Montfort (Israël)

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Montfort
Starkenberg
Image illustrative de l’article Montfort (Israël)
Le château de Montfort au lever du soleil.
Localisation
Pays Drapeau d’Israël Israël
District District nord
Coordonnées 33° 02′ 41″ nord, 35° 13′ 33″ est
Altitude environ 320 m
Géolocalisation sur la carte : Israël
(Voir situation sur carte : Israël)
Montfort
Montfort

Montfort (en allemand Starkenberg, en ancien français Franc-Chastiau ; en hébreu : מבצר מונפור, Mivtzar Monfor ; en arabe : قلعة القرين, Qal'at al-Qurayn) est un château des croisades en ruines, situé en Haute-Galilée, dans le nord d'Israël, à environ 35 km au nord-est de Haïfa et à 16 km au sud de la frontière libanaise. Construit à partir de 1228 sur un éperon rocheux qui domine la vallée du Nahal Kziv, il est le principal château de l'ordre Teutonique en Terre sainte, qui y installe ses archives et son trésor. Assiégé en vain par les Mamelouks en 1266, il est pris en 1271 par le sultan Baybars, qui le fait démanteler. Ses ruines, fouillées dès 1926, forment aujourd'hui un parc national au sein de la réserve naturelle du Nahal Kziv.

Toponymie

Le nom de Montfort vient des mots français mont et fort : il signifie « mont fort », c'est-à-dire « montagne forte ». Son équivalent allemand, Starkenberg, a le même sens (stark, « fort », et Berg, « montagne »).

Le nom arabe, Qal'at al-Qurayn (« château de la petite corne »), parfois Qal'at al-Qarn (« château de la corne »), vient de l'éperon rocheux sur lequel il est bâti, appelé al-Qurayn. Le cours d'eau qui coule au pied du château porte en arabe le nom de Wadi al-Qurayn et en hébreu celui de Nahal Kziv.

Histoire

Avant l'ordre Teutonique

Au XIIe siècle, le domaine fait partie de la seigneurie de Josselin de Courtenay, dans le royaume de Jérusalem. Il s'agit alors probablement d'une exploitation agricole fortifiée : située à l'écart, dans une gorge, loin de toute frontière et de toute route importante, la propriété n'a guère d'intérêt stratégique, et les fouilles de 1926 y ont mis au jour des restes d'installations agricoles.

En 1187, après la bataille de Hattin, le domaine passe aux mains de Saladin. Les croisés le récupèrent à l'issue de la troisième croisade. Le royaume de Jérusalem est désormais réduit à la plaine côtière et à la Galilée, et sa nouvelle capitale, Acre, n'est qu'à une vingtaine de kilomètres : la propriété gagne en importance. Josselin meurt vers 1200, et son gendre, Othon de Henneberg, la vend en 1220 à l'ordre Teutonique, qui possède déjà de nombreuses terres autour d'Acre,.

Construction et utilisation (1228-1271)

À Acre, l'ordre Teutonique subit la pression des Templiers et des Hospitaliers, qui convoitent ses biens. Il décide donc de transférer une partie de son administration, notamment ses archives et son trésor, dans un lieu plus isolé. Contrairement à la plupart des châteaux croisés de Terre sainte, Montfort n'est donc pas conçu d'abord pour un usage militaire.

À la demande du grand maître Hermann von Salza, le pape Grégoire IX appelle les fidèles à financer les travaux. Le château est construit à partir de 1228 et devient le siège des trésoriers de l'ordre en Palestine.

Les sièges de 1266 et de 1271

En 1266, une armée conduite par deux émirs du sultan mamelouk Baybars assiège le château, mais les défenseurs résistent et contraignent les assaillants à se retirer.

En 1271, alors que la plupart des places fortes croisées sont déjà tombées, Baybars assiège lui-même le château, avec plusieurs corps de sapeurs. Au bout de trois jours environ, ses troupes prennent le faubourg (rabad), puis, le lendemain, l'enceinte extérieure (bashura) ; les défenseurs, retranchés dans le donjon, capitulent au quinzième jour. Conformément aux négociations, ils peuvent regagner Acre avec leurs biens. Les Mamelouks démantèlent ensuite méthodiquement le château pendant douze jours. Après la chute d'Acre, en 1291, l'ordre Teutonique installe son siège à Venise.

L'archéologue Adrian Boas attribue la chute rapide du château à sa situation géographique défavorable et à l'inachèvement de ses défenses extérieures. L'historien Nicholas Morton y ajoute le pillage des domaines de l'ordre par Baybars, et le moral affaibli des défenseurs après la chute, la même année, de trois autres châteaux des ordres militaires.

Architecture

Le château vu du sud-ouest, étiré le long de l'éperon.

Montfort est un château d'éperon, bâti sur une crête étroite qui se détache d'une colline. Les défenses sont concentrées à l'est, du côté le plus exposé, là où l'éperon rejoint la colline : deux fossés y précèdent une grande tour en forme de D, le donjon, qui est la première partie construite. Le premier fossé, taillé dans le roc, mesure environ 20 m de large et 10 m de profondeur.

Le sommet de la crête étant étroit, les bâtiments principaux se succèdent d'est en ouest, entre le donjon et la tour d'entrée. Un long bâtiment résidentiel à deux niveaux forme l'essentiel des ruines actuelles. Il est suivi d'un bâtiment administratif à trois niveaux, où Adrian Boas situe la salle d'apparat, au deuxième niveau, et le logement du châtelain, au troisième ; deux hautes salles voûtées en subsistent au rez-de-chaussée. Une petite construction voûtée, très ruinée, ferme l'ensemble à l'ouest.

L'entrée principale se fait par une tour-porte à trois niveaux, bien conservée, qui donne sur une lice. Le visiteur longe ensuite le mur nord des bâtiments, avant d'accéder au château par un vestibule situé entre le bâtiment résidentiel et le donjon. Une enceinte extérieure, peut-être inachevée en 1271, s'étend sur les pentes nord et ouest ; on y a découvert plusieurs bâtiments annexes, dont des écuries.

Parmi les vestiges figurent aussi un mur extérieur de trois mètres d'épaisseur percé de meurtrières, trois citernes creusées dans le roc et alimentées par les eaux de pluie, et une rangée de colonnes gothiques qui soutenaient la grande salle.

Bâtiments liés

Dans la vallée, au pied du château, un bâtiment abrite un moulin à eau ; son étage est transformé en maison d'hôtes au XIIIe siècle. Les restes d'une digue et d'un bief menant au moulin ont aussi été retrouvés.

À moins d'un kilomètre du château, en direction de Mi'ilya, se trouve une construction fortifiée avec cour et tour, près d'une carrière qui a fourni la pierre de Montfort. Les sources croisées la nomment Tarphile, Trefile ou Tertille. Il pourrait s'agir du faubourg que les chroniques arabes décrivent comme la première fortification prise par Baybars en 1271.

L'ancien château royal de Mi'ilya, appelé Castellum Regis ou Castellum Novum Regis dans les sources croisées, est la résidence des seigneurs du domaine avant sa vente à l'ordre Teutonique, en 1220. Ses ruines se trouvent dans le village de Mi'ilya, où des maisons modernes s'appuient sur ses murs.

Fouilles

Le château est relevé en 1877 par Horatio Kitchener pour le Survey of Western Palestine (en). En 1926, une expédition du Metropolitan Museum of Art de New York, organisée par Bashford Dean, conservateur du département des armes et armures, et dirigée sur le terrain par William L. Calver, fouille le site. On y retrouve notamment des pièces d'armure, des casques et des armes.

Depuis 2011, l'archéologue Adrian Boas, de l'université de Haïfa, y mène des fouilles chaque été. Elles mettent au jour des jeux de plateau et une salle à manger luxueuse en 2017, une grande salle gothique décorée en 2018, et, en 2019, les traces des destructions causées par la campagne mamelouke de 1266.

Des monnaies et des poteries d'époque romaine retrouvées sur place ont conduit certains archéologues à supposer l'existence d'une fortification romaine antérieure.

Notes et références

  1. 1 2 Kristjan Toomaspoeg, Histoire des chevaliers teutoniques, Flammarion, coll. « Champs », (ISBN 978-2-08-080061-9), « L'aventure de la Palestine », p. 27
  2. ↑ Daniel Robinson, Orlando Crowcroft, Anita Isalska, Dan Savery Raz, Jenny Walter, Israël et les Territoires palestiniens, Baume-les-Dames (Doubs), éditions Lonely Planet, , 480 p. (ISBN 978-2-81617-133-4), p. 199
  3. ↑ Daniel Robinson, Orlando Crowcroft, Anita Isalska, Dan Savery Raz et Jenny Walter, Israël et les Territoires palestiniens, Baume-les-Dames, Lonely Planet, (ISBN 978-2-81617-133-4), p. 199
  4. 1 2 (en) « Massive Ceremonial Hall Discovered Under Crusader Castle in Northern Israel », Haaretz,‎ (lire en ligne)
  5. 1 2 (en) Kristjan Toomaspoeg, « Montfort Castle and the Order of the Teutonic Knights in the Latin East », dans Adrian Boas (dir.), Montfort: History, Early Research and Recent Studies of the Principal Fortress of the Teutonic Order in the Latin East, Leyde et Boston, Brill, coll. « The Medieval Mediterranean » (no 107), (ISBN 978-90-04-25046-8), p. 21-22
  6. 1 2 3 4 5 6 (en) Philippe Bohstrom, « Board Game and Luxuries Discovered in Crusader Castle in the Galilee », Haaretz,‎ (lire en ligne)
  7. 1 2 3 (en) Rabei G. Khamisy, « Montfort Castle (Qal'at al-Qurayn) in Mamluk Sources », dans Adrian Boas (dir.), Montfort: History, Early Research and Recent Studies of the Principal Fortress of the Teutonic Order in the Latin East, Leyde et Boston, Brill, coll. « The Medieval Mediterranean » (no 107), (ISBN 978-90-04-25046-8), p. 30-40
  8. ↑ (de) Detlef Mewes, Burgen und Stadtbefestigungen in Israel, GRIN Verlag, (ISBN 978-3-668-25154-0, lire en ligne), p. 20-23
  9. 1 2 (en) Adrian Boas, « Montfort Castle Project » (consulté le )
  10. ↑ (en) Denys Pringle, Secular Buildings in the Crusader Kingdom of Jerusalem: An Archaeological Gazetteer, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-46010-7, lire en ligne), p. 75
  11. ↑ (en) Denys Pringle, Secular Buildings in the Crusader Kingdom of Jerusalem: An Archaeological Gazetteer, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-46010-7, lire en ligne), p. 70
  12. ↑ (en) Denys Pringle, Secular Buildings in the Crusader Kingdom of Jerusalem: An Archaeological Gazetteer, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-46010-7, lire en ligne), p. 71
  13. ↑ (en) « Massive Mamluk Destruction Found at Crusader Castle in Israel », Haaretz,‎ (lire en ligne)

Voir aussi

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Bibliographie

Articles connexes

Liens externes