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Johann Lotzer (d) |
Sebastian Lotzer (né vers 1490 à Horb am Neckar, mort après 1525) était un écrivain politique qui a œuvré en tant que théologien laïc dans les débuts de la Réforme dans le Saint-Empire romain germanique. Il est surtout réputé être l'un des principaux rédacteurs des XII Articles de Memmingen, le manifeste revendicatif le plus marquant de la guerre des Paysans.
Au terme de son apprentissage du métier de fourreur, Sebastian Lotzer s’installe à Memmingen, en Haute-Souabe. Il y devient vraisemblablement un artisan en vue, puisqu’il y épouse la fille d’un membre de la guilde des marchands. C’est là qu’il fait la connaissance du curé de la paroisse, Christoph Schappeler, qui est fortement influencé par Huldrych Zwingli et prêche en faveur de la Réforme.

Au début des années 1520, Lotzer peut être considéré comme un élève de Schappeler. Il étudie les grands textes religieux, se forme à la théologie, et se montre sensible aux doléances des paysans et artisans ruraux. En 1523, il publie l’opuscule « Une lettre chrétienne dans laquelle il est dit que les laïcs ont le pouvoir et le droit de parler, d'enseigner et d'écrire la sainte parole de Dieu... », une argumentation en faveur du sacerdoce universel, un point de doctrine central dans la réforme religieuse prônée par Martin Luther. Entre 1523 et 1525, il publie cinq écrits réformateurs.
À l’été 1524 ont lieu les premières actions insurrectionnelles de la guerre des Paysans. C’est le début de ce vaste soulèvement populaire, dont l’argumentation politique s’est constituée à partir des conjurations du Bundschuh, et l’argumentation religieuse suite aux écrits et prédications de divers théologiens inspirés par les idées de Réforme lancées par Martin Luther. Au début de l’année 1525, les paysans rassemblés à Baltringen, un village proche de Memmingen, envoient 300 lettres de doléance aux seigneurs de la Ligue souabe. Dans la foulée, trois bandes insurrectionnelles se forment, celle de Baltringen, celle de l’Allgäu et celle du lac de Constance. Lotzer devient leur secrétaire. Les bandes se fédèrent solennellement en une « Assemblée Chrétienne » (Christliche Vereinigung) destinée à faire advenir, au besoin les armes à la main, un projet de réforme politique, sociale et religieuse. Cette confédération se dote d’une charte (Bundesordnung) qui organise l’action collective.
Selon l’historien Günter Franz, Lotzer aurait synthétisé les doléances des paysans de Baltringen, ainsi que ceux des bandes environnantes, entre le 27 février et le 1er mars 1525, et ainsi rédigé l’essentiel du texte du manifeste des XII Articles de Memmingen. Le consensus des historiens admet que Christoph Schappeler aurait rédigé le préambule, ainsi qu’un certain nombre de gloses marginales. Le manifeste a aussitôt été imprimé et diffusé ; il a connu un succès fulgurant parmi les bandes insurgées de l’Allemagne méridionale, notamment en Alsace, dans le Palatinat et le Westrich.
Le soulèvement, général dans la partie centrale du Saint-Empire, déclencha l’intervention armée des princes. En Haute-Souabe, ce fut l’action militaire du sénéchal impérial Georg Truchsess von Waldburg, chef de la Ligue souabe, qui intervint avec ses troupes. Après l’éradication militaire de l’insurrection lors de la bataille de Leipheim, le 4 avril 1525, Lotzer dut fuir Memmingen. Il est communément admis qu’il trouva refuge à Saint-Gall, dans la confédération Suisse des XIII cantons, et ville d’origine de son mentor religieux, Christoph Schappeler. Le lieu et la date de sa mort sont inconnus.
Les XII Articles et les textes de l’Union Chrétienne sont aujourd’hui considérés parmi les premiers écrits anticipant les Droits de l’Homme et les constitutions modernes. Dans sa ville de naissance, Horb-am-Neckar, une stèle mémorielle a été érigée en l'honneur de Sebastian Lotzer ; elle arbore une citation des XII articles : « les Saintes Écritures nous révèlent que nous sommes libres, comme nous voulons l’être » (Darumb erfindt sich mit der geschryfft das wir frey seien und wollen sein). À Memmingen, un collège porte son nom ; une fresque murale sur la maison de l'ancienne guilde des marchands le représente, ainsi que Christoph Schappeler, lors de l'écriture des XII Articles.