Révolution malgache

Révolution malgache
Description de cette image, également commentée ci-après
Hôtel de ville d'Antananarivo après son incendie
Autre nom Rotaka tamin' ny taona 1972, Rotaka, Mai 1972
Date 1971-1972
Lieu Madagascar
Cause Protestations populaire contre le gouvernement
Résultat
Chronologie
avril-mai 1971 Révolte des agriculteurs de Toliara menée par Monja Jaona
mars-mai 1972 Manifestations étudiantes

La rotaka, ou la Révolution malgache, est une série de manifestations d'agriculteurs et d'étudiants à Madagascar entre et qui conduisent à l'effondrement de la Première République malgache sous le président Philibert Tsiranana.

À cause de la dégradation des conditions de vie et la répression politique des voix contestataires représentées par Monja Jaona, un mouvement de protestation naît chez les agriculteurs. Monja Janoa et des centaines d'autres manifestants sont emprisonnés, ce qui détruit l'image du gouvernement Tsiranana et propulse un mouvement étudiant qui, en plus des revendications portées par les agriculteurs, demande une malgachisation de l'enseignement, l'égalité des chances et la rupture avec le système français.

La révolution culmine le avec la démission du président Tsiranana. Le mouvement est parfois appelé simplement Mai 1972 pour cette raison.

Origine de la révolution

Madagascar sous régime colonial

Madagascar retrouve son indépendance de la France en 1960. Le premier président du pays, Philibert Tsiranana, n'est pas choisi lors d'élections ouvertes, mais est nommé par le Sénat dominé par le Parti socialiste démocrate (PSD), fortement pro-français. Le PSD émane du Parti des déshérités de Madagascar (PADESM), un parti pro-français et pro-côtiers. Le PADESM est fondé en 1946 par les Merinas, en réaction à la création du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), dont beaucoup de côtiers craignent qu'ils tentent de rétablir l'hégémonie merina qui existait sous le Royaume de Madagascar.

Sous la direction de Tsiranana, l'influence française reste présente dans le pays. En 1969, les étrangers contrôlent 95 % du secteur industriel moderne et produisent un quart de tous les produits agricoles exportés, bien qu’ils ne représentent qu’une infime fraction de la population. La vente de produits manufacturés est largement contrôlée par les populations sud-asiatiques, tandis que les entreprises d'import-export sont propriété française. Bien que Madagascar connaisse une période de prospérité économique pendant une grande partie de la Première République, la fin des années 1960 est marquée par la récession et la détérioration de la qualité de vie à Madagascar. Cette situation est en grande partie provoquée par les conditions économiques mondiales auxquelles la réponse de Tsiranana est jugée inefficace et trop discrète.

Monja Joana et Philibert Tsiranana

Dans les provinces, la désapprobation populaire à l’égard du gouvernement Tsiranana commence à croître dans les années 1960. Parmi ses critiques les plus virulents figure Monja Jaona, un homme politique Antandroy du Mouvement national pour l'indépendance de Madagascar (MONIMA), élu maire de Toliara en 1959 avant d'être chassé de ses fonctions par le gouvernement en 1961. Jaona développe l'image d'une figure d'opposition et de champion de l'homme ordinaire contre les positions du PSD qui devient de plus en plus impopulaire. Le parti soutien notamment la poursuite des relations économiques et culturelles néocoloniales avec la France.

Au cours de la première décennie de domination du PSD sur la politique malgache, les membres du PSD se concentrent moins sur l'objectif commun d'empêcher une reprise du pouvoir Merina, et davantage sur la maximisation de l'accès aux avantages politiques et financiers pour leur propre groupe ethnique. En 1970, il existe de fortes tensions au sein du PSD, surtout entre d'un côté les membres du nord et de l'ouest (dont Tsiranana, originaire du Tsimihety), et de l'autre les membres de la partie sud de l'île, relativement marginalisés et de plus en plus favorables au MONIMA. Pour neutraliser Jaona et écraser le MONIMA, le PSD conçoit un stratagème par lequel le ministre de l'Intérieur, André Resampa, contacte Jaona le pour l'exhorter à mener un mouvement pour renverser Tsiranana. L'action éventuelle de Jaona fournit l'occasion d'arrêter le leader et d'autres personnalités clés du parti dans la « rébellion ». L'arrestation permettrait de ralentir puis stopper le mouvement d'opposition avant qu'il ne devienne suffisamment important pour constituer une menace. Les conseillers de Tsiranana s'attendent à ce que l'arrestation de Jaona démoralise et entrave également les politiciens du PSD du sud et leurs circonscriptions, ce qui cimenterait le contrôle de Tsiranana sur la politique du pays entier.

Manifestations des agriculteurs (1971)

Jaona Monja incite les agriculteurs armés de sa province à manifester début , notamment pour protester contre la famine qui ravage le Sud du pays. Son parti, le MONIMA, se voit alors dissout par décret officiel le . Le , Tsiranana prononce un discours radiodiffusé où il impute à Monja l'effusion de sang résultant des affrontements entre la police et les manifestants armés, et l'accuse d'être communiste. Jaona Monja nie, se déclarant nationaliste depuis le jour de sa naissance. Le , Tsiranana et six ministres, dont André Resampa, viennent à Toliara pour rencontrer Monja Jaona qui n'accepte la discussion avec le chef de l'État que si la conversation a lieu en langue malgache plutôt qu'en français, terme accepté par Tsiranana. Monja Jaona déclare qu'il cherche un moyen de travailler en harmonie avec le président et est libéré de prison.

Même si les manifestations sont rapidement réprimées et le MONIMA dissout, les efforts de Jaona ont un impact significatif sur l'opinion publique de Tsiranana. Précédemment, le peuple malgache conçoit son pays comme « moramora » (décontracté, doux) et son premier président comme un leader raffiné. Cette image est brisée par l'écrasement violent de la protestation paysanne clairement inoffensive.

Manifestations étudiantes (1972)

Façade de l'hôtel de Ville après l'incendie.

Le , les étudiants de la Faculté de médecine d'Antananarivo lancent une manifestation pour protester contre la répression mise en œuvre par l'administration néocoloniale du président Tsiranana. La protestation s'étend rapidement pour inclure 5 000 étudiants provenant de nombreux campus de l'Université d'Antananarivo. Tsiranana réagit en fermant temporairement l'université et en interdisant les réunions de nombreuses organisations étudiantes. L'activité du groupe étudiant socialiste affilié au PSD n'est cependant pas entravée.

Les médias rapportent cette manifestation et celle de Toliara, et incitent les lycéens et collégiens à lancer des manifestations de solidarité à partir du . Le , des lycéens d'Antananarivo manifestent en solidarité avec les étudiants en médecine de la ville. . Un comité composé d'étudiants représentants les 95 établissements de la capitale se forme.

À Antananarivo, des dizaines de milliers de jeunes descendent dans les rues, notamment sur l’avenue de l’Indépendance, pour dénoncer le système éducatif en vigueur, largement hérité de la période coloniale. À cette époque, les établissements d’enseignement supérieur présentent des statuts et des conditions d’accès inégaux. L’école de médecine de Befelatanana, historiquement destinée aux Malgaches, coexiste avec les structures de la nouvelle université Charles-de-Gaulle implantée à Ankatso, perçue comme plus prestigieuse et mieux dotée. Ces disparités alimentent un sentiment d’injustice parmi les étudiants, qui réclament depuis plusieurs mois une réforme du système éducatif et l'égalité de traitement. Ils demandent notamment la malgachisation des contenus, la révision du programme scolaire de l'époque coloniale et le licenciement des enseignants français,,.

Dans la nuit du , à la suite de la fermeture du campus universitaire par les autorités, entre 400 et 500 grévistes sont arrêtés puis transférés à Nosy Lava, une île située au nord-ouest de Madagascar. Des représentants des médias, des avocats ainsi que d’autres personnalités rejoignent le comité afin d’exiger des informations sur le sort des prisonniers transférés à Nosy Lava, ce qui conduit à la libération rapide des détenus originaires du sud du pays.

Le , la foule se rassemble le long de l’avenue de l’Indépendance jusqu’aux abords de l’hôtel de ville : c'est la grève générale. Les forces républicaines de sécurité ouvrent le feu sur les manifestants, à la suite d'une erreur : au lieu de grenades offensives, qui ne font que du bruit, ils lancent des grenades défensives qui se fragmentent, faisant 40 morts et 150 blessés du côté des manifestants.

Conséquences

Le , Tsiranana annonce sa démission et un gouvernement de transition est mis en place sous la direction du général Gabriel Ramanantsoa,.

Le groupe musical le plus populaire de Madagascar, Mahaleo, est formé par des lycéens qui se produisent lors des manifestations de leur école à Antsirabe.

Notes et références

  1. 1 2 3 4 Raison-Jourde et Roy 2010, p. 244.
  2. ↑ Raison-Jourde et Roy 2010, p. 49.
  3. ↑ « Mahaleo », Laterit Productions, (consulté le ).
  4. ↑ Actes de l'atelier de réflexion et de concertation sur la promotion de la participation politique des femmes à Madagascar (6 octobre 2021), ECES Madagascar, (lire en ligne), p. 76
  5. ↑ Raison-Jourde et Roy 2010, p. 247.
  6. ↑ Raison-Jourde et Roy 2010, p. 247-248.
  7. 1 2 Raison-Jourde et Roy 2010, p. 248.
  8. ↑ Bertrand Lavaine, « Mahaleo, 40 ans d'histoire(s) de Madagascar : Un livre témoignage à valeur patrimoniale » [archive du ], RFI musique (Radio France internationale), (consulté le ).
  9. ↑ Irène Rabenoro, Le vocabulaire politique malgache pendant les événements de Mai 1972, Paris, Lille thèses, ISSN 0294-1767,
  10. 1 2 « Madagascar : Mai 1972, la jeunesse malgache se soulève contre l'ordre établi », TV5MONDE - Informations,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  11. 1 2 3 4 « Protestations étudiantes à Madagascar | Evenements | Perspective Monde », sur perspective.usherbrooke.ca (consulté le )
  12. 1 2 Pigeaud 2010, p. 28-30.
  13. 1 2 Pigeaud 2010, p. 37-38.