| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 42 ans) |
| Nationalité |
| Condamné pour |
|---|
Rickey Ray Rector, né le 12 janvier 1952 et mort le 24 janvier 1992, est un criminel américain condamné et exécuté pour le meurtre, en 1981, de l'agent de police Bob Martin, à Conway, dans l’Arkansas. En fuite après avoir tué un homme dans un restaurant, il était resté en cavale pendant trois jours avant d'accepter de se rendre. Cependant, au lieu de se livrer, il avait abattu l'agent de police auquel il en avait fait la promesse. Il s’était ensuite tiré une balle dans la tête, dans une tentative de suicide qui entraîna une lobotomie. Son état mental n’évita ni sa condamnation à mort, ni le rejet par la Cour suprême d’une demande de révision de ce jugement. Bill Clinton, alors gouverneur de l'Arkansas et engagé dans la campagne présidentielle de 1992, tint à revenir dans l'État pour s’assurer personnellement de son exécution.
Rickey Ray Rector est né et a grandi à Conway, dans l’Arkansas. Sixième d'une fratrie de sept enfants, il est le fils de George Rector, cuisinier dans un restaurant de viande, et de Clyde Lee Rector, femme de ménage dans un internat. Enfant, il est décrit comme « différent et étrange », solitaire, sans amis, passant le plus clair de son temps assis sous un arbre à jouer avec les branches. Il subit des violences physiques de la part de son père, qui interprète son comportement nonchalant comme de la rébellion. Bien qu'habituellement introverti et docile, il peut réagir violemment s'il est importuné : un jour, parce que son frère s’est moqué de lui, il le blesse au pied avec des ciseaux.
Il entre au collège avec le niveau d'écriture d'un élève de CE2, ce qui sera plus tard attribué à un trouble d'apprentissage non diagnostiqué. À 17 ans, il est sujet à de graves bouffées de colère et se bat régulièrement, pour des raisons où se mêlent apparemment l’insécurité liée à ses mauvais résultats scolaires, les insultes de ses camarades de classe mettant en cause son intelligence et les remarques racistes des habitants blancs de la ville.
Renvoyé de l'établissement en seconde pour une bagarre, il commence à travailler comme ouvrier du bâtiment et fait souvent la navette entre Conway et Détroit. Il se marie et a plusieurs enfants, tant de son épouse que de relations extraconjugales. Son casier judiciaire porte mention d’inculpations pour trouble à l'ordre public, détention de marijuana en vue de la vente, voies de fait, vol qualifié, faux et usage de faux, et tentative d'homicide ; toutes charges qui se soldent par des amendes, ou sont abandonnées au bénéfice du doute,.
Le 21 mars 1981, Rickey Ray Rector et des amis se rendent en voiture à la salle de bal du Tommy's Old-Fashioned Home-Style Restaurant, à Conway. Lorsque l’un de ses amis, faute de pouvoir payer les trois dollars d'entrée, se voit refuser l'accès, Rector, furieux, sort de sa ceinture un pistolet de calibre .38 et tire plusieurs coups de feu. Arthur D. Criswell, 31 ans, touché à la gorge et au front, meurt presque sur le coup. William Hervey, 52 ans, et son fils Charles, 23 ans, sont blessés. Rector fuit les lieux dans la voiture d'un ami et erre dans la ville trois jours durant, trouvant refuge dans les bois ou chez des proches,.
Le 24 mars, convaincu par sa sœur, Rector accepte de se rendre, mais seulement à Robert Martin, un policier local qu'il connait depuis l'enfance,,. Celui-ci arrive chez la mère de Rector peu après 15 heures et entame une discussion avec elle et sa fille. Peu après, Rector arrive et salue Martin. Alors que le policier se détourne pour poursuivre la conversation avec la mère de Rector, celui-ci sort un pistolet de sous sa chemise et tire sur lui deux coups de feu, l'atteignant à la mâchoire et au cou. Ayant ainsi fait de Martin le premier membre de la police de Conway mort en service, Rector se retourne et sort de la maison,.
Après avoir dépassé le jardin de sa mère, il porte son arme à la tempe et tire. Rapidement découvert par d'autres policiers, il est transporté à l'hôpital local. Le coup de feu a détruit son lobe frontal, ce qui nécessite une lobotomie.
Ayant survécu à sa tentative de suicide, il est jugé pour les meurtres de Criswell et Martin, ainsi que pour les coups et blessures volontaires infligés aux Hervey. Ses avocats plaident qu’il souffre d'un handicap mental et n'est donc pas apte à subir un procès. Cependant, après avoir entendu les témoignages contradictoires de plusieurs experts ayant examiné l’inculpé, le juge George F. Hartje statue que celui-ci est apte à subir son procès. Reconnu coupable des deux chefs d'accusation, il est condamné à mort par le jury, , , .
Après sa condamnation, une demande de certiorari adressée à la Cour suprême en 1991 est rejetée à l’unanimité moins une voix, celle du juge Thurgood Marshall.
Les circonstances de l’exécution de Rector en Arkansas en 1992 l’ont placée au centre de plusieurs controverses.
Pour son dernier repas, Rector a demandé et obtenu un steak, du poulet frit, du Kool-Aid à la cerise et une part de tarte aux pacanes. Mais il a laissé la tarte sur le côté du plateau, déclarant aux gardiens venus le conduire en salle d'exécution qu'il souhaitait « la garder pour plus tard »,. La part de tarte n’a été jetée qu'après son exécution.
Sa décision de conserver le dessert de son dernier repas « pour plus tard », soit après son exécution, a souvent été citée en exemple de son incapacité mentale,. En 2002, dans l'arrêt Atkins v. Virginia, la Cour suprême des États-Unis a interdit l'exécution des personnes souffrant d'un handicap mental, jugeant que cette pratique constituait un châtiment cruel et inhabituel.
Rector a été exécuté par injection létale. Il a fallu plus de cinquante minutes au personnel médical pour trouver une veine adéquate. Un rideau séparait la scène des témoins de l’exécution, mais certains ont rapporté avoir entendu Rector gémir. L'administrateur du programme médical du département des Peines de l'Arkansas a déclaré : « Ces gémissements sont survenus pendant qu’une équipe de deux personnes – qui a été portée à cinq – s'efforçait de trouver une veine de chaque côté de son corps. Cela a pu contribuer à ses accès de colère occasionnels. » L'État a par la suite attribué la difficulté à trouver une veine adéquate au poids important de Rector et à la prise d'un médicament antipsychotique.
Rector est la troisième personne exécutée en Arkansas depuis l’arrêt Furman v. Georgia, après l'entrée en vigueur dans cet État de nouvelles lois sur la peine capitale, le 23 mars 1973.
En 1992, Bill Clinton déclarait que les démocrates « ne doivent plus se sentir coupables de protéger les innocents » et laissait entendre son soutien à la peine de mort. Pour appuyer ces positions, il s’est rendu en pleine campagne dans son État, l'Arkansas, afin de s’assurer que l'exécution ait bien lieu comme prévu. Certains analystes y ont vu un tournant dans la campagne, le durcissement d’une image publique jusque-là trop conciliante. D'autres y ont trouvé un exemple de l'opportunisme dont aurait fait preuve Clinton, directement influencé par l'échec de la campagne présidentielle de Michael Dukakis, que les républicains avaient réussi à discréditer en l’accusant de laxisme face à la criminalité.
Parmi les détracteurs de Clinton, les opposants à la peine capitale ont vu dans l'affaire Rector un exemple déplorable de carriérisme cynique. L'écrivain Christopher Hitchens, en particulier, consacre une grande part d'un chapitre de son livre sur Clinton, No One Left to Lie To, à ce qu'il considère comme l'immoralité de la décision prise par le candidat démocrate d’alors, de cautionner l'exécution de Rector pour en tirer un avantage politique. Hitchens soutient qu'entre autres mobiles, Clinton tentait de détourner l'attention du scandale sexuel impliquant Gennifer Flowers.