Scripophilie

Baltimore and Ohio Railroad.

La scripophilie, appelée aussi scriptophilie, consiste à collectionner les anciens titres boursiers (et tous documents en rapport avec les actions, obligations, emprunts, coupons, et chèques bancaires etc.) qui ont été cotés, ou non cotés, sur une bourse des valeurs.

Cette activité est, par tradition et au niveau international, considérée comme étant une branche de la numismatique.

Histoire

Le mot scripophilie est un néologisme récent, d'origine anglophone, et forgé à partir du grec ancien avec le radical [scrip] signifiant « titre de propriété » et le suffixe [philia], « aimer ».

Ces titres boursiers collectionnés n'ont plus aucune valeur boursière. Ils sont parfois utilisés à des fins décoratives et restent un témoignage passionnant, le reflet de l'histoire économique et sociale d'une région, d'un pays, d'une époque, d'une industrie, ou d'une société familiale, entre autres. On peut définir le scripophile, ou collectionneur d'anciens titres, comme apparenté à un historien de l'économie. En effet, à travers sa collection, il conserve la mémoire et les traces de l'activité économique passée.

Certains collectionneurs trouvent dans ces titres anciens une manière de réunir de véritables joyaux graphiques : entre 1880 et 1950, les actions et obligations de certains émetteurs (banque, grosses entreprises, États, etc.) faisaient appel à des artistes : dessinateur, peintre, et surtout graveur sur bois et métal, ainsi que des typographes, pour illustrer ces documents, leur donnant ainsi une identité spécifique.

Les collectionneurs sont les scripophiles ou scriptophiles. La scripophilie est une passion relativement récente, apparue en France à la fin des années 1970 après avoir vu le jour en Allemagne fédérale quelques années auparavant. Ces collectionneurs seraient quelques dizaines de milliers essentiellement répartis entre l'Allemagne, la Belgique, la France, la Suisse, les Pays-Bas et les États-Unis.

Intérêts de la scripophilie

Tous les secteurs d'activité ont été concernés par la création de sociétés par actions. Grâce aux anciens titres, on retrouve parfois la trace d'inventions géniales ou curieuses, considérées à une certaine époque comme révolutionnaires, mais aujourd'hui désuètes ou tombées dans l'oubli. Des titres ont été émis antérieurement le XVIIIe siècle et, mais ils demeurent très rares. La plupart des titres furent principalement émis au XIXe et XXe siècles jusqu'à leur dématérialisation au début des années 1980, et surtout pendant les périodes d'expansion économique du capitalisme.

Parmi les plus connus : le Canal interocéanique de Panama (un des plus grands scandales politico-financiers), les Emprunts russes, la Cie des Claridges Hôtels (illustré par un paquebot et une locomotive se faisant face), les Omnibus de Paris (gravure représentant les 21 monuments devant lesquels l'omnibus s'arrêtait), Établissement Léon Volterra et Théâtre Marigny (richement illustré et lié à l'affaire Stavisky), la Banque de Cochinchine, la Société des truffières de France, etc.

Cotation des titres

Il n'existe pas de cote des anciens titres boursiers à ce jour, et ce, de façon officielle ou organisée par une pratique interprofessionnelle comme c'est le cas pour les autres branches de la numismatique (monnaies, billets, etc.). Leur valeur estimée dépend surtout des critères suivants : état général du titre, date d'émission (âge) / nombre d'actions émises (tirage), rareté / secteur d'activité, thème (automobile, aviation, banque, casino, chemin de fer, cinéma, hôtellerie, mine, port, théâtre, usine, viticulture, etc.) / graphisme, illustrations, dimension artistique et historique, etc.

La qualité esthétique reste cependant essentielle. Sur plus de six millions de titres répertoriés dans les collections à travers le monde, à peine 10 % sont illustrés. Plus un titre est décoré plus il prend de la valeur, surtout s'il est en couleur. Le nom de l'illustrateur, s'il est connu ou réputé, fait aussi monter les prix.

Les vieux chèques bancaires ne sont pas encore cotés mais il y a des collectionneurs, voir Pierre PINTON

On range les titres sous quatre périodes :

  • le XVIIIe siècle : une quarantaine de sociétés en France ;
  • 1800 à 1848 : période lors de laquelle peu de sociétés font alors appel à l'épargne à l'exception des mines de charbon et des sociétés de chemins de fer ;
  • 1848 à 1929 : période de révolution industrielle intense où joue à plein l'essor du capitalisme par actions et de nombreuses sociétés sont créées qui font appel aux particuliers pour se financer. La période s'achève avec la crise de 1929 et sa succession de faillites ;
  • après 1929 : signalons qu'à partir des années 1960, les titres émis jusqu'aux opérations de dématérialisation (1985 - ... ), ont peu de valeur aux yeux des collectionneurs.

Valeur financière

En France, pays précurseur en la matière, les titres « papiers » sont sans valeur depuis la dématérialisation qui intervient le , en vertu de l'article 94-II de la loi de finance pour 1982, loi n°81-1160 du , et du décret n° 83-359 du .

Après cette date, il n'y a eu que quelques émissions d'actions françaises, non négociables en France, concernant des sociétés cotées sur des bourses européennes, comme Euro Disneyland et Eurotunnel.

En Belgique, la dématérialisation est effective depuis 2009.

Pour les autres pays, les titres gardent leur valeur (leur cours de bourse pour ceux qui sont cotés), tant que la société existe, à la condition qu'ils ne soient pas annulés : titre poinçonné, mention ANNULÉ, SANS VALEUR ou CANCELED. Et certains même figurent en bonne place dans les collections, leur valeur en tant qu'objet dépassant leur valeur boursière.

Associations

Notes et références

  1. ↑ Il existe toutefois des exceptions : le cas des emprunts russes d'avant 1917.
  2. ↑ « Selon l'expert Reinhild Tschöpe. » [archive du ], sur oldest-share.com via Internet Archive.
  3. ↑ Site association des Collectionneurs de Titres Financiers (ACTIF)

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