Statuaire Lobi

Les Lobi constituent une ethnie située sur le Burkina Faso, le Ghana et la Côte d'Ivoire. Ils appartiennent à un groupe comprenant les Lobi, les Birifor, les Teébò ou Téguéssié (appelé Thuna par les Lobi), les Pwa ou Puguli, les Dagari. Ils sont animistes, et sont connus pour l'art de la statuaire, qui sert de support matériel à de nombreux cultes.

La statuaire Lobi ne fut vraiment découverte que dans les années cinquante, mais c’est surtout dans les années 60-70 que des statues commencèrent à intégrer les collections privées occidentales. La célèbre exposition de Zürich, en 1970-1971, "L'art de l'Afrique Noire", exposait onze sculptures, donnant ainsi à l'art Lobi, la place qui lui revient dans la statuaire d'Afrique noire.

Les statues (Thìlà)

Longtemps ignorée ou dénigrée, à part par Maurice Delafosse en 1902, la statuaire Lobi, regroupée sous le nom générique de Thìlà (puissances), peut être classée en quatre grands groupes, les Thìlbià (singulier Thìlbuù), les Bùthìba (singulier Bùthìb), les Baàthil (tête-piquet) et les animaux sacrés (Nùm khaà). Ces représentations sont placées dans le thìlduù, autel personnel de chaque chef de famille (còdaárkuùn), situé l'intérieur de la maison (sukala), ou le díthìl, autel de la terre, situé à l'extérieur, dédié au culte de la terre, établi par l'ancêtre fondateur du village (dithíldaàr) .

Chaque statue est le réceptacle d’un esprit Thíl (pluriel Thìlà). Elle devra être servie et exige le respect des interdits qu'elle prescrit, comme l'interdiction de manger ou chasser certains types d'animaux, sous peine de maladie ou de mort, pour la personne ou un membre de sa famille . Le possesseur de ces statuettes (Thìlà) devra, selon les besoins et les résultats escomptés, veiller ensuite à son bien être et le nourrir au moyen de sacrifices d'animaux : poussins, poulets, chèvres, moutons, bœufs, antilopes, ou de libations de dolo (bière de mil) . Le sang versé sur ces statues , engendre au fil du temps une patine sacrificielle plus ou moins épaisse.

Ces statues (Thìlà) sont des médiateurs entre les hommes et Thãgbá (Entité suprême) qui a créé le ciel et la terre, les eaux, la flore , la faune et les humains . Il a créé la terre par couches successives, reliées les unes aux autres et supportée par les kòteé, qui la soutiennent pour qu'elle ne tombe pas ; puissances extraordinaires, ce sont des entités auxquelles est attribué la possibilité de se révéler pour transmettre à l'homme un savoir particulier, qui le fera exceller à l'intérieur du groupe, en lui confiant un rôle particulier dans la société .

Selon le système d'héritage toutes les Thìlà sont transmises de père à fils , et sont abandonnées lorsque plus personne n'invoquera ces mêmes ancêtres. Elles seront alors ensevelies sous les ruines du Thìlduù volontairement détruit (aujourd'hui, elles sont le plus souvent, vendues) .

République de Haute-Volta, Gaoua, 1957.
République de Haute-Volta, Gaoua, 1957.

En cas de mauvais rêves ou de maladies inexplicables, les Lobi consultent un Devin le Buóra (Diseur des choses cachés) , et lui expliquent leurs problèmes. Celui-ci interrogera ses Thìlà (puissances, esprits), par l’entremise d’un couple de statuettes divinatoires, à l’aide de questions préétablies qu’il formulera selon une progression rapide et des jets de cauris , il peut répondre qu'un Thíl (esprit) désire passer du monde invisible à celui du visible .

Le remède peut prendre l'aspect d'une statue, que le consultant devra faire sculpter par un sculpteur, le Thíteldaár, ou bien sculpter lui-même, en respectant les dimensions et les attitudes qu'il tient du Buóra (devin). Elle peut être représentée par un objet en fer, en bronze,  en ivoire, en terre, ou bien en bois . La représentation anthropomorphe est la plus complexe et la plus élaborée .

Thìlbià

Lobi homme sur une pirogue

Dans la croyance des Lobi, les êtres humains ont deux corps. Le corps matériel meurt, mais son double immatériel, le thuú , reste présent. Après la mort, celui-ci retraversera le fleuve Miir ou Mouhoun (Volta noire) à bord d'une pirogue, pour retourner au pays d'origine des ancêtres, le Ghana. Ce passage a lieu lors des secondes funérailles, le bòbuùr. Mais certains esprits refusant de traverser le fleuve, peuvent perturber le quotidien du clan, en se manifestant par des signes particuliers. Ainsi pour les Lobi, les défunts restent très présents et partagent toujours leur quotidien. Ces statues servent de nouveau corps visibles et portent le nom de Thìlbià (singulier Thìlbuù) .

Ces statues d'apparences humaines ou animales, sont dédiées aux aïeux maternels . Elles hébergent les doubles d'ancêtres (thuú), en général des personnes importantes et puissantes, des grands pères ou grands mères ayant réussi socialement leurs vies ; ayant vécu de manière méritoire aux yeux des hommes et des ancêtres ; étant morts en paix avec eux et qui possédaient elles mêmes des nombreux Thìlà . Il y a 3 sortes de Thìlbià : les Thìlbià-bia, petites statuettes entre dix et vingt centimètres ; les Thìlbià-manainni sono, de taille intermédiaire comprises entre vingt et cinquante centimètres et les Thìlbià kontina : hautes d'au moins soixante centimètres, pouvant atteindre plus d'un mètre . Il faut attendre plusieurs années, de 10 à 15 ans, pour réaliser une statuette. Cette période est considérée comme nécessaire au défunt pour devenir un véritable ancêtre, et pour trouver sa place parmi les autres .

Le passage au statut d'ancêtre dépendra du degré d'initiation au Djôrô . Celui-ci progresse tous les 7 ans avec chaque nouvelle célébration du rite du Djôrô. À compter du 6ème degré, après l'acquisition du statut d'adulte (accordé à tout initié vers 15 à 17 ans), celui-ci aura accès à un certain nombre d'enseignements spécialisés, transmis dans le cadre de l'initiation. Seuls les personnes ayant atteint ou dépassé ce sixième degré initiatique peuvent être honorées, pendant les secondes funérailles, le bòbuùr , comme de futurs ancêtres .

Le stade ultime est réservé au doyen de lignage qui a participé à neuf initiations au moins et se trouve, en position d'intercesseur auprès des ancêtres du lignage. Ce statut de quasi-ancêtre est accordé lors d'une cérémonie particulière appelée bòbuùr khaà (amer) .

Les Thìlbià kõtína ou thílkòtína ( statues des grands ancêtres ), toujours de grande taille, sont réalisées par un sculpteur possédant un haut degré d'initiation . Ces représentations, se trouvent dans les maisons sanctuaires appelés cokotína . Elles ne peuvent être déplacées dans d'autres endroits , ce sont des éléments auxquels se référer pour transmettre la connaissance des situations qui ont déterminé les segmentations des patriclans. Leur création, étroitement associée à l’institution du Djôrô , a joué un rôle déterminant dans le développement stylistique de la statuaire. La question du style et de sa transmission va dès lors occuper une place centrale dans le travail des thíteldárá kõtina (sing. thíteldaár kõtina), « maîtres sculpteurs » seuls responsables de la réalisation de ces supports cultuels .

Ces statues en position debout les jambes fléchies et les bras le long du corps, sont souvent enrichies avec les ornements qui ont caractérisé le rôle par lequel elles se sont distinguées dans la communauté. Elles placées dans le Thìlduù, chambre située l'intérieur de la maison (sukala) , qu'un homme ne peut aménagé qu'après le décès de son père et qu'il soit grand-père d'un initié au Djôrô .

Bùthìba

Des statues de dimensions variables figurent souvent un geste ou un thème particulier : une femme avec un enfant, une figurine avec une main (droite pour les hommes et gauche pour les femmes ) sur le menton ou les bras levés etc... Elles sont conçues pour résoudre une situation provoquée par la présence d’un Thíl (esprit) inconnu, capable de porter préjudice à la personne concernée . Ce sont des Bùthìba (singulier Bùthìb). La grande statue façonnée la première pour donner au plus vite un support à l’esprit (Thil), est dénommée Bùthìb kõtín .

Leur aspect, dicté, par l'esprit (thil) au Buóra (Diseur des choses cachés) lors de la séance de divination, se concrétise dans un ensemble de créations imaginaires qui décrivent les différentes compétences.

Le geste de croiser les mains sur la poitrine appelait tous les hommes à la vengeance. Elles lèvent le bras gauche contre les membres du matriclan, le bras droit contre les membres du patriclan et les deux pour maudire le temps présent et revenir au passé. La statuette d’une femme aux bras levés sera utilisée à la suite d’une ancienne faute grave non encore réparée, qui a engendré la manifestation d’un Thil (esprit) susceptible d’apporter la mort dans la maison de l’intéressée. Elle est aussi employée pour stopper l’influence d’un ancêtre inachevé qui fait échouer tous les projets. Le droit de malédiction est réservé aux femmes qui se servent du code complexe des gestes pour exprimer leurs ressentiments lors des premières funérailles .

Le rôle des féticheurs Thíldaár (pluriel Thíldárá), qui utilisent ces Bùthìba, consiste à contenir la puissance du Thil (esprit) dans un domaine rituel précis .

Ces guérisseurs ou sorciers ont des procédés s’appuyant sur un ensemble de Bùthìba associées à une catégorie d’esprits (Thìlà) ayant des accointances avec les kòteé . Les kòteé jouent donc un rôle particulier par rapport au savoir-faire des Thíldárá (féticheurs) en raison de leurs bonnes relations avec les esprits que ces derniers maîtrisent, et qui leur transmettent leurs connaissances sur les plantes médicinales .

Parmi les kòteé, il faut en distinguer de deux natures : les kòteé-bouo (les kòteé "bons") et les kòteé-puú (les kòteé "pourrie") , génies de la brousse, dépeints comme des créatures de petites tailles, très poilues, à l’humeur fantasque pleine d’une rouerie menaçante, vivant dans les grottes, sous les eaux, dans les arbres .

Ainsi Thílkuùr, entité à deux esprits, est représentée par une statue à deux têtes, il peut provoquer, chez les femmes fécondes, la gestation d’un « revenant », un Bìsana puú (enfant pourri), émanant de petits enfants décédés avant d’avoir été initiés au rituel collectif du Djôrô .

Les fausses couches seraient provoquées par ces Bìsana puú (enfants pourris), qui poursuivent notamment les jeunes filles promises pour s’emparer du corps de leur premier enfant. Leurs actions répétées peut conduire à la stérilité. En cas de grossesse, elles consultent le Buóra (devin), qui ayant constaté la présence d'un Bìsana puú, l'enverra chez un Huõthíldaár, spécialisé dans le bàbiséré (tous les cultes et pratiques liées à la natalité), et qui maîtrise la puissance de Kòpèmaà «aider le mari», représentée par une figurine féminine avec une petite poterie sur le tête. Ce récipient symbolise le búlábìr, autel portatif installé dans la chambre de l’épousée et préparé à son intention pour que son aïeule maternelle protège sa fertilité. Le búlábìr contient un mélange de beurre de karité et d’autres substances, ainsi que des racines amères et une représentation en terre, de forme vaguement humaine, fournies par le Huõthíldaár .

Hìnátaá « avoir et perdre », est représentée par une statuette féminine à la tête tournée d’un côté, geste que font les femmes, à la suite de la perte de leur enfant, pour montrer qu’il n’est plus sur leur dos .

Sókpiè « la colère », est représentée par une statuette avec deux enfants, et utilisée pour la naissance de jumeaux .

Deèwábií « pleurer l'esclave », est représentée par une statuette d'une femme avec un enfant et utilisée par un Huõthíldaár lors de l'accouchement de jumeaux .

Dayiir « collé à ton dos malgré toi » , est représentée par un couple de figurines unies dos à dos, elle est utilisée pour contrer des pratiques de sorcellerie .

La statue Janus Dopkà témoigne de la capacité de pénétrer dans le monde de l'obscur . D’où cette figurine à tête janiforme qui montre la faculté d’agir par-derrière des sorciers.

Thíl dokpà est très fort, on ne peut l'acquérir qu'après avoir franchi beaucoup d'épreuves, tu dois faire beaucoup de sacrifices. Avec lui tu deviens fort et tu peux voir partout (Ombouré Kambou, Thùuni - Loubana Nampoura) .


Baàthil (Le Khélé)

Les statues de tête sans corps sont une catégorie à part, elles servent au culte de Mìlkuùr, et sont créées en cas d’homicides entrant dans la catégorie des mauvaises morts (un meurtre non légitime). Ce sont les Baàthil (puissance de la fin).

Chez les Lobi, les causes des homicides étaient nombreuses, la principale étant la vengeance . Un individu, dont la famille a subi un préjudice de la part d’une autre famille, demande à des alliés du clan d'intervenir afin de réclamer une indemnité, le plus souvent représentée par des têtes de bétails . Quand l’affaire traîne, le demandeur envoie des ultimatums en déposant près de la maison ou du champ de son adversaire des objets à sens convenu : une flèche empoisonnée, avec fixés sur la hampe, autant de brins de paille qu’il est réclamé d’animaux ; un bracelet fait de poils de queue de vache, où pendent autant de brins tressés qu’il est réclamé de bœufs ; une petite civière de sept à huit centimètres de long, réduction de celle qui sert à transporter les cadavres, en ajoutant autant de tiges d’herbe indiquant la compensation demandée. Si ces messages ne donnent aucun résultat, le plaignant peut tuer un membre de la famille de son adversaire (homme, femme ou enfant) . Cet acte déchaîne le khélé .

Pour se venger un Lobi pouvait tuer indifféremment un homme, une femme ou un enfant de son ennemi. L'honneur était le même .

« Avant la colonisation, les Lobi faisaient le guerre sur des problèmes de femme. Quand la femme a accepté son deuxième époux, ils se donnent rendez-vous dans un lieu sûr et il l'amène à son village, en laissant les enfants de celle-ci chez le premier époux, qui pleure de faim, comme chez les Lobi les hommes ne préparent pas les repas. L'homme s'énerve et se cache dans un bois où les femmes prennent de l'eau, il voit son ancienne femme, qui vient du village pour prendre de l'eau, il sort pour la chasser et la tuer et comme la femme criait il a haché son bras et l'a coupé. Quand la femme est retourné avec son bras au village, quand son mari l'a vu avec les gens de son village, ils se sont révoltés et sont allés attaquer le village de l'ancien époux, qui a coupé le bras. Bien avant ça, l'ancien mari et ses frères sont allés voir le féticheur, pour la tête de son ennemi. S'ils gagnent la guerre, le féticheur peut s'attendre à un bœuf et beaucoup de poules en paiement. Lorsqu'il a gagné, le vainqueur peut lui couper la tête, s'il est très fâché et veux lui faire mal, et retourner dans son village, avec la tête de son ennemi sur la sienne, pour prouver sa bravoure». Binaté Kambou de Gbomblora.

En cas d’homicides entrant dans la catégorie des mauvaises morts (un meurtre non légitime), le meurtrier est considéré comme extrêmement dangereux en tant que porteur de la force sacrée (khélé) associée au thuú (double immatériel) de sa victime. En accroissant la force du meurtrier, elle peut  le condamner à mourir fou furieux. Une cérémonie extraordinaire doit avoir lieu afin de le protéger ainsi que son entourage .

Tête-piquet (Baathil) du village de Djigoué au Burkina Faso en 2010

L’autel construit à cette occasion marque son accession au statut de Mìlkuùrdaár, maître de Mìlkuùr, qui incarne la puissance dite du « gaucher ». Pour contenir le khélé, une statue d'une tête sans corps avec un piquet, appelée Baàthil (puissance de la fin), sera façonnée et plantée sur un monticule de terre . L’intéressé ne pourra plus utilisé sa main droite car elle appartient maintenant à  Mìlkuùr. Elle est devenue puú ( pourrie), chargée d’une force sacrée qui la rend dangereux et invincible. Il serait périlleux de s’en servir ou de la lever sur quelqu’un. Pour prévenir les gens, le nouvel adepte devait dire à kpá yuú (j’ai cloué la tête) .

Une fois le Baàthil installé et l’ensemble des procédures rituelles accomplies, il aura revêtu aux yeux de tous, la dignité de kuùn khaà, (homme amer), rien ne pourra l’attaquer, il ne donnera aucune prise, il résistera à toutes atteintes. Pas un seul homme même le plus valeureux des guerriers, n’aurait osé tirer sur eux tant on craignait le pouvoir redoutable de la force du khélé que ces personnages maîtrisaient. D’où leur réputation d’invulnérabilité .

Le décès d’un Mìlkuùrdaár, met en branle des procédures rituelles uniques. Les pairs du défunt détruisent complètement l’autel de Mìlkuùr. Le khélé doit être de nouveau maîtrisé. Des sacrifices particuliers  seront exécutés pour célébrer un rituel funéraire dont le but est d’anéantir pour toujours la puissance du khélé. La tête piquet (Baàthil), qui a servi de corps fictif au khélé, sera ensevelie .

Les animaux sacrés (Nùm khaà)

La représentation des animaux et la place qu'ils occupent dans le thìlduù (autel intérieur) provient d'un pacte entre un ancêtre et ceux-ci . Ils sont sacrés et ne doivent ni être chassés ni consommés. Ils s'agit le plus souvent d'animaux considérés comme dangereux (porteur du khélé) ou qui ont été bénéfiques. Ils n'ont aucun pouvoir magique et sont respectés pour les interdits décrétés lors de la sacralisation. Ils sont devenus les animaux du patriclan .

Le khélé est un fluide nocif, causant de graves maladies. Il émane des kotéé (génies de la brousse), petites divinités de la taille d’un enfant de 6 ou 7 ans. Ils ont de grosses têtes, avec des cheveux longs et le corps recouverts de poils roux. Ils vivent en famille dans la brousse, et possèdent des troupeaux de buffles, antilopes, singes, lièvres, pintades, pigeons, perdrix. Le khélé émane des corps de ces divinités, il est invisible, inodore et il est très difficile de s’en débarrasser .

La grue couronnée, si elle est tuée sur un des sentiers qui conduit à son nid, peut provoqué la maladie du sommeil, la lèpre, la cécité ou la folie. Il est alors indispensable de s’adresser au prêtre du khélé pour obtenir le médicament pour la guérison .

Un Lobi qui en a tué un Calao (burma), doit consulter immédiatement le prêtre du khélé, pour qu’il lui administre le remède, sous peine d’avoir les narines bouchées, ne plus pouvoir respirer et mourir .

Les grandes antilopes (Koba ou Bubale), sont réputées dangereuses, en raison de la protection accordée par les divinités (kotéé) à ces animaux porteur de khélé, dont elles sont leurs troupeaux. Lorsqu’un chasseur tue pour la première fois un de ces animaux, il creuse un trou à l’endroit où repose la tête et la queue de l’animal et en retire les racines qui s’y trouve. La personne qui l’accompagne les mâche et les recrache sur l’anus et le front de l’antilope (Koba ou Bubale) puis sur les joues du chasseur .

Le serpent est considéré par les Lobi comme l'un des animaux les plus puissants de la faune, il figure la puissance de Maassé. Il symbolise la toute-puissance du serpent, autrement dit de thil Maassé .

L'hippopotame est l'animal le plus sacré chez les Lobi , il est représenté par un bœuf (Naa) avec son gardien sur le dos . Il joue un rôle central dans la cérémonie d'initiation au Djôrô .

Le caïman est représenté par le chien . C'est un animal sacré, avec le python pour les Lobi de Midebdo .

Sidùmû : la hyène est le symbole de la sorcellerie.


Les objets rituels (Thitie)

Toópár est le nom des petits tabourets trois pieds des hommes. Lorsqu'il est hérité lors du décès du propriétaire, par le fils destiné a dirigé la maisonnée et les cultes, il prend le nom de Daàká. Il ne sera sorti du Thílduù (autel intérieur) que pour des raisons graves, qui demandent l’intervention religieuse de son propriétaire. Il est aussi utilisé lors des déplacements et lui permet de s'asseoir sans être en contact avec une terre étrangère et des puissances inconnues (Kotéé) qu'elle héberge .

Ce siège tripode est taillé dans du bois par les anciens et offerts aux jeunes hommes lors de l'initiation au Djôrô. Le chiffre trois est en relation constante avec les hommes et le chiffre quatre avec les femmes. Pour celles-ci ce sont des bâtons que les anciens préparent .

« Lorsqu'un père a un fils qui fait le Djôrô, il doit fabriquer un dàcaá (tabouret). Celui-ci le protégera pendant tout le voyage. Grâce à lui, il pourra s'asseoir n'importe où, sans offenser la terre et les kõtéé qu'il ne connaît pas ; sa force le préservera. Mais ce sont seulement les vieux féticheurs qui peuvent l'avoir, car les esprits cherchent à les prendre plutôt que les jórbè (initié) qui ne sont rien encore ... » (Palé Kouinthé, Thuúni, Latara ).

Bòber : canne de marche à la poignée légèrement recourbée, se caractérisant soit par une tête de Janus, soit par un couple assis dos à dos, représenté sur la courbure de la poignée. Cet objet utilitaire et rituel, est réservé à des hommes très âgés, arrivé au statut d’arrière grand-père d’un futur initié au Djôrô. Selon la coutume, un homme, au moment de l’initiation de son fils aîné au Djôrô, le donnait à son grand-père de même matriclan. Il signifiait par ce geste qu’il s’acquitterait des obligations pour que soit finalement conféré à son grand-père défunt le statut prestigieux d’ancêtre .

Khùluor, canne d’épaule avec un seul personnage situé sur la poignée .

Bál ou bíl (flûte), elle est réservée à certains dignitaires, tels les kõtína, elle correspond à un degré suprême de l’initiation et constitue l’insigne de leur charge.

Daphèl, bâton d’office, sorte de hache cérémoniel en bois.


Les amulettes (Taàri)

Les amulettes Taàri sont le plus souvent des petits objet en fer, en cuivre ou en bronze, qui témoignent de l'appartenance d'un individu à une puissance (Thil), qui le protège des attaques de leurs ennemis ou des esprits malveillants. Elles sont généralement consacrées par des rites magiques et des sacrifices sanglants .

Le caméléon (Gálatuú ou thulan) est sans doute la représentation la plus portée chez les Lobi.

...quand tu vois un caméléon c'est la fortune qui arrive : mais si tu vois deux caméléons s'accoupler ; alors c'est une grande malchance pour ta maison : tous tes fils peuvent mourir. Je porte sur moi hirethulan, tous ceux qui veulent me jeter le sort, s'en vont quand ils le voient (Wattara Naebo, Pougouli-Ouen) .

Pour l'exposition "Altars" en 2001 à Dusseldorf , Sib Tadayalté de Kerkera Kampti, lors de la création d'une copie de son autel (Thìlduù), a placé comme premier objet, un bracelet avec un caméléon, il symbolise le lien entre Sib, le chef de famille, et son premier pouvoir spirituel (Thìl), qui intervient dans tous les problèmes familiaux .


Notes et références

  1. ↑ En 1958, les Lobi ne figuraient pas au répertoire du célèbre ouvrage de E. Elisofon et W. Fagg, “La Sculpture Africaine".
  2. ↑ Léon Charles 1911, p. 207-208.
  3. ↑ Henri Lavachery 1954, p. 80.
  4. ↑ Denise Paulme 1956, p. 41.
  5. ↑ Henri Labouret 1931, p. 188.
  6. ↑ Maurice Delafosse 1908, p. 179-181.
  7. ↑ Julien Bosc 2004, p. 19.
  8. ↑ Claude-Henri Pirat 1994, p. 22-32.
  9. ↑ Julien Bosc 2004, p. 15.
  10. ↑ Madeleine Père 1988, p. 169 et 206.
  11. ↑ Cécile de Rouville 1984, p. 88.
  12. ↑ Madeleine Père 1988, p. 196.
  13. ↑ Daniela Bognolo, p. 385.
  14. ↑ Michèle Fiéloux 1980, p. 71.
  15. 1 2 Michèle Fiéloux 1980, p. 69.
  16. ↑ Henri Labouret 1931, p. 449.
  17. 1 2 Daniela Bognolo 2007, p. 14.
  18. ↑ Julien Bosc 2004, p. 17.
  19. ↑ Julien Bosc 2004, p. 25.
  20. ↑ Daniela Bognolo 2007, p. 11.
  21. ↑ Henri Labouret 1931, p. 451.
  22. ↑ Cécile de Rouville 1984, p. 75-98.
  23. ↑ Elles peuvent demander l’organisation d’une fête d’initiation, un Buùr.
  24. ↑ Daniela Bognolo, p. 383.
  25. ↑ Julien Bosc 2004, p. 23.
  26. 1 2 Julien Bosc 2004, p. 27.
  27. ↑ Michèle Fiéloux et Jacques Lombard 1998, p. 22.
  28. 1 2 3 Le Djôrô est la cérémonie d'initiation de tous les enfants (filles et garçons ayant atteint l'âge de 7 ans), se déroulant tous les 7 ans sur les rives de la Volta noire. Cette cérémonie est secrète et aucun initié ne peut en parler. Aujourd'hui encore c'est un tabou puissant.
  29. ↑ Madeleine Père 1988, p. 230-256.
  30. 1 2 3 Henri Labouret 1931, p. 414-436.
  31. 1 2 Madeleine Père 1988, p. 166.
  32. ↑ Michèle Fiéloux et Jacques Lombard 1998, p. 24.
  33. ↑ Michèle Fiéloux et Jacques Lombard 1998, p. 25.
  34. ↑ Daniela Bognolo 2007, p. 12.
  35. ↑ Daniela Bognolo, p. 382.
  36. ↑ Madeleine Père 1988, p. 110.
  37. ↑ Michèle Fiéloux 1980, p. 43.
  38. ↑ Daniela Bognolo 2015, p. 178-208.
  39. 1 2 3 Daniela Bognolo 1990, p. 23.
  40. ↑ Thomas Keller et Floros Katsouos 2014.
  41. ↑ Daniela Bognolo, p. 384.
  42. ↑ Daniela Bognolo 2007, p. 18.
  43. ↑ Dans les tombes des Lobi, le corps d'un homme en couché sur le côté droit, la main droite sous la tête et la femme sur le côté gauche, la main gauche sous la tête. Les jambes sont repliées en"chien de fusil". Madeleine Père Lobi Tradition et Changement page 331.
  44. ↑ Daniela Bognolo 2007, p. 15.
  45. ↑ Daniela Bognolo 2007, p. 16.
  46. 1 2 Daniela Bognolo 2007, p. 45.
  47. ↑ Daniela Bognolo 2007, p. 42.
  48. 1 2 Claude-Henri Pirat 1994, p. 29.
  49. 1 2 3 4 Daniela Bognolo 2007, p. 17.
  50. ↑ Madeleine Père 1988, p. 208.
  51. 1 2 3 Daniela Bognolo 2007, p. 19.
  52. ↑ Daniela Bognolo 2007, p. 20.
  53. 1 2 Daniela Bognolo, p. 390.
  54. ↑ Madeleine Père 1988, p. 133.
  55. ↑ Henri Labouret 1931, p. 441.
  56. ↑ Henri Labouret 1931, p. 417.
  57. ↑ Henri Labouret 1931, p. 393-394.
  58. ↑ Daniela Bognolo 2007, p. 37.
  59. ↑ Daniela Bognolo 2007, p. 36.
  60. ↑ Daniela Bognolo 2007, p. 14-39.
  61. 1 2 Daniela Bognolo 2007, p. 39.
  62. ↑ Cécile de Rouville 1987, p. 183.
  63. ↑ Daniela Bognolo 1990, p. 19-28.
  64. ↑ Henri Labouret 1931, p. 437.
  65. 1 2 Henri Labouret 1931, p. 440.
  66. ↑ Henri Labouret 1931, p. 208-210.
  67. ↑ Henri Labouret 1931, p. 459.
  68. ↑ Julien Bosc 1999, p. 85.
  69. ↑ Henri Labouret 1931, p. 206-207.
  70. ↑ Daniela Bognolo, p. 455-456.
  71. ↑ Henri Labouret 1931, p. 403.
  72. ↑ Henri Labouret 1931, p. 425-426.
  73. ↑ Daniela Bognolo 2007, p. 23.
  74. 1 2 Daniela Bognolo, p. 389.
  75. 1 2 Daniela Bognolo 2007, p. 27.
  76. ↑ Daniela Bognolo, p. 454-456.
  77. ↑ Madeleine Père 1988, p. 239.
  78. ↑ réservée à certains dignitaires, tels les kõtína, dont elle constitue l’insigne de leur charge .
  79. ↑ Henri Labouret 1931, p. 471.
  80. 1 2 Daniela Bognolo, p. 391.
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Pour aller plus loin

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