Wang Yangming (Wáng Yángmíng 王陽明), surnom de Wang Shouren (Wáng Shǒurén 王守仁), est un grand philosophe chinois né en 1472 à Yuyao (Yúyáo 餘姚; Zhejiang) et mort en 1529 dans le Jiangxi.
Après son succès aux examens mandarinaux, il est envoyé en exil dans la province de Guizhou pour avoir pris la défense d'un confrère contre un eunuque qui, profitant de son pouvoir, avait fait jeter en prison un policier, qui enquêtait sur la corruption. En 1503, il connaît une illumination qui lui révèle (contrairement à l'enseignement de Zhu Xi), l'unité de l'esprit et du principe (li) qui sera la pierre angulaire de son œuvre. Il entame ensuite une brillante carrière administrative et politique. Un empereur chinois de la dynastie Ming, Hongzhi (1487/1505), le choisit comme haut fonctionnaire du Ministère de la Justice et puis de la Défense.
Wang Yangming est le penseur chez qui la recherche spirituelle devient incompatible avec le confucianisme officiel. Cette rupture dans la tradition chinoise fait de lui un personnage clef du confucianisme des Ming. Son influence est énorme sur ses disciples Wang Ji et Qian Dehong comme sur ses détracteurs. Toute l'histoire des idées aux XVIe et XVIIe siècles en Chine se ramène à lui d'une manière ou d'une autre. [réf. nécessaire] Tributaire de la réflexion de Lu Xiangshan sur l'esprit, Wang se situe pourtant par rapport à Zhu Xi. Sa réflexion ne se cantonne pas à la philosophie. En bon lettré, il s'intéresse à la préparation des examens mandarinaux, aux arts militaires, et même aux techniques taoïstes de longévité.
Wang Yangming est un penseur néo-confucéen (catégorie historique rétrospective), représentant de l'École de l'Esprit. Tandis que la lecture métaphysique de Zhu Xi faisait de la matiérère-souffle (氣 qi) et du principe (理, Li) le binome conceptuel central, Wang Yangming plaçait l'enjeu majeur sur la relation entre l'esprit (心, xīn) et le principe (理, Li). On peut voir cette position comme une influence du bouddhisme dans la pensée des lettrés confucéens de cette époque.
Au début de son « Questionnement sur la Grande Étude », il s'inscrit dans la tradition de Mencius qui affirme la capacité foncière de l'esprit à sympathiser avec les êtres et finalement l'univers entier. Wang tente de répondre ensuite à la question : comment devient-on un saint ? La solution réside dans l'esprit qui révèle la fraternité de tous les hommes, tout en étant un écho, ou une résonance avec le Ciel, la Terre, et les dix mille êtres. Malheureusement, l'égoïsme et les désirs matériels bloquent cette révélation. Dès lors, chacun voit chacun comme un ennemi.
Il convient de préciser que les questionnement de Wang Yangming sont davantage pratiques qu'épistémique: il se demande où se trouve le principe qui guide les actions: dans le fait d'investiguer les choses (格 tel que le conçoit Zhu Xi), ou dans le cœur qui les engage ? Il n'y a chez lui ni théorie de la représentation, ni doute sceptique. Le coeur est un coeur-esprit. Il n'est pas le coeur cartésien, mais un le siège des sentiments, des jugements, de la volonté et des intentions, et surtout, il est continue avec le corps, ne s'opposant pas à une étendue. 心無體、以天地萬物感應之是非為體。(『伝習録』) "« Le cœur n’a pas de substance propre : il a pour substance le juste et le faux de la résonance (感應) avec le Ciel, la Terre et les dix mille êtres. »
Les choses, 物, souvent exprimés par l'expression "les dix mille êtres" (萬物), ne sont pas l'objet d'une perception. Le mot inclut les affaires ou les évènements (事), ainsi servir ses parents par piété filliale est une "chose", ou un "être", 物. Sa conclusion est donc que les choses n’apparaissent comme telles que dans la relation d’engagement du cœur.
Pour retrouver « le sens de l'humanité, qui rassemble en un seul corps le ciel-terre et les dix mille êtres », il faut retrouver le cœur-esprit qui est cette unité avec les principes de toutes choses. Cela suppose une remise en état de l'esprit pour lui rendre la rectitude de sa constitution originelle. En affirmant que l'esprit n'a pas à chercher la solution ailleurs qu'en lui-même, Wang recentre toute la réflexion éthique sur l'esprit qui est la source ultime de toute moralité.
"格" (gé), ne veut plus dire atteindre les choses, les investir, mais les "rectifier" (正, zhēng). Les choses, ou objets, 物 (wu), sont ce sur quoi porte l'intention (意, yì). Investiguer ou atteindre les choses revient donc à corriger et rectifier ses intensions. La recherche extérieure devient une culture intérieure."格者、正也。正其不正以帰於正也"。(『大学問』)« Investigation » signifie « corriger » ou « rectifier ». Cela signifie corriger ce qui est incorrect afin de revenir sur le bon chemin. "意之所在便是物"。(『伝習録』)"Là où réside l'intention, là réside les choses".
L'esprit-cœur possède en lui-même la « connaissance innée » du bien qui ne demande, dès qu'il est reconnu, qu'à s'étendre à toute chose. Wang tire ce caractère innée de ses lectures de Mencius où il y lit les expressions 良知 connaissance innée, et 良能 pouvoir innée. "人之所不学而能者、其良能也。所不慮而知者、其良知也 (『孟子・尽心上』, Mencius, VII, 1)" "Ce que les gens peuvent faire sans apprentissage relève de leur aptitude innée. Ce qu'ils savent sans réfléchir relève de leur savoir inné."
Ce subjectivisme, ou plutôt ce recentrement sur l'intériorité et la rectification du cœur-esprit, est sans doute l'influence du bouddhisme et de la théorie du caractère illusoire du monde sensible. Si le principe est l'esprit, alors, tout repose en lui silencieusement avant d'apparaître tout à coup comme une perception. Malgré tout, Wang maintient une distinction entre « esprit de Dao » et « esprit humain » à la source de réflexions ultérieures sur ce sujet.
Et pourtant, ce n'est pas un idéalisme subjectif, formule qui peut être nuancée par cette anecdote des fleurs sur la falaise: 你未看此花時、此花与汝心同帰於寂。你来看此花時、則此花顔色一時明白起来。便知此花不在你的心外。(『伝習録』)"Avant de voir cette fleur, elle et ton cœur étaient plongés dans le silence. Lorsque tu la vois, ses couleurs se révèlent soudain. Alors tu sais que cette fleur n'est pas extérieure à ton cœur." Ce n'est pas "la fleur n'existe que pour moi", ni la fleur existe "hors du coeur". L'apparaître semble être décrit comme un "co-apparaître". Ainsi pourrait-on qualifier sa pensée, avec plus de justesse peut-être, de corrélatisme pratique.
Wang cherche à réaliser l'unité de l'esprit et du principe dans l'expérience vécue. Comment passer, au fond, de la contemplation, de la quiétude de l'esprit à l'action, le stade de la manifestation ? Wang affirme la continuité entre connaissance morale innée et connaissance du principe dans la réalité extérieure. En fait, pour Wang, les distinctions entre avant et après, dedans et dehors sont fallacieuses tout comme la distinction entre action et contemplation. Empiriquement, l'esprit peut être en quiétude ou en mouvement mais pour la connaissance innée, originelle, cela ne fait aucune différence. La connaissance innée dépasse toute dualité, à commencer par celle de la vie et de la mort.
知是行的主意、行是知的工夫。知是行之始、行是知之成。(『伝習録』)"Le savoir est l'intention qui sous-tend l'action ; l'action est la mise en pratique du savoir. Le savoir est le commencement de l'action ; l'action est l'accomplissement du savoir."
未有知而不行者。知而不行、只是未知。(『伝習録』)"Il n'y a jamais eu de savoir sans action. Savoir sans agir, c'est tout simplement ne pas savoir."
Telles sont les formules clef qui résument le mieux sa pensée. Il faut comprendre savoir, connaissance (知, zhī), au sens de capacité de distinction. Cette unité n'est pas construite, elle n'est pas, comme chez ceux qui recherchent l'esprit ailleurs qu'en lui-même, le résultat d'un effort soutenu, elle est originelle, constitutive, innée. Pour le saint, agir revient à approfondir la connaissance de soi. On peut alors parler de connaissance authentique. Enfin, Wang approfondit la notion d'étude, si chère à Confucius. Il ne s'agit pas seulement d'apprendre, de réfléchir, de débattre. L'étude passe aussi par l'action. Comment calligraphier si l'on ne trempe pas la pointe du pinceau dans l'encrier ? Cet aspect pratique et engagé de sa pensée offre une alternative à l'École du Principe jugée trop spéculative. Elle devait connaître une fortune considérable en Corée et au Japon, dans l'esprit des réformateurs de l'ère Meiji (1868).