Thagora

Thagora
Thagura
Thacora
Tagora
Localisation
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Commune Taoura
Wilaya Souk Ahras
Coordonnées 36° 10′ 12″ nord, 8° 02′ 34″ est
Superficie 31 ha
Histoire
Époque Afrique romaine
Antiquité tardive
Empire byzantin
Géolocalisation sur la carte : Algérie
(Voir situation sur carte : Algérie)
Thagora
Thagora

Thagora (ou Thagura, Thacora et Tagora) est une ancienne cité de Numidie, correspondant à l'actuelle Taoura, dans la wilaya de Souk Ahras, en Algérie. Elle est connue par plusieurs sources antiques, notamment la Table de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonin. Elle fut également le siège d'un évêché chrétien de Numidie. Des vestiges de constructions romaines et chrétiennes ainsi qu'une fortification de l'époque byzantine sont conservés sur le site.

Localisation

Thagora correspond à l'actuelle Taoura, dans la wilaya de Souk Ahras. La cité se trouve à proximité de l'ancienne Thagaste, aujourd'hui Souk Ahras. Les sources antiques transmettent plusieurs formes du nom de la ville : Thacora dans la Table de Peutinger, et Thagura ou Tagora dans d'autres sources antiques et chrétiennes.

La Carte du patrimoine culturel algérien identifie le site archéologique de Taoura à l'ancienne Thagura. Elle indique une superficie de 31 hectares et précise que la cité fut « construite au IIe siècle » et élevée au rang de municipe à l'époque romaine.

Histoire

La présence de Thagora est notamment attestée par la numismatique. Barclay Head et ses collaborateurs identifient Thagora à Taoura et signalent une émission de bronze autonome tardive portant une inscription punique transcrite Tgrn. La monnaie présente une tête barbue à l'avers et, au revers, un cheval au galop surmonté d'une étoile.

La cité est également documentée par une importante série d'inscriptions. A. Vel publie en 1913 plusieurs inscriptions découvertes à Taoura, dont des inscriptions impériales, funéraires et chrétiennes. Certaines concernent notamment les règnes d'Hadrien et de Caracalla.

L'épigraphie témoigne notamment de l'organisation civique de la cité. Une inscription mentionne le genius municipii, tandis que d'autres documents renseignent sur les cultes et la vie religieuse de la communauté. Une inscription bilingue conservée dans la documentation ancienne donne également le nom de la cité sous la forme Thagurensis,.

Monuments et vestiges

Le site archéologique de Taoura conserve plusieurs ensembles de vestiges antiques. La documentation contemporaine signale notamment des murailles, deux tours, les vestiges d'un édifice religieux et diverses ruines.

Les sources consacrées au site mentionnent également des thermes romains, ainsi que les vestiges d'une église chrétienne. La présence d'une importante fortification de l'époque byzantine constitue l'un des éléments monumentaux les plus remarquables de Taoura.

La fortification est généralement attribuée à la période byzantine et rattachée au programme de fortification de l'Afrique du Nord entrepris sous le règne de Justinien. Les sources anciennes consacrées aux monuments de Thagora associent ainsi la construction ou le renforcement du fort au règne de l'empereur byzantin.

Le fort a fait l'objet de recherches archéologiques au début du XXe siècle. Louis Leschi signale notamment l'exploration du fort byzantin de Thagora, alors désigné sous le nom de fort de Gambetta, et fait état de la découverte de nombreuses inscriptions latines.

Christianisme

Thagora est connue comme siège épiscopal de la province de Numidie durant l'Antiquité tardive. Plusieurs évêques sont attestés entre le début du Ve siècle et la période vandale.

Les martyrs de Thagora

La tradition martyrologique associe Thagora à un groupe de martyrs commémorés le 5 décembre. Selon le Martyrologe romain, les saints Jules, Potamie, Crispin, Félix et Gratus furent martyrisés à Thagura avec sept autres compagnons, soit douze martyrs au total.

Le texte du Martyrologe romain traditionnel donne la formule : « À Thagura, en Afrique, les saints martyrs Jules, Potamia, Crispin, Félix, Gratus et sept autres ». La tradition permet donc d'identifier cinq martyrs par leur nom, tandis que les sept autres demeurent anonymes.

Les listes hagiographiques ne sont toutefois pas parfaitement concordantes. Certaines compilations postérieures donnent des noms supplémentaires et portent le groupe à quatorze martyrs. La tradition du Martyrologe romain retenue pour le 5 décembre conserve cependant le nombre de douze, avec cinq noms et sept compagnons anonymes,.

Cette tradition doit être distinguée du dossier de Crispine, originaire de Thagura mais martyrisée à Théveste.

Crispine

Crispine est la figure chrétienne la plus étroitement associée à Thagora. Les sources la présentent comme originaire de Thagura et comme une femme de condition aisée. Elle fut martyrisée à Théveste — l'actuelle Tébessa — le , pendant la persécution de Dioclétien.

Les Actes du martyre de Crispine situent son procès à Théveste et rapportent son interrogatoire devant le proconsul Anullinus. Le récit indique qu'elle était originaire de Tagura.

Le martyre de Crispine est donc distinct de celui du groupe de martyrs commémoré à Thagora. Le Martyrologe romain mentionne d'ailleurs séparément, le même jour, Crispine à Théveste et Jules, Potamie, Crispin, Félix, Gratus et leurs compagnons à Thagura.

Xanthippe

Xanthippe (Sanctippus, Xanthippus ou Xanthippus Tagorensis) est un évêque de Thagora, attesté au début du Ve siècle.

Dans une lettre datée de 401, Augustin d'Hippone le désigne comme Sanctippus Tagorensis et évoque sa revendication du primat de Numidie. Xanthippe figure également parmi les primats de Numidie attestés au début du Ve siècle, avec des mentions en 401 et 411. Son siège est donné sous le nom de Thagura, généralement identifié à Taoura, dans l'actuelle wilaya de Souk Ahras,,.

En 401, la primatie de Numidie attribuée à Xanthippe de Thagora fait l'objet d'une contestation de la part de Victorinus. Augustin suggère à ce dernier de parvenir à un accord avec Xanthippe ou de soumettre leur différend à l'arbitrage des évêques les plus anciens, voire au concile de Numidie. Au concile de Milève de 402, les évêques prennent des dispositions visant notamment à éviter de nouvelles contestations relatives à l'ancienneté des ordinations épiscopales. Entre-temps, la primatie est confirmée à Xanthippe.

Restitutus

Restitutus est attesté lors de la Conférence de Carthage de 411. Les Gesta collationis Carthaginiensis le désignent explicitement comme Restitutus episcopus Tagorensis.

Son identification avec l'évêque de la Thagora de Numidie est retenue par la prosopographie moderne. La question nécessite toutefois une distinction, car les actes de la conférence mentionnent également un autre évêque portant le titre de episcopus Tagorensis, Postumianus. André Mandouze et Serge Lancel attribuent Restitutus à la Thagora de Numidie et considèrent Postumianus comme le titulaire d'une autre Thagora, située en Afrique proconsulaire,.

Timotheus

Timotheus (Timotheus Tagurensis) est le dernier évêque de Thagora connu durant l'Antiquité tardive. Son nom figure en 484 parmi les évêques catholiques de Numidie convoqués à Carthage par le roi vandale Huneric. Comme les autres évêques catholiques concernés par cette politique religieuse, il fut condamné à l'exil.

La succession de Xanthippe, Restitutus et Timotheus fournit ainsi une documentation épiscopale couvrant une grande partie du Ve siècle.

Recherches archéologiques

Les recherches archéologiques sur Taoura remontent au XIXe siècle. Les travaux de la Société archéologique de Constantine ont notamment contribué à la collecte et à la publication des inscriptions découvertes dans la région.

Ulysse Hinglais rend compte des activités de la Société archéologique de Constantine durant ses cinquante premières années d'existence, dans un ouvrage publié en 1903.

Les recherches épigraphiques du début du XXe siècle ont ensuite permis de préciser la connaissance de la cité. L'article d'A. Vel consacré aux inscriptions de Taoura constitue notamment une source importante pour l'étude de Thagora à l'époque romaine.

Au cours des années 1930, les recherches se concentrent notamment sur le fort byzantin. Louis Leschi signale les travaux réalisés sur le fort de Thagora et la découverte de nombreuses inscriptions latines.

Siège titulaire

L'ancien évêché de Thagora constitue aujourd'hui un diocèse titulaire de l'Église catholique. Le siège a été établi sous le nom de Thagura, avant d'être renommé Thagora dans la nomenclature des sièges titulaires du XXe siècle.

Depuis le , le siège titulaire est attribué à Koenraad Vanhoutte (nl).

Références

  1. 1 2 3 (en) Sophrone Pétridès, « Thagora », sur Catholic Encyclopedia, (consulté le )
  2. 1 2 « Site archéologique Taoura (Thagura) », sur Carte du patrimoine culturel algérien (consulté le )
  3. ↑ Barclay Head, William Ridgeway, George Francis Hill, George Macdonald et Robert Stuart Poole, « Numidia », Historia Numorum, Oxford, Clarendon Press, vol. II,‎ , p. 884-887 (lire en ligne, consulté le )
  4. 1 2 3 A. Vel, « Inscriptions trouvées à Taoura, ancienne ville romaine de Thagora », Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique du département de Constantine, vol. 47,‎ , p. 795-801 (lire en ligne, consulté le )
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  13. ↑ Gesta collationis Carthaginiensis, , PDF (lire en ligne)
  14. ↑ Serge Lancel, Actes de la Conférence de Carthage en 411, vol. III : Texte et traduction des actes de la deuxième et de la troisième séance, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Sources chrétiennes » (no 224), , 320 p. (lire en ligne)
  15. ↑ Ulysse Hinglais, Le premier demi-siècle de la Société archéologique de Constantine, 1852 à 1902, Constantine, (lire en ligne)
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Bibliographie

Liens externes