La transposition est une technique de restauration et de conservation des peintures consistant à détacher la couche picturale (peinture + préparation) de son support d'origine afin de la reporter sur un nouveau support plus perenne. On parle parfois de rentoilage. Le terme est également employé s'agissant de la conservation de mosaïques. Pratiquée dès le XVIIIe siècle, elle a longtemps été utilisée pour sauver des œuvres dont les supports étaient gravement dégradés. Elle pose toutefois d’importants problèmes conservatoires, en raison de son caractère invasif et des détériorations qu’elle peut provoquer. De ce fait, cette technique est aujourd’hui abandonnée au profit de méthodes moins destructrices et n’est employée qu’en dernier recours.
Principe
La transposition consiste à:
Protéger la surface peinte par un cartonnage appliqué sur la couche picturale;
Retirer le support d’origine (toile ou bois), par décollage, rabotage, ponçage ou élimination progressive des fibres;
Fixer la couche picturale sur un nouveau support, généralement une toile;
Retirer le cartonnage de protection.
Le procédé implique souvent l’utilisation de colles animales, de papiers forts pour le cartonnage, et de tensions mécaniques importantes.
Par exemple, une peinture réalisée sur panneau de bois peut être transposée sur une toile. Il ne s'agit pas d'une copie, mais d'un déplacement de l'ensemble des couches de peinture de l’œuvre depuis la surface originale sur une surface jugée plus saine.
Historique
La transposition apparaît en Italie au début du XVIIIe siècle. Elle est introduite en France dans les années 1740 par le restaurateur Picault (celui-ci effectue notamment la transposition de La Charité d’Andrea del Sarto en 1750, événement qui contribue à la diffusion de la technique).
Très pratiquée en France au XVIIIe et au XIXe siècle, la transposition finit par susciter des critiques lorsqu’on constate que de nombreuses œuvres transposées vieillissent mal. La prise de conscience des risques et des dégâts qu’elle engendre conduit à son déclin à partir de la fin du XVIIIᵉ. À partir de la fin du XVIIIe siècle, son usage décline progressivement. La technique survit de manière ponctuelle jusqu’au milieu du XXe siècle.
Enjeux et risques
La transposition est considérée comme une opération extrêmement risquée,:
elle peut provoquer des microfissures, pertes de matière et déformations de la couche picturale;
le nouveau support peut être mécaniquement incompatible avec la peinture, entraînant craquelures ou tensions internes;
le principe moderne de réversibilité n’est généralement pas respecté;
l’opération modifie l’œuvre en profondeur, soulevant des problèmes d’authenticité.
En conséquence, la communauté de la conservation-restauration privilégie aujourd’hui des traitements minimalistes, compatibles avec les supports originaux.
12Stéphane Loire, «Noémie Étienne, La Restauration des peintures à Paris (1750-1815): pratiques et discours sur la matérialité des œuvres d’art, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012», Perspective. Actualité en histoire de l’art, (ISSN1777-7852, DOI10.4000/perspective.3332, lire en ligne, consulté le )
↑Olivier Verheyden, «Frankline Barrès, Les peintures transposées du Louvre: La transposition des peintures de chevalet en France de 1750 à 1848,», CeROArt. Conservation, exposition, Restauration d’Objets d’Art, no12, (ISSN1784-5092, DOI10.4000/ceroart.8152, lire en ligne, consulté le )