
Shiksa (ou « shikse » - yiddish : שיקסע) désigne péjorativement en yiddish une femme non juive, plus spécifiquement une jeune fille fiancée ou mariée à un homme juif.
Le terme pourrait être dérivé du terme hébraïque sheketz, qui signifie « abomination », « détestable », « haïssable » ou « souillure », selon le traducteur. Selon le dictionnaire Oxford, le terme pourrait également s'appliquer à une femme juive peu observantes de certaines pratiques religieuses. En Israël, le mot serait utilisé péjorativement dans les communautés ultra-orthodoxes pour dépeindre les femmes juives non pratiquantes.
S'il est une insulte dans la bouche d'une mère juive, qui se demande ce qu'elle a fait au bon Dieu pour que cette shiksa tourne autour de son fils chéri, le terme, fréquemment employé par les Juifs d'Amérique du Nord, est passé dans le langage courant des Américains. Chez ces derniers, il est plutôt employé au second degré, ainsi que le démontrent les nombreux exemples tirés de la culture populaire (à l'instar de l'importance du terme et du thème dans l'un des romans majeurs de Philip Roth, Portnoy et son complexe paru en 1969).
La shiksa, bien que non juive, est reconnue comme telle en raison de son lien émotionnel avec une personne juive qui la désigne comme telle. Le terme peut être utilisée dans plusieurs contextes soit pour désigner une femme avec qui un homme juif est en relation par incident, parfois décrite comme une sorcière, soit pour désigner une femme perçue comme une tentatrice et une séductrice dangereuse. La femme concernée peut se voir qualifier de séductrice sans action de séduction de sa part, sa simple présence ou existence pouvant être perçue comme une provocation. Le terme reprend le thème ancien du plaisir interdit évoqué dans la Torah et le Talmud. En conséquence, le mot shiksa peut être utilisée pour évoquer un sentiment de culpabilité ou de frustration.
Si le mot est à l'origine péjoratif dans ses origines bibliques et talmudiques, son usage et sa signification a pu évoluer à la suite de réappropriation du mot par des personnes juives. Les multiples significations coexistent, le terme restant polysémique.
L'usage du terme se serait répandu dans la littérature yiddish à partir du XIXe siècle dans un contexte de sécularisation. La shiksa peut être dépeinte soit comme une vieille femme considérée comme laide ou soit comme une jeune femme perçue comme séduisante.
Dans le recueil de poésies en prose Derrière la clôture de Haïm Nahman Bialik, les deux figures coexistent. À l'époque, ce type de littérature en langue yiddish semble être une littérature juive à destination d'un lectorat juif. Elle apparait dans un contexte d'interdiction légale et culturelle du mariage mixte entre les Juifs et les non-Juifs. La shiksa est sexualisée, dérange la morale religieuse et inspire divers émotions (dégoût, fascination, obsession, péché).
Dans littérature et dans le domaine religieuse, la représentation de la shiksa séductrice semble plus marquante que celle de la shiksa sorcière.
La nouvelle La dame et le colporteur de Samuel Joseph Agnon et l'œuvre La ballade de Monish d'Isaac Leib Peretz sont d'autres exemples de l'utilisation de la figure de la shiksa dans la littérature yiddish.
L'auteur suisse Thomas Meyer (de) a écrit le roman Wolkenbruchs wunderliche Reise in die Arme einer Schickse (de), adapté au cinéma par Michael Steiner (de) sous le titre, en français, de Le Formidable Envol de Motti Wolkenbruch. Dans ce film, un jeune Juif conteste les traditions religieuses, notamment dans ses rapports amoureux.
En 2009, une personne a déposé plainte auprès de la police de Toronto. La victime rapporte que le terme shiksa a été utilisé comme une insulte à son encontre. Les autorités canadiennes ont considéré que les faits relevaient de la haine raciale selon les lois de la province de l'Ontario.