Le Service national des statistiques (SNS) est un organisme français créé par la "loi" du , prise par le gouvernement de Vichy, par fusion de deux services intégrés alors au ministère de l'Économie et des Finances depuis 1940 : le « Service de la Démographie » (SD), service camouflé chargé du futur recrutement de l'Armée d'armistice et la Statistique générale de la France (SGF). Il a été créé et développé à l'initiative du contrôleur général des armées René Carmille.
Les deux services qui fusionneront en 1941 sont fort éloignés l'un de l'autre mais ont en commun l'usage du mot "recensement". D'un côté la SGF, Statistique générale de la France, qui organise et dépouille les recensements quinquennaux de la population, le dernier en 1936, de l'autre les régions militaires, qui organisent chaque année le recensement d'une "classe" de jeunes garçons atteignant l'âge de 18 ans et les "conseils de révision", en vue de leur incorporation au service militaire et de leur affectation en cas de mobilisation.
Alors que la SGF, à Paris, utilisait des machines dérivées des brevets Hollerith (liés au groupe américain IBM), le SD puis le SNS développèrent surtout la fabrication et l'usage des machines mécanographiques Bull, à l'Établissement central de Lyon et dans les Directions régionales.
Pendant sa courte existence en 1940-41, le Service de la Démographie, qui avait récupéré, dans chaque région militaire, l'essentiel des archives du Service du Recrutement et des Centres Mobilisateurs, crée le fichier des prisonniers de guerre et le répertoire national d'identification des personnes physiques, continué après la Libération par l'INSEE.
Le se tient à Vichy une réunion entre le ministère de l’Intérieur et le Service de la Démographie, où est décidé de faire figurer sur la carte d’identité de Français le numéro national d'identification à treize chiffres.
Le recensement des Activités professionnelles (AP), effectué en zone non occupée a lieu le . Un bulletin doit être établi pour chaque personne - française ou étrangère - de 13 à 64 ans. Le questionnaire, à l'en-tête de l'État français (Travail, Famille, Patrie), explique : « Le Gouvernement fait appel à la bonne volonté du public pour répondre avec sincérité, précision et exactitude aux questions qui lui sont posées à l’occasion du recensement actuel. Les renseignements que le gouvernement attend de ce recensement lui sont en effet indispensables — à la suite des perturbations apportées par l'état de guerre à l'assiette de la population — pour résoudre efficacement, et dans l'intérêt de tous, les problèmes sociaux et économiques les plus urgents : chômage, reclassement professionnel, retour des prisonniers, ravitaillement, etc. ».
Dans sa note intitulée " De la statistique au camouflage ", écrite pour le 10e anniversaire de la mort de René Carmille, André Caffot énumère les fichiers constitués au sein du SNS :
En , Carmille envoie Caffot à Londres avec le modèle de la carte d'identité et l'appareil composteur. « Grâce à lui, et au fichier des enfants décédés en bas âge que le SNS a pu mettre en œuvre, des fausses identités indécelables peuvent être réalisées ».
Le , le SNS est remplacé par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), dont le premier directeur est Francis-Louis Closon.