| Nom de naissance | Stepan-Taras Stebelski |
|---|---|
| Naissance |
Holyn, Royaume de Galicie et de Lodomérie, Autriche-Hongrie |
| Décès |
environs de Pohořelice, Tchécoslovaquie |
| Nationalité | Ukrainienne |
| Activité principale |
Instituteur, militant nationaliste, officier, mémorialiste |
| Conjoint |
Maria Pikh |
Stepan-Taras Stebelski (en ukrainien : Степан-Тарас Стебельський ; en polonais : Stepan Stebelski, également Stefan Stebelski), connu sous le pseudonyme de Khrin (en ukrainien : Хрін ; en polonais : Chrin), né le 18 octobre 1914 à Holyn, en Galicie polonaise austro-hongroise (aujourd'hui dans le Raïon de Kalouch, Oblast d'Ivano-Frankivsk), et mort en 1949 en Tchécoslovaquie, est un instituteur, militant nationaliste ukrainien et officier de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), dont il devient l'un des commandants pendant la Seconde Guerre mondiale et les premières années de l'après-guerre,.
Membre de l'OUN à partir de 1934, il rejoint l'UPA en 1944 et commande notamment la sotnia « Udarnyky-5 », avant de prendre la direction du secteur tactique no 24 « Makivka » de l'UPA-Ouest. Il participe à plusieurs opérations dirigées contre les forces soviétiques et polonaises, notamment à l'embuscade du 28 mars 1947 au cours de laquelle le général Karol Świerczewski, vice-ministre polonais de la Défense nationale, trouve la mort. Son parcours est également marqué par des opérations contre des localités polonaises, dont l'attaque de Borownica en avril 1945, au cours de laquelle de nombreux civils sont tués.
Auteur de plusieurs récits autobiographiques consacrés à la guerre clandestine, Stebelski laisse des témoignages qui ont été réédités et étudiés dans les historiographies ukrainienne et polonaise,.
Stepan-Taras Stebelski naît le 18 octobre 1914 à Holyn, près de Kalouch, dans le Royaume de Galicie et de Lodomérie, alors partie intégrante de l'Autriche-Hongrie. Il est le fils d'Illya Stebelski et d'Eleonora Kotsan, issus d'un milieu familial d'enseignants, et grandit aux côtés de ses trois frères, Roman, Bohdan et Volodymyr, ainsi que de ses trois sœurs, Maria, Natalka et Anna-Iryna.
Il appartient à l'ancienne noblesse ruthène polonisée, issue de Wołoszcza (en ukrainien : Волоща), village de Galicie orientale situé dans l'ancien district de Sambir. Mychajlo Terlecki (Михайло Терлецький), auteur ukrainien de travaux historiques consacrés aux lignages de la petite noblesse ruthène appauvrie et progressivement déclassée, rattache les Stebelski de Wołoszcza au clan héraldique Abdank. Le nom de famille figure également parmi ceux associés au clan héraldique Ostoja.
L'histoire familiale s'inscrit dans celle de la noblesse ruthène de Galicie, dont les différentes branches ont connu, au fil des siècles, des évolutions sociales, culturelles et religieuses. À Wołoszcza, le catholicisme grec occupe une place importante, tandis que d'autres rameaux Stebelski se retrouvent dans des milieux catholiques romains ou orthodoxes. À la fin du XIXe siècle, le village possède deux paroisses, l'une gréco-catholique et l'autre catholique romaine. Le nom de famille se rencontre également en Podolie, où des Stebelski sont associés aux armoiries Wukry, illustrant la diversité des traditions héraldiques des différentes branches.
Cette histoire familiale se prolonge au-delà de la Galicie. Parmi les personnalités issues d'autres branches des Stebelski figure Marevna, née Marie Vorobieff-Stebelska (1892–1984), peintre de l'avant-garde parisienne et fille naturelle de Bronisław Stebelski (1858–1914), issu de la noblesse polonaise, qui aura une fille avec Diego Rivera. Elle appartient à la même parentèle que ses cousins germains Adam Stebelski (1894–1969), historien et directeur des Archiwum Główne Akt Dawnych, et Henryk Zbigniew Stebelski (1904–1979), diplomate, dont le fils Alberto Stebelski-Orłowski deviendra consul honoraire de Pologne au Mexique. En France, ce nom de famille est également porté par Michel Stanislas Ryszowski-Stebelski, époux de l'écrivain Françoise Quintin.
Dans la branche de Wołoszcza, le frère aîné de Stepan, Bohdan Stebelski (1911–1994), devient peintre, historien de l'art et intellectuel ukrainien. Formé à l'Académie des beaux-arts de Cracovie, il épouse Ariadna Szumowska à Cracovie, puis s'établit avec sa famille au Canada, où il contribue au développement des institutions culturelles ukrainiennes en exil. Il joue notamment un rôle important dans la vie artistique de la diaspora et dans les activités de la Société scientifique Chevtchenko.
L'enfance de Stepan se déroule dans une Galicie dont la situation politique se transforme profondément à l'issue de la Première Guerre mondiale. Né sujet de la monarchie austro-hongroise, il grandit dans un territoire intégré par la suite à la Deuxième République de Pologne, au sein d'une société marquée par la coexistence des cultures polonaise, ruthène (ukrainienne), juive et austro-allemande, ainsi que par l'affirmation de mouvements nationaux concurrents,.
Élevé dans cet environnement plurilingue, où se côtoient notamment le polonais, l'ukrainien, l'allemand et le yiddish, Stepan Stebelski est familier des cultures ukrainienne et polonaise, qui marquent son enfance et sa formation.
Il commence sa scolarité à Bolokhiv, puis poursuit ses études à Tatary, où son père exerce la profession d'instituteur. Il rejoint ensuite le séminaire pédagogique de Sambir, où il reçoit une formation d'enseignant qu'il achève en 1935. Il suit également une formation militaire dans une école d'élèves-officiers de l'armée polonaise, à l'issue de laquelle il obtient la qualification de caporal-instructeur. Il poursuit ainsi ses études dans le système scolaire polonais de l'entre-deux-guerres, tout en restant engagé dans les milieux culturels ukrainiens de Galicie.
Durant ses années de formation, Stebelski adhère au mouvement scout ukrainien Plast, au sein duquel il participe notamment aux activités de la 37e unité portant le nom de Dmytro Vitovsky, à Sambir. Cet engagement de jeunesse précède son entrée dans le mouvement nationaliste clandestin et favorise son insertion dans les organisations politiques ukrainiennes de la région. Il rejoint l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) en 1934, à une époque où celle-ci mène une activité clandestine contre les autorités polonaises,.
Après sa formation pédagogique, Stepan Stebelski accomplit un service militaire dans l'armée polonaise, au cours duquel il reçoit une instruction de sous-officier. Ne trouvant pas immédiatement de poste stable dans l'enseignement, il travaille comme instructeur d'éducation physique et exerce diverses activités proches des milieux culturels ukrainiens, notamment auprès d'éditeurs de Lviv.
Ses activités nationalistes le placent progressivement sous la surveillance des autorités polonaises. En 1939, il est arrêté et interné au camp de Bereza Kartuska, établissement de détention administrative utilisé par le régime polonais contre différentes catégories d'opposants politiques.
L'effondrement de l'État polonais à l'automne 1939 modifie profondément les conditions de son activité. Entre 1939 et 1941, Stebelski dirige une école à Kuzmyna, dans la région de Przemyśl, avant d'exercer des fonctions administratives à Bircza pendant l'occupation allemande. Parallèlement, il poursuit ses activités au sein des réseaux de l'OUN, ce qui lui vaut d'être emprisonné par la Gestapo entre 1943 et 1944.
L'évolution de la guerre et l'avancée de l'Armée rouge conduisent ensuite Stebelski à passer de l'organisation politique clandestine à l'engagement militaire. En septembre 1944, il rejoint les formations de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne, qui poursuivent leur lutte armée contre les autorités soviétiques et polonaises, tout en étant impliquées dans des violences contre des populations civiles,.
Stepan Stebelski rejoint l'UPA dans la région de Przemyśl, où il prend le commandement d'un peloton appartenant à une formation connue sous le nom de « Druzhynnyky ». Le 22 octobre 1944, il est grièvement blessé lors d'un affrontement avec des forces soviétiques près de Leszczawa Górna, blessure qui entraîne des séquelles durables à l'un de ses bras,.
Malgré ses blessures, il reprend progressivement ses activités dans la clandestinité et participe à l'organisation de détachements de l'UPA dans les régions de Przemyśl et des Bieszczady. Ses connaissances du terrain, son expérience militaire et sa formation au sein de lOUN contribuent à son accession à des fonctions de commandement, dans un conflit marqué par la mobilité des unités et le recours aux embuscades.
À partir de 1945, ses activités s'inscrivent dans une zone frontalière où se superposent les conflits entre les structures de l'OUN-UPA, les forces polonaises, les organes de sécurité communistes et les populations locales. Les opérations militaires s'accompagnent de représailles, de destructions d'habitations et de déplacements de civils, dans un contexte d'affrontements polono-ukrainiens déjà anciens.
En avril 1945, Stebelski participe à une opération menée contre Borownica, village du sud-est de la Pologne dont la population est majoritairement polonaise. L'attaque, datée du 20 avril par les historiens de l'Institut polonais de la mémoire nationale (IPN), mobilise plusieurs groupes armés de l'OUN et de l'UPA placés sous le commandement général de Mykhaïlo Douda, dit « Hromenko », tandis que Stebelski dirige l'un des détachements engagés.
Selon l'étude d'Artur Brożyniak, Stebelski donne l'ordre d'ouvrir le feu sur les habitations du hameau de Czarny Potok, où les assaillants utilisent notamment des armes automatiques et des projectiles incendiaires. L'attaque provoque la destruction de nombreuses maisons et la mort de civils, dont des femmes et des enfants ; l'auteur estime le nombre total des victimes entre 60 et 220 personnes.
L'opération est également mentionnée dans les récits de Stebelski, qui la présentent dans le cadre de la lutte contre les formations armées polonaises et des représailles consécutives aux violences commises contre des Ukrainiens. Les deux traditions documentaires divergent notamment sur la date de l'attaque, située au 21 avril 1945 dans ses mémoires, contre le 20 avril dans les travaux de l'IPN,,.
Au cours de l'année 1945, Stebelski poursuit ses activités militaires dans les régions des Bieszczady et des Lemkos. À l'automne, il reçoit le commandement d'une sotnia, unité de l'UPA généralement assimilée à une compagnie, officiellement constituée le 5 novembre 1945 sous la désignation « Udarnyky-5 », ou « Udarnyk-5 », et intégrée au groupement commandé par Vassyl Mizerny, dit « Ren ».
À la fin du mois de décembre 1945, son unité attaque également le village de Nowosielce, près de Sanok. L'opération provoque des morts parmi les habitants et la destruction d'une grande partie des maisons ; elle constitue, avec celle de Borownica, l'un des épisodes les plus controversés de la carrière militaire de Stebelski dans l'historiographie polonaise.
Les combats se poursuivent en 1946, tandis que les unités de l'UPA cherchent à maintenir leurs positions face aux opérations de l'armée et des forces de sécurité polonaises. Stebelski participe à la réorganisation de ses troupes et à l'instruction de nouveaux combattants. Ses méthodes reposent notamment sur la connaissance des itinéraires forestiers, la dispersion des détachements et la conduite d'embuscades contre les forces adverses.
Ses responsabilités militaires sont reconnues par la hiérarchie de l'UPA, qui le promeut lieutenant en août 1946 et lui attribue une décoration militaire pour ses activités de commandement.
Au début de l'année 1947, les affrontements entre l'UPA et les forces polonaises s'intensifient dans les Bieszczady. En janvier, la destruction d'un hôpital clandestin de l'UPA situé sur le mont Chreszczata, près de Cisna, entraîne la mort de plusieurs insurgés blessés et membres du personnel médical. L'événement occupe une place importante dans les récits ukrainiens de cette période et précède de quelques semaines l'embuscade contre le général Świerczewski.
Le 28 mars 1947, Stebelski organise, avec des détachements de l'UPA, une embuscade sur la route de Baligród à Cisna, à proximité de Jabłonki. Un convoi militaire polonais, dans lequel se trouve le général Karol Świerczewski, vice-ministre de la Défense nationale, tombe sous le feu des insurgés. Le général est mortellement atteint au cours de l'affrontement, qui connaît un retentissement considérable en Pologne et à l'étranger.
L'opération devient l'un des événements les plus connus de la carrière de Stebelski, auquel les récits ukrainiens attribuent un rôle central dans sa préparation et son exécution. La mort du général est ensuite invoquée par les autorités polonaises dans le contexte de l'opération Vistule, vaste campagne de déplacements forcés des populations ukrainiennes et lemkos du sud-est de la Pologne, engagée à partir du 28 avril 1947.
À mesure que les opérations militaires polonaises réduisent les possibilités d'action de l'UPA dans les Bieszczady, Stebelski participe au repli de plusieurs formations insurgées vers l'Ukraine soviétique. Le 29 juin 1947, ses unités franchissent la frontière avec deux autres sotnias et rejoignent la région de Drohobytch, où elles poursuivent leurs activités clandestines.
Le 15 août 1947, Stebelski prend le commandement du secteur tactique no 24 « Makivka », appartenant à l'UPA-Ouest. Il y dirige la réorganisation de plusieurs détachements, dans un contexte de pression croissante des forces de sécurité soviétiques et de transformation progressive des unités militaires en structures clandestines de moindre effectif.
Au cours de l'année 1948, l'affaiblissement des formations de l'UPA conduit à la dissolution de plusieurs compagnies et à une réduction de leurs activités militaires. Stebelski conserve toutefois des responsabilités de commandement dans la région de Drohobytch, tout en participant aux réorganisations engagées par la direction du mouvement clandestin.
En septembre 1949, alors que les derniers détachements importants de l'UPA sont dissous ou réorganisés, Stebelski prend la tête d'un groupe de courriers chargé de rejoindre l'Europe occidentale. Cette mission doit permettre d'acheminer des communications de la direction clandestine ukrainienne vers les représentants du mouvement établis hors de l'Union soviétique.
Il meurt en 1949 lors d'un affrontement avec les forces de sécurité tchécoslovaques dans les environs de Pohořelice, au cours de cette mission. La date exacte de sa mort varie selon les sources : Petro Sodol indique le 9 novembre 1949, tandis que plusieurs notices polonaises retiennent le 9 septembre de la même année,.
Sa disparition intervient dans les dernières années de l'insurrection ukrainienne organisée sous sa forme militaire initiale, alors que les structures de l'OUN et de l'UPA poursuivent leur activité sous des formes clandestines de plus en plus dispersées.
Stepan Stebelski laisse plusieurs récits autobiographiques consacrés à son expérience militaire et à la vie quotidienne des détachements de l'UPA, publiés en ukrainien, bien que la langue de rédaction des manuscrits originaux (polonais ou ukrainien) ne soit pas établie. Parmi eux figurent Зимою в бункрі (« L'Hiver dans le bunker »), publié à Augsbourg en 1950, et Крізь сміх заліза (« À travers le rire du fer »), publié à Munich en 1952. Ces textes décrivent les conditions matérielles de la clandestinité, les opérations militaires, les relations entre les combattants et les difficultés rencontrées face aux forces soviétiques et polonaises,.
Ses mémoires sont réunis et réédités en 2000, aux côtés de ceux d'Oleksa Konopadsky, dit « Ostroverkh », autre membre de l'UPA.
Ses deux récits sont également traduits en polonais par Konrad Byzdra et publiés à Cracovie en 2012 sous les titres Zima w bunkrze et Przez śmiech żelaza,. Leur réception s'inscrit dans les débats historiographiques relatifs à l'OUN-UPA, à la violence politique et aux relations polono-ukrainiennes pendant et après la Seconde Guerre mondiale.

La figure de Stepan Stebelski occupe une place contrastée dans les historiographies ukrainienne et polonaise. Les travaux consacrés à l'histoire militaire de l'UPA s'intéressent notamment à ses méthodes de guérilla, à l'organisation de ses unités et aux conditions dans lesquelles il exerce ses responsabilités de commandement.
En Pologne, les recherches sur les opérations de l'OUN et de l'UPA dans les Bieszczady accordent une place particulière aux attaques de localités polonaises et aux violences commises contre les populations civiles. L'étude de l'attaque de Borownica par l'historien Artur Brożyniak constitue ainsi l'une des principales contributions polonaises à la documentation des responsabilités exercées par Stebelski au cours de cette opération.
Ses propres mémoires représentent une source importante pour l'histoire de l'UPA, tout en reflétant le point de vue d'un participant directement engagé dans les événements relatés. Leur exploitation historique repose dès lors sur leur confrontation avec les archives militaires, les documents administratifs, les témoignages de victimes et les travaux historiographiques postérieurs.