Steadicam

John E. Fry, opérateur Steadicam anglais.

Steadicam est un système stabilisateur de prise de vues portatif inventé par l'Américain Garrett Brown, qui lui vaut un oscar scientifique et technique en 1978. Utilisé en cinéma et télévision, il permet la prise de vues en travellings fluides, grâce à son système comportant généralement un harnais, un bras articulé, un système de stabilisation de caméra actif, mécanique ou électronique, une visée hors caméra, etc.

Steadicam est une marque déposée, aujourd'hui exploitée par Tiffen, un fabricant d'accessoires pour le cinéma, la vidéo, et la photographie, qui l'a rachetée en . Le terme « steadicam », par antonomase, est souvent utilisé pour nommer les divers systèmes stabilisateurs de prise de vues portatifs qui sont apparus depuis, notamment après la fin du brevet d'exploitation original du Steadicam.

Histoire

Le Steadicam (de « steady camera », littéralement « caméra stable ») est créé par Garrett Brown en 1972, à la suite de la demande d'un film publicitaire nécessitant un travelling sur deux étages. Il se nomme au départ le « Brown's stabiliser » (en français ; le « stabilisateur de Brown », du nom de son inventeur), une perche horizontale portant à son extrémité une caméra 16 mm Éclair ACL et à l'autre la batterie de la caméra faisant office de contrepoids. Brown invente ensuite un bras à ressort (s'inspirant d'un bras de lampe d'architecte) et le harnais corporel qui permettent à la caméra d'être désolidarisée du corps de l'opérateur, sa liaison avec lui absorbant les cahots de la marche. Le corps de l'opérateur porte et propulse en avant (ou en arrière) la caméra, mais ne lui communique pas les sauts naturels de la marche, qui donnent à la technique de la caméra portée sans autre amortisseur que l'épaule un aspect haché qu'abolit l'utilisation du steadicam. « La caméra peut se déplacer à hauteur d’homme ou, plus spectaculairement, au ras du sol. »

Son prototype prêt, Brown le propose à Ed Di Giulio, le patron de Cinema Products Corporation (en), qui est impressionné par les images filmées par l'opérateur lors d'une projection chez Deluxe Laboratories (en), le procédé s'avérant adapté à tourner aussi des plans à vitesse normale voire lente, notamment dans des escaliers, des portes, des coursives. Il signe immédiatement avec lui un accord de développement. Garrett Brown dépose une demande de brevet aux États-Unis le , lequel sera accepté le (il est aujourd'hui caduc).

Garrett Brown expérimente son dispositif sur des tournages de publicités, puis vient le tour du cinéma avec le film Marathon Man de John Schlesinger en 1976 et Rocky de John G. Avildsen la même année. Il faut attendre le film Bound for Glory de Hal Ashby, toujours en 1976, pour que Brown tourne un premier plan-séquence muni de son invention.

La société de location de caméras François Bogard présente ce nouveau procédé de prise de vues en France au musée Guimet en 1976.

Lors de la 50e cérémonie des Oscars, en 1978, Garrett Brown remporte un Oscar technique pour son invention, devenue partie intégrante de la machinerie cinématographique, au même titre que le Dolly ou la Louma (grue).

Vient ensuite le film Shining de Stanley Kubrick, en 1980, où Kubrick en fera une utilisation exhaustive permettant par la suite la véritable envolée commerciale de l'appareil.

Apports et problèmes du steadicam

Steadicam et un opérateur devant une foule.

L'opérateur steadicam peut marcher ou courir tout en gardant un cadre stable et obtenir des travellings verticaux et horizontaux ainsi que des panoramiques, sans autre machinerie telle qu'un chariot sur rails. Le steadicam permet de suivre en marchant ou en courant un ou des personnages sur terrain accidenté ou tortueux, de monter un escalier ou de s'engouffrer dans une rame de métro, etc. Il permet aussi un gain de temps appréciable pour mettre en place des plans joués par plusieurs comédiens filmés simultanément par plusieurs caméras (films de cinéma, et surtout séries de télévision), sans recourir à un travelling.

Toutefois, le maniement du steadicam reste complexe, et seul un opérateur expérimenté et entraîné peut obtenir des images parfaitement fluides. D'autre part, le poids du steadicam reste son plus gros défaut. Avec presque 50 kg de charge, il est difficile pour un opérateur, même taillé comme un athlète, de faire de longues prises de vues ainsi équipé.

Un autre problème est à classer dans l'esthétique et la spécificité du cinéma. Il s'agit de l'effet contradictoire que peut avoir au cinéma un long déplacement de la caméra (plan-séquence par exemple) qui, en créant de l'espace, crée aussi son corollaire, du temps. La facilité d'exécution avec un steadicam, et la gourmandise d'espace, peuvent plomber une séquence dont le temps – par l'allongement inutile de l'espace – devient interminable, sauf si cet allongement du temps par l'espace est le but recherché (c'est évidemment le cas des travellings au steadicam pris aux trousses du petit Danny pédalant au long des couloirs de l'hôtel Overlook désert et fantômatique de Shining).

Mécanique du steadicam

Appareil Canon EOS 550D monté sur un stabilisateur Glidecam.

Le steadicam est composé de trois parties distinctes :

  1. le harnais corporel (Vest)
  2. le bras mécanique (Arm) ;
  3. le Sled, ensemble composé d'un montant tubulaire (Post) doté d'un support pour la caméra, d'un cardan (Gimbal) positionné près du centre de gravité de l'ensemble, d'un moniteur et de batteries situées dans la partie inférieure.

Le principe de base du steadicam est centré sur le Sled et le bras ; la caméra est fixée sur un support prévu à cet effet, au sommet du Post. À sa base se trouve un contrepoids qui permet au centre de gravité de la caméra d'être « transposé » au niveau du Gimbal.

Le bras vient se fixer sur le Sled et transpose le poids de l'ensemble sur le harnais par un système complexe de poulies et de ressorts. Le harnais est lui-même fixé autour des épaules, des hanches et du dos de l'opérateur, pour répartir équitablement le poids sur tout le corps, mais le dos reste la partie du corps où se concentre la plus grande partie du poids.

Une marque générique

Parce qu'il y a une très grande diversité de caméras HD de haute qualité, de plus en plus de gens commencent à tourner des films en haute qualité et ont donc besoin d'outils pour stabiliser les mouvements de caméra. Le nom « steadicam » est devenu populaire auprès des réalisateurs indépendants, qui ont commencé à utiliser ce mot comme une expression générique désignant tous les stabilisateurs de mouvement. Steadicam est ainsi devenu une marque générique.

Le fabricant du Steadicam original, la compagnie Tiffen, continue à produire des modèles très haut de gamme spécialisés. De plus en plus d'autres sociétés se mettent à vendre des stabilisateurs (de gammes très différentes).

Les différents modèles

Modèles de la marque déposée (Steadicam® by Tiffen)

Anciens modèles : CP-35, Universal I, II, III

Le CP-35 est le premier modèle à avoir existé, en 1976. La seule caméra utilisable était l’Arriflex IIC. Le moniteur était monté au niveau des yeux. Le CP-35 pesait 15 kg.

En 1977 et 1979, sortent successivement les modèles I et II. Le sled pesait 10 kg, et pouvait porter toutes les caméras. Le moniteur prend sa place en bas du sled.

IIIA

C’est le Steadicam qui a été le plus utilisé dans le monde. Universel et adapté à toutes les caméras, il pouvait porter jusqu’à 20 kg. C’est aussi la première fois qu’un sled comporte un réglage side-to-side et un post télescopique. Sa configuration est modulaire, tous les éléments peuvent être déplacés.

  • Caméras de 10 à 18 kg
  • Moniteur très lumineux de 3 pouces
  • Batterie 12 V 3,5 A
  • Réglages avec outils
  • Câblage extérieur

Master

La Master fait suite au IIIA. Il apporte de nombreuses modernisations, notamment au niveau de l’électronique. Il possède par exemple un stage motorisé par hautes fréquences.

  • Caméras de 8 à 22 kg selon le modèle (Broadcast, EDTV, Film ou Elite)
  • Batteries 12 V, 5 A, et convertisseur 24 V
  • Moniteur 5 pouces
  • Bras isoélastique, réglages sans outils, plus robuste et puissant
  • Harnais plus ergonomique

Provid

C’est un modèle intéressant pour montrer l’évolution du Steadicam en deux applications différentes ; l’une centrée sur le film, et les caméras lourdes, et l’autre créée spécifiquement pour la vidéo, avec des modèles plus légers. Ce modèle est précurseur de l’Archer.

  • Caméras de 6,8 à 11,8 kg
  • Réglage de l’angle du bras
  • Alimentation par une seule batterie du Steadicam et de la caméra
  • Moniteur 4 pouces
  • Bras isoélastique

ULTRA

Premier Steadicam sorti par Tiffen en 2000, il apporte un nouveau sled télescopique, des réglages sans outils, un calculateur d’équilibre dynamique.

  • Caméras de 9 à 21 kg
  • Bras isoélastique avec un débattement de 76,2 cm
  • Batteries 12 V, 5 A, et convertisseur 24 V

ULTRA2

Dernier modèle sorti chez Tiffen, il augmente considérablement les capacités opérationnelles de l’Ultra.

  • Caméras de 6 à 31,75 kg
  • Réglage de l’isoélasticité du bras
  • Batteries « switchables » 12 V / 24 V, jusqu’à 24 A instantanés

Modèles d'autres marques

L'Aigle

L'Aigle est un fabricant français de stabilisateurs de caméras. La suspension LTX des bras amortisseurs met en œuvre des tendeurs en Latex hyperélastique, au lieu de ressorts comme tous les autres fabricants au monde. Cette suspension fait l'objet d'un brevet international.

Arri

Curt O. Schaller avec un artemis Cine HD Pro de Sachtler

En 2001, Sachtler a lancé sur le marché le système de stabilisation de caméra artemis, développé en collaboration avec Curt O. Schaller. Premier dispositif modulaire au monde, la gamme artemis HD s'est également imposée à l'époque comme le premier système de stabilisation Full HD à l'échelle mondiale,.

En 2015, Curt O. Schaller (auteur de l'idée, du concept, du design et du développement) a conçu, en collaboration avec Roman Foltyn, le système Trinity (artemis). Il s'agissait du premier système au monde à combiner une stabilisation mécanique et électronique.

En , ARRI a fait l'acquisition des systèmes artemis auprès de Sachtler (Vitec / Videocom), initialement conçus par Curt O. Schaller,.

En 2022, ARRI, sous la direction de Curt O. Schaller, a lancé la deuxième génération de la Trinity - l'ARRI TRINITY 2.

En 2025, l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences (AMPAS) a décerné à Curt O. Schaller l'Academy Scientific and Engineering Award pour la conception, le design et le développement du système TRINITY (ARRI TRINITY 2),,,.

En 2026, Curt O. Schaller a également été récompensé par l'Engineering, Science & Technology Emmy Award de la Television Academy / Academy of Television Arts & Sciences (ATAS) pour le développement du système de stabilisation de caméra TRINITY (ARRI TRINITY 2),,,.

Betz Tools Rig

C’est un système robuste, plus lourd que les autres marques. Il est fabriqué par Betz Tools. C’est aussi un système modulaire, de une à trois batteries, avec un post télescopique, qui peut porter toutes les caméras. Le Rig bénéficie d’un bon service après-vente et est modulable à l’achat ; Betz Tools propose le choix du moniteur, de la veste, du bras…

Le gimbal a la réputation d’être plus sensible. Il est plus précis, mais a le travers d’être beaucoup moins souple d’utilisation. Il pardonne moins d’erreurs. Il est étanche, d’une finition impeccable, avec des caches pour chaque connecteur, et il est construit pour durer.[non neutre]

Paddock PRO (Paddock Radical options)

Le sled PRO est très apprécié des opérateurs, notamment parce qu’il possède des options et avantages par rapport aux Steadicams de la marque. Il est ultramodulaire. Il peut alimenter n’importe quelle caméra en 24 V, grâce à ses trois batteries.

Smartsystem Gear

Contrairement aux autres fabricants qui offrent des stabilisateurs à un prix très élevé, Smartsystem est une récente marque italienne qui propose des stabilisateurs de qualité à moindre coup. Son bras (Arm X1) est très apprécié des utilisateurs de Trinity grâce a son poids bien inférieur aux concurrents.

Modèles prosumer ou grand public

eemov stabilisateurs

eemov fabrique des stabilisateurs abordables pour des cinéastes indépendants. Ses produits sont légers et faciles à utiliser. Les modèles de base peuvent être complétés par une couleur LCD ou TFT-écran, batteries, télécommandes et autres applications.

The Poor Man's camera stabilizer, $14 camera stabilizer

Johnny Chung Lee, chercheur chez Microsoft, expose sur son site web un tutoriel permettant de réaliser soi-même un système stabilisateur de prise de vues pour environ 14 dollars.

Plans célèbres

Un opérateur steadicam sur le tournage d'un téléfilm La Revanche de Sherlock Holmes.

Plusieurs plans ont apporté au steadicam sa renommée actuelle. Il s'agit principalement de plans-séquences :

Autres utilisations

Dans le film Aliens, le retour de James Cameron (1986), les armes lourdes des Marines coloniaux sont des bras de Steadicam habilement détournés par les accessoiristes.

Notes et références

  1. ↑ (en) Garrett Brown - Academy of Motion Picture Arts and Sciences
  2. ↑ (en) Tiffen Company Acquires Steadicam Technology - Communiqué de presse, The Tiffen Company LLC, 31 octobre 2000
  3. ↑ Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde, coll. « Cinéma », , 588 p. (ISBN 978-2-84736-458-3), p. 395.
  4. ↑ (en) The original SteadiCam® Patent - Intervalometers.com
  5. ↑ Myriam Guedjali, « Conférence sur le steadicam à la Cinémathèque Française », Lettre de la CST, no 137,‎ , p. 11
  6. 1 2 3 (de) « Curt O. Schaller, lauréat d'un Oscar et d'un Emmy Award: ARRI TRINITY 2 », sur schaller media (consulté le )
  7. 1 2 3 4 (en) « Curt O. Schaller awarded Scientific and Technical Award for the ARRI TRINITY 2 camera stabiliser system », sur British Cinematographer (consulté le )
  8. ↑ « ARRI Debuts Final Version of Trinity Stabilizer and Maxima Gimbal », sur Studio Daily (consulté le )
  9. ↑ (en) « 14 SCIENTIFIC AND TECHNICAL ACHIEVEMENTS TO BE HONORED WITH ACADEMY AWARDS », sur Oscars.org (consulté le )
  10. ↑ « ARRI Trinity 2 - Curt Schaller and Dr. Roman Foltyn - 2025 Sci-Tech Awards - Oscars » (consulté le ).
  11. ↑ (en) Television Academy, « Television Academy and National Academy of Television Arts & Sciences Announce Recipients of 2026 Engineering, Science & Technology Emmy Awards », (consulté le )
  12. ↑ (en) « Recipients of 2026 Engineering, Science & Technology Emmy Awards announced », British Cinematographer, (consulté le )
  13. ↑ (en) « Television Academy announces 2026 Engineering, Science, and Technology Emmy recipients », sur Yahoo Entertainment, (consulté le )
  14. ↑ Betz Tools
  15. ↑ (en) $14 Camera Stabilizer - Johnny Chung Lee
  16. ↑ (en-US) Ben Kenigsberg, « The Invention That Shot Rocky Up Those Steps », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  17. ↑ (en) « Der Marathon-Mann (1976) » [vidéo], sur Internet Movie Database (consulté le ).
  18. ↑ Olivier Père, « Coup de torchon : rencontre avec Bertrand Tavernier », sur Olivier Père, (consulté le ).
  19. ↑ Briselance et Morin 2010, p. 510-512.

Annexes

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Articles connexes

Bibliographie

Lien externe