeh, ainsi que probablement d'autres villages de la province. Ce conte est alors le seul égyptien dont il ait entendu la version arabe, mais il ne désespère pas d'entendre celles d'autres contes. Quant au remplacement de la princesse par le vizir, il vient peut-être du maître qui n'aurait pas tenu à conter à des enfants cette histoire dans toute sa crudité native,.
« À une certaine hauteur sur un de ses côtés se trouve une pierre qui peut s'enlever, et, qui une fois enlevée, laisse voir l'entrée d'une galerie tortueuse ou syringe, aboutissant au tombeau. »