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Sassi Ben Mohamed El Aswad |
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Sassi Lassoued (arabe : ساسي الأسود), également transcrit Sassi El Aswad, né le à Sahl Essaqi près d'El Hamma et mort le dans la même localité, est un combattant nationaliste tunisien, l'un des chefs du mouvement des fellagas pendant la lutte armée contre les autorités du protectorat français, au milieu des années 1950.
Il dirige la résistance dans la région du Kef, dans le nord-ouest du pays, où la presse de l'époque voit en lui le meneur des bandes armées. Au sein de la direction du mouvement, il est l'adjoint de Lazhar Chraïti. Il fait partie des chefs qui déposent les armes fin 1954, puis se rapproche un temps du courant yousséfiste. Au lendemain de l'indépendance, il compte parmi les chefs ralliés que le régime récompense tout en marginalisant leurs hommes. Impliqué dans les suites du complot de 1962 contre le président Habib Bourguiba, il est arrêté pour complicité et condamné en à vingt ans de travaux forcés. Gracié par la suite, il est réintégré dans les rangs du parti au pouvoir.
Sassi Ben Mohamed El Aswad naît le à Sahl Essaqi, dans les environs d'El Hamma, au sein du clan des Chiab de la tribu des Beni Zid. Orphelin de père avant l'âge de six mois, il est élevé par sa mère et ses frères, travaille très tôt à l'agriculture et au gardiennage des troupeaux, et ne reçoit aucune instruction. Arrêté une première fois à 17 ans à la suite d'une manifestation à El Hamma, il est, comme plusieurs de ses concitoyens tels Tahar Lassoued, très tôt gagné à la cause nationaliste.
Sassi Lassoued rejoint la guérilla au lendemain de l'arrestation des dirigeants nationalistes, le . Il forme et commande un premier groupe de cinq combattants issus de sa tribu et mène sa première opération dès le , à Ben Sanouch, au djebel Orbata, où sa bande immobilise et mitraille un train en direction de Gafsa. Son rayon d'action se déplace progressivement du Sud vers le Centre puis le Nord-Ouest — El Hamma, Gafsa, Sidi Bouzid, Kasserine, enfin Le Kef. L'une de ses actions les plus citées est la capture, en au djebel Orbata, de quatorze soldats français qu'il échange contre 32 prisonniers politiques. Son activité redouble après l'assassinat du syndicaliste Farhat Hached, ce qui lui vaut d'être condamné à mort par contumace en .
Sassi Lassoued commande les bandes armées de la région du Kef, dans le nord-ouest montagneux du pays, où la guérilla née en 1952 gagne peu à peu les campagnes. L'historienne Morgan Corriou le présente comme « un chef prestigieux ». En , Le Monde lui consacre un article et le décrit comme évoluant en marge des partis nationalistes : des bandes formées et équipées en Tripolitaine franchissent selon le journal la frontière depuis plus d'un an, vêtues d'uniformes et se réclamant d'une « armée de libération » que signale un insigne rouge et vert, pour des effectifs estimés entre 1 500 et 2 000 hommes.
Les fermes isolées de colons figurent parmi les cibles de sa bande : l'attaque de deux exploitations du secteur d'Ebba Ksour le coûte la vie à cinq colons et provoque une vive émotion parmi les Européens de Tunisie,,. Après l'assassinat du médecin du bey Abderrahmen Mami par la Main rouge en , Sassi Lassoued fait parvenir deux lettres annonçant des représailles contre des personnalités françaises - contre le docteur Bierent à Sousse et le lieutenant-colonel La Paillonne à Tunis - nommément visées[réf. incomplète]. En , sa bande attaque encore la mine de Guern Halfaïa, dans la région du Kef, où le chef de la garnison est tué.
La résistance s'organise par régions, chaque chef tenant les bandes de son secteur : Lazhar Chraïti dans la région de Gafsa, Tahar Lassoued autour de Sbeïtla et Sassi Lassoued dans celle du Kef,. En 1954, une réunion des principaux chefs au djebel Semmama, près de Kasserine, place Chraïti à la tête de la résistance armée avec Sassi Lassoued pour adjoint, et répartit le territoire en trois zones confiées à ces deux hommes et à Tahar Lassoued. L'historien Amira Aleya Sghaier nuance toutefois la portée du dispositif : l'appellation d'« armée de libération nationale » relève selon lui davantage de la propagande que d'une organisation militaire réelle, le mouvement restant un ensemble de bandes combattant chacune dans son fief.
Le discours de Carthage de Pierre Mendès France, le , annonce l'autonomie interne et ouvre la négociation d'une reddition. Dans une lettre adressée à Mendès France en , Sassi Lassoued annonce lui-même renoncer au combat, y déclarant sa mission achevée et saluant le chef du gouvernement français comme un artisan de paix. Avec Lazhar Chraïti, il est l'un des principaux chefs à relayer auprès de ses hommes l'appel au désarmement lancé par Habib Bourguiba, et compte parmi les premiers à remettre les armes en , aux côtés de Mahjoub Ben Ali, de Chraïti, du cheikh Hassen El Ayadi et de Hassen Ben Abdelaziz, quand d'autres chefs — Tahar Lassoued, Tayeb Zellag ou Hédi Kaddoura — refusent cet appel. Transféré ensuite à Tunis, il ne peut regagner El Hamma qu'après le retour d'exil de Bourguiba, en . La reddition s'échelonne jusqu'en : 2 514 fellagas déposent les armes et 1 600 fusils sont récupérés,.
Selon l'historien Amira Aleya Sghaier, le dépôt des armes nourrit chez d'anciens résistants le sentiment d'être tenus à l'écart des bénéfices de la victoire, désormais fichés et surveillés par l'armée française. Sassi Lassoued et Lazhar Chraïti mènent alors des manifestations réunissant des centaines de combattants et séquestrent le ministre de l'Intérieur à la kasbah de Tunis pour faire valoir leurs droits. Toujours selon Sghaier, ce ressentiment rapproche une partie des fellagas du courant yousséfiste, hostile aux accords d'autonomie interne. Le , lors du retour d'exil de Salah Ben Youssef à Tunis, un rapport de police signale à l'aéroport d'El Aouina la présence des anciens fellagas Sassi Lassoued et Lazhar Chraïti.
Au lendemain de l'indépendance, proclamée le , Sassi Lassoued compte parmi les anciens fellagas restés fidèles à Habib Bourguiba, aux côtés de Lazhar Chraïti et Hassen El Ayadi. D'après la monographie Enterrés vivants, le régime récompense les chefs ralliés tout en écartant le gros des combattants des rouages du nouvel État : Sassi Lassoued reçoit des licences de transport, quand Chraïti obtient une villa et El Ayadi une agence de voyages spécialisée dans le pèlerinage à La Mecque. L'étude souligne que ces anciens maquisards, trop peu instruits pour siéger à l'assemblée constituante et tenus à l'écart de l'armée naissante, conservent le sentiment d'avoir été dépossédés de leur combat. Sassi Lassoued reçoit néanmoins une décoration militaire en 1958.
L'ouvrage collectif Dissidents du Maghreb replace l'affaire dans la consolidation du pouvoir de Bourguiba : ce dernier écarte après l'indépendance les autres figures de la légitimité nationaliste, de Salah Ben Youssef à Ahmed Ben Salah. C'est dans ce contexte que Sassi Lassoued est impliqué, aux côtés de Lazhar Chraïti et d'autres anciens résistants, dans les suites du complot de décembre 1962 contre le président Bourguiba.
Dans un discours prononcé le , ce dernier nomme les anciens chefs fellagas Sassi Lassoued, Lazhar Chraïti et Hassen El Ayadi. Il les dépeint en anarchistes par nature, incarnation d'un « démon numide » et comparés à des « bêtes fauves ». Selon la monographie Enterrés vivants, il justifie la répression en affirmant qu'une trop grande clémence aurait ramené le pays à l'« anarchie » des razzias de la période antéislamique. Il promet enfin que la rigueur de la loi s'abattra sans pitié sur ces « êtres [...] insociables et irrécupérables ».
Selon Enterrés vivants, les anciens fellagas fournissent, de 1956 à 1963, l'essentiel des condamnés à mort de la jeune République. Le procès principal du complot s'ouvre le devant le tribunal militaire de Tunis et s'achève par treize condamnations à mort : Lazhar Chraïti est fusillé le ; Hassen El Ayadi, jugé le , est exécuté le .
Arrêté pour complicité, Sassi Lassoued est jugé séparément, du au . Le procès réunit dix inculpés, dont plusieurs anciens fellagas. Quatre d'entre eux, parmi lesquels Sassi Lassoued, sont condamnés à vingt ans de travaux forcés, les autres étant libérés,. Dans son cas, la peine est assortie d'une amende de 480 dinars.
Sassi Lassoued bénéficie ensuite d'une grâce présidentielle ; il est réintégré dans les rangs du parti au pouvoir comme membre du comité de coordination du parti à Gabès, chargé des affaires des anciens résistants, puis membre du conseil consultatif des résistants. Il meurt le à El Hamma.
Le récit national tunisien a longtemps tenu la mémoire des fellagas à distance. Les efforts de réhabilitation engagés à partir des années 2000, surtout autour de la figure de Lazhar Chraïti, y associent régulièrement Sassi Lassoued, cité parmi les chefs de la lutte armée. La presse tunisienne le range parmi les principaux chefs de terrain de la résistance armée et rappelle que Bourguiba lui-même aurait reconnu que, sans ces combattants, la cause de l'indépendance aurait été perdue. Elle lui consacre également des portraits, le présentant comme un symbole de l'héroïsme national. Après la révolution tunisienne de 2011, l'Instance vérité et dignité le compte au nombre des chefs de maquis de la résistance armée dans son rapport final de 2018.